
"C'est l'anarchie !"
Date : mercredi 24 ao�t 2011 @ 17:55:23 :: Sujet :
Oser et comprendre la pens�e libertaire�>
C'est l'anarchie !" "C'est l'anarchie!". Les gens de pouvoir, les m�dias utilisent � profusion le terme anarchie pour d�signer le chaos �conomique, politique et moral de notre soci�t�. L'emploi du mot anarchie tendrait � faire croire que ce monde est livr� aux mains de forces diaboliques qui veulent renverser le bel �difice que les peuples disciplin�s, conduits par les Etats, ont b�ti au cours des si�cles. Pourtant, ce sont bien les Etats qui se partagent et gouvernent la plan�te. C'est bien � eux que l'on doit le d�sordre �conomique dans lequel nous vivons. Faire mieux que les Etats dans les domaines du chaos et de l'horreur est difficile... Qui peut croire encore que le pouvoir est synonyme d'organisation ? Ceux qui vivent du pouvoir, tr�s certainement. Mais pas les anarchistes. Le chaos institutionnalis�, le pouvoir et l'esclavage ont fait leur temps. Aujourd'hui, choisir l'anarchisme, c'est faire preuve de r�alisme et de sens organisationnel. Nos d�tracteurs (des fascistes aux marxistes en passant par les d�mocrates) nous consid�rent comme des terroristes ou des id�alistes en retard d'une r�volution. Il y a ceux aussi qui pr�tendent d�fendre l'anarchisme, mais qui pr�conisent une soci�t� sans r�gle, sans morale, sans contrainte, dans laquelle on pourrait faire ce que l'on veut. Quel choix le citoyen raisonnable pourra-t-il faire entre les propositions d'autoritaires de toutes sortes qui ont montr� leur faillite, et celles des nihilistes de tout poil qui pr�tendent que demain on rasera gratis, tout �tant r�solu par la suppression pure et simple de toutes les institutions mises en place jusqu'� nos jours ? La pens�e libertaire englobe un projet de soci�t� diff�rent de tous les mod�les connus jusqu'� pr�sent. Alors, l'anarchie, c'est quoi ? C�est l��tat d'un peuple, et plus exactement encore, d'un milieu social sans gouvernement. Hormis les anarchistes, tous les philosophes, tous les moralistes, tous les sociologues, y compris les th�oriciens d�mocrates et les doctrinaires socialistes, affirment qu'en l'absence d'un gouvernement, d'une l�gislation et d'une r�pression qui assure le respect de la loi et s�vit contre toute infraction � celle-ci, il ne peut y avoir que d�sordre et criminalit�. Les anarchistes affirment que �l'anarchie est la plus haute expression de l'ordre". Anarchie et ordre ? Notre ordre repose sur l'entente (principe de Libert�, oppos� au principe d�Autorit�). Au contraire, les autres propositions d'organisation de la soci�t� - socialisme, lib�ralisme, marxisme� - ont toujours octroy� � une minorit� de privil�gi�s le droit de g�rer la soci�t� � la place des concern�s et pour leur propre profit. Ce mode de gestion porte un nom : l'�tat. L'�tat est l'expression politique du r�gime �conomique auquel est soumise la soci�t�. Il permet et justifie l'oppression et l'exploitation de l'homme par l'homme : il confisque � l�individu son pouvoir - en dictature comme en d�mocratie (�lections) - et met ce pouvoir au service du capital (r�pression des mouvements sociaux, aides financi�res�). L'�tat, � force d'�tre omnipr�sent, finit par se superposer � la soci�t�, et tente de faire croire qu'en-dehors de lui elle ne saurait fonctionner. Cette illusion est d�autant plus path�tique que l�Etat constitue de fait un groupe social � part enti�re, coup� des r�alit�s des individus et des autres groupes sociaux. Il ne sert qu�� maintenir l�ordre (fonctions l�gislative et r�pressive) au service des int�r�ts de la classe exploiteuse, qu�on la nomme patronat, bourgeoisie ou nomenklatura. Il s'appuie pour cela sur une morale d�gradante et humiliante pour l'�tre humain, second� en ce sens par la religion qui l�gitime elle aussi l'exploitation et la domination, se contentant parfois d'en