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  Post� le dimanche 12 juillet 2009 @ 20:50:09 by anarkorevolter
Contributed by: anarkorevolter
Compte RendusCet article est un bref historique de la colonisation des Am�riques depuis 1492 et de la r�sistance indig�ne � cette colonisation jusqu�� 1992. L�auteur admet ne pas comprendre totalement les traditions de son peuple, les kwakiutl. En ce sens, l�article souffre de l�absence d�une authentique philosophie indig�ne et se pr�sente donc surtout sous forme de chronologie historique. Les chiffres entre parenth�ses r�f�rent � des notes de fin de document.

NTRODUCTION

Au cours de l�ann�e 1992, les nombreux �tats qui ont su tirer profit de la colonisation des Am�riques seront marqu�s par des c�l�brations grandioses de la ��D�couverte de l�Am�rique��. L�Espagne a d�pens� des millions de dollars pour ces c�l�brations en conjonction avec Expo �92 � S�ville. � Colombus, en Ohio, on a investi 100 million $ dans les f�tes du cinqui�me centenaire pour le divertissement des quelques millions de touristes. Le CELAM, l�Association des �v�ques Catholiques d�Am�rique du Sud, a organis� un rassemblement pour la c�l�bration du ��cinqui�me centenaire de l��vang�lisation des Am�riques�� qui sera pr�sid�e par le pape. Il y a aussi une multitude d�expositions dans les mus�es, de films, de programmes t�l�vis�s, de livres, de produits et d�activit�s portant sur Colomb et la ��D�couverte��. Tous pr�sentent une interpr�tation des 500 ann�es �coul�es depuis 1492. L�id�e principale de cette interpr�tation est que le processus de colonisation - un processus de g�nocide - fut apr�s tout, malgr� quelques ��emb�ches��, un processus mutuellement profitable. ��L�ampleur�� des religions et des cultures europ�ennes a �t� port�e au- devant des indig�nes. Ceux-ci ont, en retour, partag� les terres et apr�s coup, ont fait ��accidentellement�� connaissance avec les maladies europ�ennes desquelles ils sont morts. Leurs descendants s�entassent aujourd�hui dans les ghettos des villes et deviennent alcooliques ou profitent de l�assistance sociale. Bien s�r, quelques vestiges de la culture indienne ont �t� sauvegard�s. Il y a m�me quelques politiciens ��professionnels�� de souche indienne qui r�dent toujours.

Ce n��tait non pas une ��D�couverte��, mais plut�t un holocauste des indiens d�Am�rique�!

Jusqu�� tout r�cemment, le taux de population g�n�ralement reconnu des indig�nes � la veille de 1492 se situait autour de 10 � 15 millions. Ce chiffre est toujours reconnu par les individus et les groupes qui voient en 1492 la ��D�couverte�� au cours de laquelle quelques millions d�indiens seulement y ont laiss� leur peau - la plupart � cause des maladies. Des donn�es d�mographiques r�centes d�nombrent un taux de population indig�ne se situant entre 70 et 100 millions de personnes dont environ 10 millions en Am�rique du Nord, 30 millions en Am�rique Centrale et entre 50 et 70 millions en Am�rique du Sud.

Aujourd�hui, malgr� 500 ans d�une colonisation g�nocide, il existe toujours environ 40 millions de descendants indig�nes en Am�rique. Au Guatemala, les descendants Mayas forment 60.3% de la population et en Bolivie, les descendants indiens composent 70% de la population totale. Malgr� cela, ces personnes indig�nes n�ont aucun droit sur leurs propres terres et font partie de la tranche de la population la plus exploit�e et la plus d�favoris�e. On retrouve ces m�mes caract�ristiques dans d�autres populations indig�nes des �tats colonisateurs de l�Am�rique (et � travers le monde).

LE MONDE DE L�AVANT-COLOMB

��Pr�historique�� ou ��pr�colombienne�� est cette �poque � laquelle r�f�rent les sp�cialistes lorsqu�il est question de la p�riode avant la colonisation europ�enne de l�Am�rique. En ces temps-l�, l�h�misph�re ouest �tait un territoire dens�ment peupl�. Un territoire avec ses peuples et ses modes de vie aussi diversifi�s que n�importe quels autres territoires dans le monde.

Le territoire ne fut pas nomm� ��Am�rique�� par ces peuples. S�il y e�t r�f�rence au territoire en tant que tel, ce fut en tant qu��le de la Tortue, Cuscatlan ou bien Abya-Yala.

Les Premi�res Nations occupaient toutes les r�gions des Am�riques. Ils vivaient selon la diversit� du territoire et d�veloppaient des habitudes culturelles en relation avec leur environnement. Leur population atteignait de 70 � 100 millions d�individus avant la colonisation europ�enne.

De fa�on g�n�rale, les centaines de nations diff�rentes se regroupaient dans les m�mes r�gions g�ographiques. Dans ces r�gions, la standardisation des cultures est en fait une �volution naturelle des gens qui se b�tissent des modes de vie en fonction du territoire. Ainsi, de fr�quentes interactions et interrelations existaient entre les individus de ces r�gions. Ils se reconnaissaient tous l�un et l�autre en tant que nation.

Dans les r�gions arctiques habitaient (et habitent toujours) les Inuit et les Al�outiens. Leurs modes de vie tournaient autour de la chasse aux mammif�res marins (b�lugas, morses, etc.) et aux caribous � laquelle on ajoute la p�che et les �changes avec les gens du sud.

Au sud de l�arctique, dans la r�gion sub-arctique aujourd�hui nomm�e Alaska, Territoires du Nord-Ouest et les r�gions du nord des provinces canadiennes, demeuraient des gens vivant de chasse et de p�che. Le paysage de la r�gion poss�dait une grande diversit� passant de la vaste toundra � la for�t, aux lacs, aux rivi�res et aux ruisseaux. Les Cris, les Chipewuans, les Kaskas, les Chilcotins, les Ingalik les Beothuk et beaucoup d�autres nations habitaient (et habitent) cette r�gion. Ils chassaient l�ours, le bouc et le chevreuil dans l�ouest, le boeuf musqu� et le caribou plus au nord, ou le bison dans les prairies plus au sud.

Dans les r�gions de l�arctique et du sub-arctique r�unis vivaient probablement pr�s de 100 000 personnes.

Le long du nord-ouest des c�tes du Pacifique, des c�tes de l�Alaska et de la Colombie-Britannique jusqu�au nord de la Californie, vivaient (et vivent toujours) les Tlingites, les Ha�das, les Tsimshians, les Kwa-Kwa- Ka�wakw, les Nuu-chah-nulth, les Nuxalk, les Salish, les Yurok et plusieurs autres. Ces peuples ont d�velopp� un mode de vie dont l�activit� principale �tait la p�che. On a d�nombr� quatre millions d�individus dans cette r�gion.

Entre les montagnes de la cha�ne c�ti�re du Pacifique et les plaines centrales dans ce qui est aujourd�hui connu comme le sud de la Colombie-Britannique, les �tats de Washington, de l�Oregon, de l�Idaho et du Montana vivaient (et vivent) les Sahaptins (Nez perc�s), les Chopunnish, les Shoshones, les Siksikas (Pieds Noirs) et plusieurs autres. On pouvait compter environ 200 000 individus.

� l�est, vivaient les peuples de la plaine. Ils occupaient une vaste r�gion bord�e au sud par le Texas, au nord par les r�gions du sud de l�Alberta, de la Saskatchewan et du Manitoba, � l�est par le Dakota du Nord et du Sud, le Minnesota, le Wisconsin, le Missouri, et I Arkansas. Dans cette r�gion, les Lakotas (Sioux), les Cheyennes, les Arapahos, les Cris des plaines, les Siksikas (de la conf�d�ration des Pieds Noirs en compagnie des Bloods et des Peigans), les Crows, les Kiowas, les Shoshones, les Mandans et plusieurs autres formaient une population d�un million de personnes. On d�nombrait aussi environ 80 millions de bisons avant leur massacre par les Europ�ens.

Plus � l�est, dans la r�gion qui s��tend des Grands Lacs aux c�tes de l�Atlantique, des peuples vivaient (vivent) de la chasse, de la p�che et de l�agriculture. On y retrouvait les Kanienkehake (Mohawks), les Oneidas, les Onondagas, les Cayuga, les Senecas (ces cinq derni�res nations formaient les Haudenosaunee - le Peuple de la Maison Longue (People of the Longhouse)aussi connus en tant que conf�d�ration des Iroquois), les Ojibways, les Algonquins, les Micmacs, les Wendats (Hurons), les Potowatomis, les Tuscarora et plusieurs autres. Dans ces r�gions bois�es qui s��tendent de l�Ontario, du Qu�bec et de l��tat de New York jusqu�aux Carolines vivaient jusqu�� deux millions d�individus.

Au sud de cette r�gion, d�une partie des Virginies jusqu�� la Floride et � l�ouest du Golfe du Mexique incluant le Mississippi et la Louisiane vivaient (vivent) les Muskogees - parlant Choctaw, Creek et Chikasaw, les Cherokees, les Natchez, les Tonkawas, les Atakapas et plusieurs autres. Une des r�gions les plus fertiles au monde o� l�agriculture est monnaie courante et compl�t�e par la chasse et la p�che. On pouvait compter entre deux et trois millions d�habitants.

� l�est de cette r�gion, au sud-ouest des �tats-Unis, au nord du Mexique et en Californie habitaient (habitent) des peuples agraires et nomades. Ce sont les Pueblos, les Hopis, les Zunis, les Hualapa�s parlant le Yumun, les Mojaves, les Yumas et les Cocopas. Les Pimas et les Papagos parlant uto-azt�que et les Athapascans font parti des peuples Navajos (Dines) et Apaches. R�unis, ces peuples pouvaient compter deux millions d�individus.

Dans la r�gion de l�am�rique centrale comprenant le Mexique, le Guatemala et Belize, de nombreux peuples vivaient (vivent) d�agriculture dont l�aliment principal �tait le ma�s. Ces peuples sont les Azt�ques, les Texacocos, les Tlacopans et les Mayas - dans la p�ninsule du Yucat�n. Ils ont �rig� de grandes cit�s avec des b�timents et des pyramides de pierres et de briques et construit de vastes r�seaux agraires de d�rivation d�eau impliquant des digues et des canaux. Les langues �crites �taient publi�es dans des livres et on s�adonnait � l��tude de l�astronomie et des math�matiques. Un calendrier plus pr�cis que ceux existant en Europe au XVe si�cle fut mis au point. Au total, ces peuples comptaient environ 30 � 40 millions d�individus.

Dans le bassin des Cara�bes incluant les r�gions c�ti�res de la Colombie, du Venezuela, du Costa Rica, du Honduras et plusieurs petites �les telles que Cuba, Hispaniola, Puerto Rico, etc. vivaient des peuples agraires pratiquant la chasse et la p�che tels que les Caribes, les Arawaks, les Waraos, les Yukpas, les Paujanos et d�autres. Au total, ils �taient environ cinq millions.

Dans toute l�Am�rique du sud, il y avait entre 40 et 50 millions d�individus.

Dans les hautes terres des Andes au P�rou et au Chili, habitaient (habitent) les peuples Incas constitu�s des Quechuas et des Aymaras. Dans le sud du Chili, on retrouvait (retrouve) les Mapuches et dans les basses terres - incluant la r�gion de l�Amazone, les Yanomamis, les Gavioe, les Txukahame, les Kreens, les Akarore et plusieurs autres. Au sud de la r�gion amazonienne, en Argentine, au Paraguay et en Uruguay, vivaient (vivent) les Ayoreos, les Ache, les Matacos, les Guaranis et plusieurs autres. Dans les r�gions les plus au sud, on retrouvaient (retrouvent) les Qawasgars, les Selk�nams, les Onus et d�autres.

Sauf quelques exceptions, les Premi�res Nations formaient des �soci�t�s communautaires sans classes avec de fortes tendances matrilin�aires. Le domaine politique chez les Indig�nes n��tait pas domin� par les hommes, mais �tait dans plusieurs cas la responsabilit� de la femme. Les Anciens occupaient une place d�importance et d�honneur en raison de leur sagesse. II n�y avait aucune prison. Les Premi�res Nations ont cr�� de bons moyens pour r�soudre les probl�mes dans la communaut� et - au dire des Anciens on y observait peu de crime antisociaux. Les d�cisions politiques n��taient souvent rendues qu�apr�s consensus et discussions entre les habitants.