condamner les manifestations les plus brutales, sans jamais �mettre de critique de fond ni proposer d�autre mod�le que patriarcal, conservateur, hi�rarchique et caritatif. Les anarchistes refusent ce mod�le soci�taire, oppresseur, exploiteur, n�gation de l'individu et de ses aspirations. Ils cherchent par tous les moyens � montrer qu�il est possible et souhaitable de vivre dans une soci�t� �galitaire, g�r�e directement et librement par ses diverses composantes : individus, groupements sociaux, �conomiques, culturels, et ce dans le cadre du f�d�ralisme libertaire. Le refus de l'autorit� Le refus de l'autorit� n'est pas apparu avec les th�ories libertaires. Il les pr�c�de largement au travers des actes, des attitudes d'individus ou de groupements sociaux. Certains �v�nements historiques nous le rappellent : par exemple les r�voltes des esclaves dans la Rome antique, les jacqueries paysannes du Moyen �ge, l'essor de la Renaissance, les philosophes des Lumi�res, la R�volution fran�aise. Plus pr�s de nous, ces th�ories ont particip� au d�clenchement de la R�volution de 1848, de la Commune de Paris, de la R�volution russe et de la R�volution espagnole. Autant de lieux, de situations, dans lesquels des hommes ont cherch� � desserrer, voire � abolir l'�tau oppressif dans lequel ils se sentaient pris au pi�ge. En repla�ant ces �v�nements dans le contexte historique et social qui leur a donn� naissance, on s'aper�oit qu'ils visent le m�me but : l'am�lioration des conditions d'existence, le partage des richesses, le droit � la connaissance, l'instruction, le bien-�tre, bref une aspiration au bonheur. Ces mouvements de r�volte ont �t� pour la plupart �cras�s (les esclaves, les paysans, la Commune de Paris), ou r�cup�r�s au profit d'une classe ou d'un parti (la bourgeoisie �mergente sous la R�volution fran�aise, les Bolcheviks dans la R�volution russe), ou encore d�tourn�s de leur but (les monarques dits "�clair�s" du Si�cle des Lumi�res). Car malgr� l'embryon de libert� qu'ils contenaient, ils n'�taient pas suffisamment forts ni structur�s pour renverser le cours des choses. Ils �taient des utopies dans le sens o� ils ont os� projeter sur l'�cran de l'avenir des images en contradiction avec celles de leur temps. H�ritages. Cet h�ritage philosophique a �t� th�oris� puis mis en pratique au XIX�me si�cle, co�ncidant en cela - et non sans raison - avec l'apparition du nationalisme et de l'�tatisme. On s'accorde aujourd'hui � dire que Pierre - Joseph Proudhon est le "p�re" de l'anarchisme, le th�oricien du syst�me mutualiste et du f�d�ralisme, et l�inspirateur du syndicalisme ouvrier. Son influence sur le mouvement ouvrier a �t� r�elle, puisqu'au sein de l'Association Internationale des Travailleurs (A.I.T.) existait un courant nettement proudhonien. Le Congr�s de Saint-Imier (1872) jette les bases de l'anarchisme. Les d�l�gu�s r�unis proclament "que la destruction de tout pouvoir politique est le premier devoir du prol�tariat", "que toute organisation d'un pouvoir politique soi-disant provisoire et r�volutionnaire pour amener cette destruction, ne peut �tre qu'une tromperie et serait aussi dangereuse pour le prol�tariat que tous les gouvernements existant aujourd'hui...". Ces id�es, reprises de Michel Bakounine et de la Premi�re Internationale, resteront pr�sentes jusqu'� nos jours. Elles seront l'apanage de Louise Michel (Commune de Paris), du 1er Mai 1885 (�tats-unis), de Fernand Pelloutier (Bourses du Travail), des explications du monde d'Elis�e Reclus , �minent g�ographe, de Pierre Besnard (anarchosyndicalisme), de Pierre Kropotkine