Les Premi�res Nations n��taient toutefois pas parfaites. Elles �taient humaines et donc elles avaient, et ont toujours, des inconsistances et des pratiques loin d��tre positives.

� titre d�exemples, citons les conflits arm�s entre les nations, dans toute l�Am�rique. Ainsi que les pratiques d�esclavage entre les habitants de la c�te nord-ouest du Pacifique et dans les r�gions m�soam�ricaines. Toutefois, les fa�ons de faire la guerre ici ont refl�t� des d�veloppements similaires � travers le monde et en aucun cas n�ont approch� les m�thodes de g�nocide invent�es, en particulier en Europe. La guerre n��tait qu�une pratique explicite des peuples guerriers. Le pr�texte de l�esclavage, m�me si il est non justifiable, diff�re nettement de celui des Europ�ens qui n�est ni bas� sur le racisme ni sur une caract�ristique fondamentale qui forme les bases de l��conomie de ces soci�t�s.

L�Histoire des Premi�res Nations doit toujours s�analyser de fa�on critique. Ceux qui nous racontent cette Histoire n�ont souvent aucune trace de sang Indig�ne.

LE D�BUT DU G�NOCIDE

��La cupidit� nourrissait leur corps et leur app�tit �tait vorace�� - t�moignage Azt�que

Le 12 octobre 1492, naviguant � bord de la Santa Maria, financ�e par la couronne espagnole, Cristoforo Colombo mis pied � terre sur l��le de Guanahani (probablement le San Salvador), dans la r�gion des Cara�bes. Initialement � la recherche d�une nouvelle route d��change vers les march�s asiatiques, Colombo a d�couvert bien malgr� lui un march� qui sera manifestement plus lucratif que la d�couverte d�une nouvelle route d��change, pour l�Europe du moins.

Sur l��le de Guanahani, Colombo trouva pour la premi�re fois sur son chemin les Taino Arawaks qu�il nomma ��Indiens�� croyant avoir atteint les Indes. D�s cette premi�re rencontre, le journal de bord de Colombo t�moigne de sa propre cupidit�:

��N�avions nous pas termin� les formalit�s de la prise de possession de l��le que des individus ont commenc� � s�amener sur la plage... Ils sont amicaux et calmes. Ils ne portent aucune arme sauf de petites lances. Ils devraient faire de bons et d�habiles serviteurs... Je crois qu�ils peuvent �tre facilement christianis�s, car ils ne semblent poss�der aucune religion. S�il pla�t � notre Seigneur, j�am�nerai, � mon d�part, six d�entre eux devant Vos Altesses.�� (du journal de bord de Colombo, le 12 octobre 1492)[1].

N�ayant qu�une parole, � d�faut d�autre chose, Colombo enleva 9 Taino lors de son voyage dans les Bahamas. Il anticipait m�me plus d�enl�vement et d�asservissements�:

��... ces individus sont peu habiles au maniement des armes. Vos Altesses le verront d�eux-m�mes quand je vous am�nerai les sept que j�ai captur�s. Lorsqu�ils auront appris nos langues je les ram�nerai ici � moins que Vos Altesses ordonnent que toute la population soit d�tenue � la Castille ou tenue captive ici. Avec 50 hommes, vous pourriez en faire tous vos sujets et leur ordonner de faire ce que bon vous semble�� (du journal de bord de Colombo, le 14 octobre 1492)[2].

Tout au long du journal de bord de Colombo lors de ce premier voyage, il y a une r�f�rence constante � la notion que les Taino croyaient que les Europ�ens descendaient du ciel malgr� le fait que ni Colombo ou ses hommes ne comprenaient l�Arawak. Une autre constante dans le journal de Colombo fait r�f�rence � l�obsession pour l�or. On y retrouve 16 r�f�rences dans les deux premi�res semaines seulement, 13 dans le mois suivant et 46 dans les cinq semaines suivantes, malgr� le fait que Colombo n�ait trouv� que tr�s peu d�or autant sur l��le de Guanahani qu�� n�importe quel endroit o� il a mis le pied.

Dans une derni�re r�f�rence au journal de bord de Colombo, on y d�couvre la double mission de Colombo�:

��... Vos Altesses devraient en faire des chr�tiens (les Taino). Je crois que si cet effort commence, une multitude d�individus seront tr�s bient�t converti � notre Foi et l�Espagne acquerra de grands domaines, de grandes richesses et tous les villages. Sans l�ombre d�un doute, il y a une tr�s grande quantit� d�or dans ces terres... Il y a aussi des perles, des pierres pr�cieuses et une quantit� infinie d��pices�� (du journal de bord de Colombo, le 11 novembre 1492) [3].

La dualit� de la mission de Colombo et des invasions europ�ennes subs�quentes �tait la christianisation des non-Europ�ens et l�appropriation de leurs terres. Ces buts ne sont pas distincts l�un de l�autre. La ��christianisation�� n��tait pas simplement un programme d�endoctrinement religieux Europ�en, c��tait une attaque contre la culture non-Europ�enne (barri�re � la colonisation) et une forme de guerre l�galement et moralement sanctionn�e pour la conqu�te. ��M�me son nom �tait une proph�tie face au monde qu�il a d�couvert Christophe Colomb se traduit par "le colonisateur porteur du Christ"��[4].

Toujours lors de son premier voyage, il erra dans les Cara�bes avant d��tablir le premier poste espagnol, Natividad, sur l��le d�Hispaniola (aujourd�hui Ha�ti et la R�publique Dominicaine). Laissant environ 35 hommes sur Hispaniola, Colombo et son �quipage sont rentr�s en Espagne afin de rassembler le mat�riel et les hommes n�cessaires � la colonisation prochaine et pour rapporter leur voyage � la Couronne.

En septembre 1493, Colombo retourna � Hispaniola avec une flotte de 17 navires et de 1200 hommes. Le d�tachement qui est demeur� sur Hispaniola fut d�truit suite au soul�vement des Taino contre les Espagnols. La r�sistance avait d�j� en fait d�but�.

Colombo aura fait quatre voyage an tout dont les deux derniers en 1498 et en 1502. Ses voyages dans les Cara�bes l�auront men� dans des endroits aujourd�hui connus comme Trinidad, Panama, Jama�que, Venezuela, Dominique et plusieurs autres �les. Il y captura des indig�nes pour en faire des esclaves et leur fit extraire l�or � coup de quota de grosses marmites pleines de poussi�re d�or qui doivent �tre ramass�es par tous les indig�nes de 14 ans et plus � tous les trois mois. Le non-respect du quota exposait le "coupable" � se faire trancher les mains. Ensuite on le laissait mourir � bout de son sang. Des centaines de Caribes et d�Arawaks ont �t� envoy�s en Espagne en tant qu�esclaves sous la gouverne de Colombo, 500 de plus apr�s son second voyage seulement. En fait, l�absence de ��grandes quantit�s d�or�� dans les Cara�bes le for�a � trouver un autre mode de financement pour la colonisation�: ��Les Caribes, sauvages et cannibales, serait �chang�s en tant qu�esclaves contre des vivres fournis par des marchants en Espagne.��

Colombo mourut en 1506, mais � la suite de son voyage initial en Am�rique, plusieurs vagues d�exp�ditions espagnoles, portugaises, hollandaises, fran�aises et britanniques ont suivi transportant des conquistadores, des mercenaires, des marchants et des missionnaires catholiques.

Hispaniola a servi de premi�re t�te de pont aux Espagnols. Elle servait de relais de ravitaillement pour les incursions arm�es et les missions de reconnaissance justifi�es � travers le programme de christianisation. Un an apr�s le premier voyage de Colombo, le pape Alexandre VI dans sa bulle papale inter cetera divina a accord� � l�Espagne tout le monde n��tant pas d�j� poss�d� par les �tats chr�tiens sauf la r�gion du Br�sil qui fut octroy�e au Portugal.

Pendant que les Espagnols �tablissaient les fondations de leur plan de colonisation, les autres nations europ�ennes ont commenc� leurs propres exp�ditions.

En 1497, Giovanni Caboto Motecataluna (Jean Cabot), financ� par l�Angleterre, traversa l�Atlantique et longea les c�tes Atlantiques de l�Am�rique du Nord. Sous les ordres d�Henri VII de ��conqu�rir, occuper et poss�der�� les terres des ��pa�ens et des infid�les��, Cabot a fait la reconnaissance des c�tes de Terre- Neuve enlevant trois Micmacs du m�me coup.

Vers la m�me p�riode, Gaspar Corte Real, financ� par le Portugal, a fait la reconnaissance des c�tes du Labrador et de TerreNeuve enlevant du m�me coup 57 B�othuks qui seront vendus comme esclaves afin de rentabiliser le co�t de l�exp�dition.

Pendant ce temps, Amerigo Vespucci, de qui on nomma l�Am�rique, et Alonso de Ojedo en diff�rentes missions pour l�Espagne, ont fait la reconnaissance des Antilles et des c�tes Pacifiques de l�Am�rique du Sud. Ojedo ex�cutait activement des raids � la recherche d�esclaves. Dans ses efforts, il trouva la mort lorsque atteint par la fl�che empoisonn�e d�un guerrier.

De la bulle papale de 1493 et du subs�quent Trait� de Tordesillas (1494), la possession du Br�sil fut accord�e au Portugal. En 1500, l�amiral portugais Pedro Alvares Cabral pris formellement possession du territoire br�silien au nom de la Couronne portugaise.

Maintenant que les missions de reconnaissances sont compl�t�es, l�invasion s�est intensifi� et a pris de l�expansion. En 1513, Ponce de Leon, financ� par l�Espagne, a tent� de mettre pied � terre en Floride, mais il fut repouss� par 80 embarcations de guerre Calusa.

De 1517 � 1521, le conquistador espagnol, Hernando Cortes a r�duit � n�ant l�empire Azt�que au Mexique. Il a pris possession de la cit� de Tenochtitlan et a tu� des millions de personnes lors d�une sanglante ru�e vers l�or.

Peu apr�s, en 1524, Pedro de Alvarado a conduit une invasion de la r�gion de EI Salvador. II a attaqu� les Cuscatlans, les Pipeles, et les Quiches. Au Guatemala, Alvarado a men� huit campagnes majeures contre les Mayas. Pendant que lui et ses hommes br�laient des gens vivants, les pr�tres catholiques qui l�accompagnaient s�occupaient de d�truire les documents historiques des Mayas (cela s�il n��taient pas occup�s eux-m�mes � diriger les massacres). Les hommes d�Alvarado, en guise de r�compense, pourront faire des survivants leurs esclaves.

En 1531, l�Espagnol Francisco Pizarro a envahi la r�gion occup�e par les Incas (aujourd�hui le P�rou). Il pris avantage d�une dispute interne entre deux factions incas men�es par les fr�res Huascar et Atahualpa. Pizarro a r�ussi � venir � bout des Incas en deux ans.

Dix ans plus tard, Pedro de Valdivia pris possession du Chili au nom de la Couronne espagnole malgr� une r�sistance f�roce de la part de la nation Mapuche qui a restreint les Espagnols aux r�gions du nord et du centre. Valdivia fut �ventuellement tu� au combat par des guerriers Mapuche.

Au cours de la m�me p�riode, Jacques Cartier, pour le compte de la France, fit la reconnaissance en 1534 des r�gions de l�est (devenu aujourd�hui le Canada) et des Espagnols comme Hernando de Sotos, Marcos de Niza et plusieurs autres ont commenc� leur p�n�tration en Am�rique du Nord prenant possession du territoire au nom de leur pays, comme c�est la coutume.

EXPANSION, EXPLOITATION ET EXTERMINATION

��Je me nomme Variole... Je viens de tr�s loin... o� se trouve la grande mer et plus loin au-del� d�elle. Je suis un ami des Grands Couteaux qui m�ont amen�; ils sont mon peuple�� - Jamake Highwater, Anpao�: une odyss�e indienne

Les premi�res ann�es de la colonisation �taient dirig�es au maximum vers l�exploitation des terres et des indig�nes. Aux yeux des Europ�ens, les Am�riques

�taient de vastes r�gions vierges qui convenaient � l�expansion et l�exploitation �conomique.