et du communisme libertaire, de Paul Robin et de son �cole libertaire de Cempuis, de Jean Grave et de ses quarante ans de propagande anarchiste, de Gustave Landauer, fusill� par la soldatesque en 1919 pour sa lutte au c�t� des Conseils Ouvriers de Bavi�re, de Nestor Makhno et de son engagement dans la r�volution russe, de Sacco et Vanzetti, assassin�s par chaise �lectrique pour leurs id�es, d'Erich M�hsam, po�te et dramaturge allemand, mort dans un camp de concentration en 1933, de Buenaventura Durruti pendant la guerre d'Espagne, d'Armand Robin et ses langues multiples, pour ne citer que quelques-uns. Apr�s la seconde guerre mondiale, elles resurgiront et verront la cr�ation de la F�d�ration Anarchiste Francophone, de l'Internationale des F�d�rations anarchistes dans le monde; elles impulseront la reconstruction de la Conf�d�ration Nationale du Travail, anarchosyndicaliste, affili�e � l'A.I.T., elles souffleront dans les rangs de Mai 68 et de la contre-culture, dans le mouvement social... De l'anarchie � l'anarchisme Ainsi donc, l'anarchie est ce que nous entrevoyons (soci�t� libertaire) ; l'anarchisme est le mouvement social qui poursuit la r�alisation de l'id�al anarchiste. L'anarchisme est une lutte incessante, sous les formes les plus vari�es, contre les pr�jug�s, l�obscurantisme, le fait autoritaire. Il s'articule principalement autour de deux types de t�ches : les unes destructives, les autres reconstructives. Les actions destructives consistent � saper profond�ment le principe d'autorit� dans toutes ses manifestations, le d�masquer, combattre toutes les man�uvres par lesquelles il tente de se r�habiliter et de se survivre sous une autre forme. Les actions reconstructives, parfois parall�les aux destructives, visent � mettre en place un fonctionnement f�d�raliste et de gestion directe. Pour cela, il faut un outil adapt�, une organisation� Organisation L'organisation est fonction du degr� de conscience, atteint par les discussions, d�bats et confrontation d'id�es, et dans l�action. Plus cette conscience sera grande et plus la vitalit� de l'organisation sera �lev�e. Pour aboutir � une organisation souple et forte, en m�me temps conforme � l'esprit libertaire, il faut aller de la base au sommet, de l'unit� au nombre, du particulier au collectif. Nous nous accordons entre individus et groupes sur un ensemble de principes g�n�raux, de conceptions fondamentales et d'applications pratiques (voir nos "Principes de base") : c'est le f�d�ralisme qui permet � chacun de rester lui-m�me, de se soustraire � tout �crasement, de garder son autonomie, de prendre une part active � la vie de l'organisation, d'�mettre son opinion. Une telle organisation laisse � chacun de ses �l�ments la totalit� des forces qui lui sont propres, tandis que par l'association de ces forces, elle atteint elle-m�me son maximum de vitalit�. Action L�action n�est pas l�agitation. Elle doit correspondre � un but, la r�volution libertaire, et � une strat�gie, plus circonstancielle. Parfois, la situation sociale est provisoirement calme, parfois elle s�emballe. L�organisation doit s�adapter � ces diff�rentes phases. En tout �tat de cause, la place des militants anarchistes est dans la lutte sociale, expression de la lutte des classes, y compris dans les luttes dites r�formistes (lutte contre la pr�carit�, contre les licenciements, augmentation des salaires, d�fense des services publics�), avec nos pratiques antiautoritaires et d�action directe (contr�le et r�vocabilit� des mandat�s�), et nos perspectives d�ensemble. C�est de la confrontation entre nos id�es, nos pratiques, et les masses, que peut surgir ou na�tre progressivement la conscience r�volutionnaire. Des propositions L'anarchisme, enfin, est un ensemble de propositions et de pratiques tendant � l'�mancipation totale de l'homme en soci�t�. Si la soci�t� existe en tant qu'entit� sociologique, l'individu existe tout autant, sans rapport hi�rarchique � cette soci�t�. C'est donc l'harmonie entre ces deux �l�ments que recherchent les anarchistes. L'�mancipation est de triple nature. �mancipation �conomique d'abord, par la r�appropriation des