L�activit� principale �tait l�accumulation d�or et d�argent pour former de la monnaie pour les nations europ�ennes. Cette accumulation �tait accomplie sous la forme la plus barbare de vols et de pillages (les m�thodes employ�es par Colombo et Cortes). Plus tard, des m�thodes plus syst�matiques furent d�velopp�es y compris l�encomiendas - une forme de taxe impos�e aux indig�nes assujettis et l�utilisation d�esclaves indig�nes pour tamiser les rivi�res et les cours d�eau. Au milieu des ann�es 1500, l�exploitation de l�or et de l�argent impliqua des travaux miniers intensifs. Des villes enti�res se sont d�velopp�es autour des chantiers miniers. Des millions d�indig�nes ont trouv� la mort en travaillant comme esclaves dans les mines de Guanajuato et Zacatecas au Mexique et de Potosi en Bolivie. Vers la fin des ann�es 1500, Potosi �tait l�une des plus grandes villes du monde avec ses 350 000 habitants. Le P�rou contenait �galement de nombreux chantiers miniers. De l�arriv�e des premiers colonisateurs europ�ens jusqu�en 1650, de 180 � 200 tonnes d�or - provenant de l�Am�rique - se sont retrouv�es dans les coffres du tr�sor europ�en. Aujourd�hui, tout cet or vaudrait 2.8 milliards de dollars[5]. � la m�me �poque, huit millions d�esclaves sont morts dans les mines de Potosi seulement.

L�esclavage �tait une autre activit� �conomique majeure, non seulement pour le travail dans les mines, mais aussi pour l�exportation vers l�Europe. Au Nicaragua seulement, les premiers dix ans d�esclavage intensif qui d�but�rent en 1525 ont vu environ 425 000 Miskitus et Sumus envoy�s en Europe. Des dizaines de milliers d�esclaves ont p�ri dans les navires qui les transportaient. Au milieu des ann�es 1500, les �changes d�esclaves passeront par l�Afrique alors que les colonisateurs portugais ont d�port� des esclaves africains vers le Br�sil afin de couper la canne � sucre et de d�fricher la for�t pour construire des villages et des �glises. On estime qu�environ 15 millions d�esclaves africains ont �t� d�port�s en Am�rique jusqu�en 1800. Environ 40 millions d�autres esclaves africains ont p�ri lors de la travers�e de l�Atlantique en raison des mis�rables conditions des navires.

Dans des r�gions telles que les hautes terres du Chili, du P�rou, du Guatemala et du Mexique, l� o� le climat �tait propice, les Espagnols ont pu faire pousser des produits agricoles tels que le bl�, le choufleur, le chou, la laitue, les radis, la canne � sucre et un peu plus tard, des raisins, des bananes et du caf�. Vers le milieu des ann�es 1500, plusieurs de ces produits agricoles (surtout le bl� et la canne � sucre), gr�ce � la main d�oeuvre esclave, �taient export�s en grande quantit� vers les march�s europ�ens.

Dans d�autres r�gions, des troupeaux de b�tail affal� se sont �tablis. Les troupeaux qui ont rarement exc�d� 800 ou 1000 t�tes de b�tail en Espagne atteignent 8000 au Mexique. D�s 1579, quelques ranches du nord du Mexique poss�daient jusqu�� 150 000 t�tes de b�tail [6].

Les effets du d�frichage intensif du territoire pour faire place � l�agriculture et aux ranches et l�exploitation intensive des mines ont fini par causer une augmentation de la d�forestation et des dommages aux territoires. Encore plus imm�diat pour les peuples indig�nes de ces r�gions, en particulier ceux qui vivaient de l�agriculture de subsistance, �tait le d�mant�lement et la destruction des moyens agraires remplac�s par les produits agricoles d�exportation.

Dans le but d�accro�tre cette expansion et cette exploitation, soumettre les Premi�res Nations s�av�rait une n�cessit�, et la t�che de coloniser d�autres peuples en �tait une dans laquelle les europ�ens �taient pass�s ma�tres.

��D�une certaine mani�re, les premiers peuples colonis�s pour le profit par le moyen du travail... �tait des paysans europ�ens et britanniques. L�Irlande, la Boh�me, la Catalogne furent colonis�s. Le peuple Mores, aussi bien que le peuple juda�que s�farade, fut d�port� physiquement par la Couronne de Castille de la p�ninsule Ib�rique... Toutes les m�thodes utilis�es pour la d�portation et l�expropriation furent pratiqu�es sinon perfectionn�es��[7].

Avant le voyage de Colombo en 1492, le d�veloppement d�un mode de production capitaliste ressortant du f�odalisme a d�poss�d� les paysans europ�ens d�une production et d�une agriculture de subsistance ind�pendante. Cons�quemment, ils n�ont eu d�autre choix que d�entrer dans une relation de d�pendance forc�e vis- �- vis les propri�taires de terres et les manufacturiers, menant ainsi � une guerre de classe sociale, particuli�rement lorsque la R�volution Industrielle (nourrie par l�expropriation des mat�riaux des Am�riques et de l�Afrique) pris de l�ampleur.

De fait, la majorit� des Europ�ens �migrant vers l�Am�rique au XVle, au XVlle et au XVllle si�cle �taient des marchants appauvris, des petit-bourgeois commer�ants, des mercenaires et des missionnaires chr�tiens. Tous souhaitaient se b�tir une nouvelle fortune dans le ��Nouveau Monde�� et �chapper � l��cart qui s�amplifiait entre les classes sociales. Toutefois, les premi�res colonies permanentes �taient limit�es dans leur capacit�. Leur but premier consistait � faciliter et maintenir des r�gions d�exploitation. Pendant tout le XVle si�cle, on estimait � seulement 100 000 le nombre d��migrants europ�ens en Am�rique.

Leurs effets furent toutefois incroyables. Au cours de la m�me p�riode de 100 ans, les populations indig�nes sont pass�es de 70 -100 millions � pr�s de 12 millions. La nation Azt�que � elle seule a pass� de 30 � 3 millions en 50 ans seulement. Le seul mot qui pourrait d�crire une telle d�cimation est g�nocide�: l�holocauste des Am�rindiens.

Ceux qui excusent le g�nocide attribuent la majorit� des morts � l�introduction de maladies �pid�miques comme la variole et la rougeole par des Europ�ens ignorants.

Pendant qu�on tente de diminuer la grandeur et l�intensit� du g�nocide (d�autres opinions sur cette diminution pr�tendent que la population des Am�riques �tait beaucoup moins nombreuse que laisse croire les chiffres d�mographiques g�n�ralement reconnus), une telle perspective ne tient pas compte des conditions dans lesquelles ces maladies ont d�barqu� en Am�rique. Des conditions telles que les guerres, les massacres, l�esclavage, la destruction du territoire et la destruction subs�quente de l�agriculture de subsistance et des r�serves de nourriture ainsi que la famine et la malnutrition qui s�en suivent et le d�membrement des cultures communautaires.

Ces conditions n�ont pas �t� introduites par des Europ�ens ignorants. Elles faisaient partie int�grante d�une campagne pr�m�dit�e bas�e sur l�exploitation o� l�extermination des peuples indig�nes �tait un facteur crucial.

Les maladies europ�ennes ainsi introduites dans ces conditions sont arriv�es en tant qu�effets secondaires aux attaques. Leurs effets furent d�sastreux. Une fois qu�on eut r�alis� les effets des �pid�mies, on planifia une guerre biologique sous la forme de draps infest�s et d�autres tissus distribu�s aux peuples indig�nes.

LA P�N�TRATION DE L�AM�RIQUE DU NORD

Pendant que les Espagnols d�truisaient les Cara�bes et l� Am�rique Centrale, les Portugais affligeaient le Br�sil du m�me traitement. Les fa�ons de faire �tablies par les Espagnols auront �t� r�p�t�es par les Portugais au XVle et au XVlle si�cle au Br�sil, en Uruguay et au Paraguay.

Jusqu�au d�but du XVlle si�cle, les Espagnols et les Portugais ont pratiquement occup� toutes les r�gions de l�h�misph�re sud. Ils ont construit de nombreuses colonies facilit�es par l�apport des missionnaires j�suites et franciscains, des mines, des ranches, et des plantations. Malgr� tous ces faits, il existait de vastes r�gions pour lesquelles les pr�tentions europ�ennes pour ces terres demeuraient th�oriques. Ces r�gions sont demeur�es hors de l�emprise europ�enne gr�ce � l�acharnement de la r�sistance indig�ne, surtout dans les r�gions du sud.

Durant cette �poque, les Fran�ais, les Hollandais et les Britanniques ont aussi �tabli des colonies dans les Cara�bes.

En 1604, les Fran�ais ont occup� l��le de la Guadeloupe et ensuite la Martinique et de nombreuses petites �les des Antilles. En 1635, ils ont occup� ce qu�on appelle aujourd�hui la Guyane Fran�aise.

Ailleurs, les Hollandais occup�rent une r�gion c�ti�re qui allait devenir le Surinam (Guyane Hollandaise) et d�autres colonies ont �t� �tablies par la Compagnie Hollandaise des Antilles dans la r�gion de Belize (qui deviendra plus tard une colonie britannique).

Les Hollandais, les Fran�ais et les Britanniques �taient passablement limit�s quant � l�exploitation de l�Am�rique du Sud. Ils dirigeront donc leurs efforts vers l�Am�rique du Nord.

Tel que mentionn� plus t�t, les exp�ditions fran�aises ont p�n�tr�, dans les ann�es 1530, les r�gions du nord- est qui deviendront plus tard le Qu�bec et les provinces de l�Atlantique. En 1562 et 1564, les Fran�ais ont tent� de s��tablir en Caroline du Sud et en Floride, mais furent repouss�s par les Espagnols (qui ont r�clam� la Floride lors de la p�rilleuse exp�dition de Soto en 1539).

En 1585 et en 1586, les Britanniques ont tent� en vain d��tablir une colonie sur l��le Roanoke en Caroline du Nord. Les colons �tant incapables de survivre.

Jusqu�en 1600, plusieurs missions de reconnaissance furent lanc�es. En 1576, Martin Frobisher longea les c�tes arctiques et rencontra les Inuit. En 1578, Francis Drake, longea les c�tes de la Californie.

Ailleurs, les Espagnols �tendaient leur territoire en Am�rique du Nord depuis leurs bases dans le sud du Mexique. Ils ont fait face � la r�sistance des Pueblos et d�autres.

Au d�but des ann�es 1600, pendant que les Espagnols s�emparent du sud-ouest se dirigeant vers les plaines, Samuel de Champlain va �tendre les explorations pr�c�dentes de Cartier. Ils y ira aussi loin vers l�ouest que le lac Huron et le lac Ontario. Ses attaques contre la communaut� Onondago, avec l�aide de guerriers Wendat (Hurons), tourneront les Haudenosaunee contre les Fran�ais.

En 1606, les Britanniques ont finalement r�ussi � �tablir leur premi�re colonie permanente en Am�rique du Nord � Jamestown en Virginie. En 1620, les P�lerins (Puritains britanniques) ont aussi pos� le pied sur la c�te est �tablissant une colonie � Plymouth.

Ailleurs, les B�othuks de Terre-Neuve se sont ralli�s contre les attaques des Fran�ais dans des conflits qui ont tu� 37 colons fran�ais. Les Fran�ais ont r�pondu en armant les Micmacs - ennemis traditionnels des B�othuks - et en offrant des r�compenses contre des scalps b�othuks. On croit que l�origine des scalps des guerriers indig�nes provient de cet �v�nement. Le st�r�otype de la sauvagerie des indig�nes �tait en fait introduit par les Fran�ais et, plus tard, par les Hollandais. Les attaques combin�s des Fran�ais et des Micmacs ont men� � l��ventuelle extermination du peuple B�othuk.

En 1624, les Hollandais ont construit Fort Orange (qui deviendra plus tard Albany, New York) et ont nomm� la r�gion New Netherland.

Pendant que les colonies britanniques, fran�aises et hollandaises occupaient de plus en plus de place sur les c�tes atlantiques de l�Am�rique du Nord, des diff�rences substantielles sur le territoire et dans les ressources ont forc�s le r�gime d�exploitation � se mettre � jour par rapport au processus de colonisation d�j� en cours en M�so-Am�rique et en Am�rique du Sud.