outils de production, leur gestion directe par les travailleurs eux m�mes, et par la r�partition �galitaire des richesses. �mancipation politique ensuite, par le remplacement de la bureaucratie d'�tat, par une organisation f�d�raliste des secteurs de la soci�t�, maintenant la coh�sion et pr�servant l'autonomie. �mancipation intellectuelle, enfin, via la prise en charge par l'individu de son r�le social, rel�guant la religion et toute forme de soumission au mus�e des horreurs. Une soci�t� sans classe et sans Etat, organis�e par et pour les femmes et les hommes, voil� ce que veut l'anarchisme. L'anarchiste est par temp�rament et par d�finition r�fractaire � tout embrigadement qui trace � l'esprit des limites et encercle la vie. Il nie le principe d'autorit� dans l'organisation sociale. Il ne peut donc y avoir de cat�chisme libertaire. L'organisation anarchiste de la soci�t�, �manation directe de la volont� des individus et des groupements sociaux, ne pourra se r�aliser qu'en dehors et contre la tutelle de tous les organismes et structures autoritaires �tablis sur l'in�galit� �conomique et sociale. Les fondements �thiques et organiques du f�d�ralisme libertaire sont : la libert� comme base, l'�galit� �conomique et sociale comme moyen, la fraternit� comme but. Cette d�finition marque la profonde diff�rence entre le f�d�ralisme libertaire et le "f�d�ralisme �tatique". Nous appelons de toutes nos forces une soci�t� de type f�d�raliste, fond�e sur la possession collective ou individuelle des moyens de production et de distribution (excluant toute possibilit� pour certains de vivre du travail d'autres), l�entraide, l'abolition du salariat et de l'exploitation de l'homme par l'homme. Les anarchistes n'accordent aucun cr�dit � un simple changement des personnes qui exercent l'autorit� : les m�mes causes engendrent les m�mes effets. Toutes les formes d'autorit� se tiennent. En laisser subsister une seule, c'est favoriser la r�apparition de toutes. Vers une soci�t� libertaire Pour arriver � instaurer une soci�t� libertaire, il faut se doter de moyens en accord avec la finalit�. Tel que l'exprime Errico Malatesta , "ces moyens ne sont pas arbitraires, ils d�rivent n�cessairement des fins que l'on se propose et des circonstances dans lesquelles on lutte. En se trompant sur le choix des moyens, on n'atteint pas le but envisag�, mais on s'en �loigne, vers des r�alit�s souvent oppos�es et qui sont la cons�quence naturelle et n�cessaire des m�thodes que l'on emploie". Il est possible de vivre dans une soci�t� �galitaire, g�r�e directement et librement par ses diverses composantes (individus, groupements sociaux, �conomiques, culturels, ethniques...) dans le cadre du f�d�ralisme. Les r�gles qui vont faire fonctionner une telle soci�t� sont bas�es sur des contrats mutuels, �galitaires, r�ciproques, pouvant �tre remis en cause � tout instant. Ces contrats peuvent �tre �crits ou tacites. Mandatements Une telle soci�t� ne peut �videmment pas fonctionner sans entraide ni coop�ration volontaire. La d�l�gation de responsabilit� permettra de discuter au niveau f�d�ral. Mais attention, entendons-nous sur les mots : pour les anarchistes, chaque d�l�gu� re�oit un mandat pr�cis. L'assembl�e qui l'a mandat� exerce un contr�le permanent sur son travail, et, surtout, peut le r�voquer � tout moment si le travail qu'il effectue ne correspond pas � son mandat. L'anarchisme est une proposition globale de soci�t� cherchant � promouvoir une civilisation r�ellement diff�rente. Il oppose le principe de libert� au principe d'autorit�, l'entraide � la loi de la jungle, l'�galit� � la discrimination. "Aussi longtemps que la soci�t� sera bas�e sur l'autorit�, les anarchistes resteront en �tat perp�tuel d'insurrection" (Elis�e Reclus). Par: Groupe LA COMMUNE FEDERATION ANARCHISTE Rennes
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