Au sud, l�expropriation en masse de l�or et de l�argent a servi � financer la plupart des invasions. Aussi, les populations denses d�indig�nes ont fourni une �norme part "d�ouvriers-esclaves" pour travailler dans les premi�res mines et les plantations.

En contrepartie, les Europ�ens qui ont colonis� l�Am�rique du Nord sont tomb�s sur une population indig�ne beaucoup moins dense. Le territoire, malgr� sa fertilit� agricole et l�abondance des animaux � fourrure, n��tait pas g�n�reux en m�taux pr�cieux accessibles � la technologie du XVlle si�cle.

L�exploitation de l�Am�rique du Nord requerra des ann�es de travail pour lequel on ne pourra compter sur les esclaves indig�nes et africains, mais la participation des Indig�nes est toutefois requise. Pour que les colonies survivent � des milliers de miles de l�Europe sans l�or qui a financ� l�armada espagnole, les forces coloniales en Am�rique du Nord devront se tourner vers l�accumulation graduelle de produits de la terre et la traite des fourrures.

De cette fa�on, les premi�res colonies ont d� surtout compter sur l�hospitalit� des peuples indig�nes. Les tentatives pr�c�dentes d��tablir des colonies europ�ennes ont �chou� pour cette raison particuli�re, car les Europ�ens s�attaquaient � une terre �trang�re dont ils ne connaissaient rien.

Les colonies europ�ennes grandissantes ont rapidement entrepris l�acquisition de terres d�j� d�frich�es et cultiv�es et leur politique expansionniste les am�nera � une violente confrontation avec les autres colonies. Cette comp�tition peu saine pour dominer le territoire et les �changes entra�nera de fr�quentes attaques contre la communaut� indig�ne. Une de ces premi�res ��attaques strat�giques�� eut lieu en 1622 lorsqu�une troupe de la colonie de Plymouth a massacr� une tribu de P�quots. En revanche, des guerriers p�quots ont attaqu� le village colon de Wessagusset qui fut ensuite abandonn� et plus tard pris sous la tutelle de la colonie de Plymouth. Ces derniers enviaient depuis toujours la terre et les �changes qu�exploitaient les colons de Wessagusset.

En 1630, la colonie de la baie du Massachusetts est �tablie et "New England" (Nouvelle-Angleterre), autrefois un vague environnement g�ographique, est maintenant une r�gion bien � elle englobant New Plymouth, Salem, Nantucket, Rhode Island, Connecticut, New Haven et plusieurs autres.

L�expansionnisme des colons du Massachusetts consistait � massacrer, premi�rement, les P�quots et par la suite les Narragansetts entre 1634 et 1648.

La d�pendance europ�enne sur les Premi�res Nations commen�a � se renverser au cours de cette p�riode. � mesure que les colonies europ�ennes prenaient de l�expansion et construisaient, les nombreux contacts avec les Premi�res Nations ont intensifi� les �changes ainsi que l�apparition des maladies �pid�miques et des conflits.

Les �changes ont fini par semer la rupture parmi les peuples indig�nes.

��L�industrie indienne est devenue de moins en moins sp�cialis�e et s�est divis�e � mesure qu�elle s�est rapproch�e de l�industrie europ�enne. Pour les indiens, le commerce inter- soci�t� a triomph� en mettant de c�t� et �ventuellement �liminant les fabrications artisanales, sauf celles directement reli�es aux �changes euroindiens. Les �changes inter-tribus n�a surv�cu que pour servir le commerce inter- soci�t�.��[9].

Ainsi, les �changes avec l�Industrie europ�enne ont d�velopp� une relation de d�pendance grandissante chez les colons europ�ens. Les produits qu�on donnait en �change aux indig�nes - marmites en m�tal, couteaux et de temps � autres, des fusils - provenaient de manufactures et de fournisseurs europ�ens. Les �changes ont aussi d�rang� et chang� les modes de vie traditionnels des indig�nes lors de l�av�nement de l�alcool et des guerres sous forme d�extermination - avec torture - sous le commandement des colons ainsi qu�une escalade g�n�ralis�e des guerres caus�es par la comp�tition qu�entra�ne la traite des fourrures et par l�infiltration des fusils europ�ens.

Les maladies �pid�miques commen�aient � faire leur ravage dans toute la r�gion c�ti�re de l�Atlantique, lorsque les colons se sont mis � exploiter et � exag�rer grandement les hostilit�s d�j� existantes parmi les Premi�res Nations tout comme l�on fait les Espagnols et les Portugais avant eux.

��Les sinistres �pop�es de Cortes et de Pizarro, sans parler de Colomb lui-m�me, sont t�moins des habilet�s militaires des soldats espagnols, mais elles doivent aussi �tre compar�es aux �checs de Narvaez, Coronado et de Soto... (Les Conquistadores) n�ont pu conqu�rir le Mexique et le P�rou sans aide. Des alli�s indig�nes se sont av�r�s indispensables... Au nord de la Nouvelle- Espagne, les invasions ont d�but� plus tard quand les Fran�ais, les Hollandais et les Britanniques ont trouv� des communaut�s indig�nes... d�j� d�cim�es par des �pid�mies provenant de populations qui n�ont jamais �t� aussi nombreuses que celle du Mexique��[10].

� ce moment, le concept d�adoption de trait�s fit son apparition, dans le but premier des colons anglais de respecter un seuil de paix avec les Premi�res Nations, en r�f�rence � 1606 quand

��la Virginia Company de Londres a ordonn� � ses colons d�acheter du ma�s des `natifs� avant que les intentions de l�Angleterre de s��tablir en permanence deviennent r�alit�. Les dirigeants de la Compagnie �taient convaincus que "vous ne devez pas trop leur en donner car ils se retourneront contre vous"��[11].

Les premiers colons anglais (et hollandais) ont commenc� � acheter des terres toujours accompagn�s de forces arm�es contre les nations indig�nes vuln�rables (telles que celles d�cim�es par les maladies ou celles d�j� engag�es dans des guerres contre des Premi�res Nations plus puissantes).

Il subsiste un doute quant � savoir si les Premi�res Nations comprenaient le proc�d� d�achat. Quelques points sont toutefois clairs�: il n�y avait aucune pratique de propri�t� priv�e d�une partie de territoire, ni de vente de celle-ci parmi les peuples avant l�arriv�e des colons. Il s�y produisait toutefois des ententes et des pactes entre les Premi�res Nations quant au droit d�acc�s � des endroits pour chasser et p�cher. Ceci indique que les trait�s �taient certainement compris comme une entente entre les Premi�res Nations et les communaut�s coloniales quant � l�utilisation de certaines r�gions du territoire tout comme un pacte de non-agression. Dans les deux cas, les Premi�res Nations sont demeur�es assez puissantes pour pr�venir les atrocit�s des premiers colons, pour lesquels les trait�s n�ont que peu d�effets, s�ils venaient qu�� manquer � leur parole. Les trait�s regorgeaient tellement de fausset�s, de fraudes et de vols qu�ils ne pouvaient �tre consid�r�s comme des engagements. Des pratiques telles que traduire oralement une version d�un trait� et en signer une totalement diff�rente sur papier �taient fr�quentes, ainsi que n��crire les propositions europ�ennes dans les n�gociations et proclamer ensuite que ces propositions ont �t� accept�es par tous et chacun quand en fait, elles �taient en n�gociation. Aussi les violations de trait�s par les colons �taient choses communes, particuli�rement quand, par exemple, la colonie de Virginie a d�couvert les profits qu�elle pouvait faire en faisant pousser du tabac (que les Premi�res Nations ont montr� aux colons). Elle d�buta alors son expansion � l�ext�rieur de ses limites territoriales.

Graduellement, les Premi�res Nations se sont vu d�poss�d�es de leurs terres et furent victimes des ravages des colons. Un des premiers conflits qui a s�rieusement menac�s les forces colonialistes de se retrouver dans l�oc�an �clata en 1622 lors de l�attaque de la Conf�d�ration des Powhatans, men�e par Opechancanough, contre la colonie de Jamestown. Des combats ont fait rage jusqu�en 1644, lors de la capture et de la mise � mort d�Opechancanough.

Au milieu des ann�es 1600, les confrontations entre les Premi�res nations et les colons ont commenc� � s�intensifier. La tension grimpa au fur et � mesure que les Europ�ens devenaient plus born�s et autoritaires dans leurs relations avec les Premi�res Nations. En 1655 par exemple, la pr�tendue "Peach Wars" (Guerres des P�ches) a �clat�e entre les colons de New Netherlands et de la nation du Delaware quand un Hollandais a tu� une femme Delaware parce qu�elle cueillait une p�che dans un arbre sur la propri�t� de la colonie. Le colon fut �ventuellement tu� et les guerriers Delaware ont attaqu� plusieurs colonies hollandaises. La bataille sur les rives de la rivi�re Hudson dura jusqu�en 1664 lorsque les Hollandais ont forc� la nation Delaware � se rendre en se servant d�enfants Delaware comme otages.

D�s 1675, les Narragansetts, les Nipmucs et les Wapanoags, conduits en partie par M�tacom (connu sous le nom de Roi Philippe par les Europ�ens), se sont soulev� contre les colonies de la Nouvelle-Angleterre � la suite de l�arrestation et de l�ex�cution par les Anglais de trois Wapanoags reconnus coupables du meurtre d�un des leurs qui s��tait converti au christianisme et qu�ils croyaient �tre un tra�tre. La guerre pris fin en 1676 alors que les colons anglais, se servant de leurs alli�s et informateurs indig�nes, sont venus � bout de la r�bellion. M�tacom fut tu�. Sa famille et plusieurs centaines d�autres furent vendus comme esclaves aux Antilles. La campagne militaire men�e par les colons a d�cim� les nations Narragansett, Nipmuc et Wapanoag.

Ailleurs en 1680, le soul�vement des Pueblos, men�s en partie par le gu�risseur Tewa Pope, a r�ussi � sortir les Espagnols du Nouveau-Mexique. En 1689, les forces espagnoles ont pu finalement venir � bout des Pueblos.

Vers la fin des ann�es 1600, les batailles entre les �tats europ�ens domin�rent le processus de colonisation en Am�rique du Nord.

H�G�MONIE�: LE R�VE EUROP�EN

Les guerres coloniales furent, par le pass�, disput�es entre la France, l�Espagne, les Pays-Bas et l�Angleterre. Des conflits ont �clat� entre leurs colonies en Am�rique. D�s la fin des ann�es 1680 et pendant les 100 ann�es qui ont suivi, on a connu une p�riode de violentes confrontations entre les Europ�ens pour la supr�matie. Cette p�riode de guerres europ�ennes se jouera aussi en Am�rique. ��Jusqu�� un certain point, la bataille pour les colonies et la richesse dont on en tire profit �tait le champ de bataille par excellence pour l�accroissement du pouvoir d�un �tat europ�en.��[12]

D�butant en 1689 avec la guerre du Roi William entre les Fran�ais et les Anglais, qui deviendra celle de la Reine Anne (1702-1713), en passant par celle du Roi Georges (1744 - 1748) et atteignant son point culminant entre 1754 et 1763 avec la ��Guerre de Sept Ans��, les batailles pour la possession de colonies en Am�rique �taient le reflet de celles qui faisaient rages � travers l�Europe au cours de la m�me p�riode. Toutefois, en Am�rique du Nord et dans les Cara�bes, la lutte des Europ�ens pour l�h�g�monie dans un march� d��changes mondiaux en plein essor requiert de fortes concentrations de guerriers indig�nes.

Lorsque les Britanniques sont sortis victorieux de la ��Grande Guerre pour la Supr�matie�� et que les Fran�ais, vaincus, ont d� c�der la baie d�Hudson, l�Acadie, la Nouvelle-France et d�autres territoires dans une s�rie de trait�s, ceux qui furent les plus affect�s par les guerres europ�ennes �taient les indig�nes des r�gions atlantiques. Ces guerres ont pratiquement caus� l�extermination de quelques peuples indig�nes dont les Appalaches, en Floride. On a aussi vu s�installer des garnisons militaires coloniales et des postes de garde. On a effectu� une militarisation g�n�rale des r�gions avec de l�armement lourd et des sp�cialistes de combat. Subs�quemment, l�expansion des colonies repoussait les fronti�res du territoire et, du m�me coup, refoulait plusieurs nations indig�nes vers l�ouest.

La r�sistance indig�ne ne s�est pas termin�e avec les guerres coloniales de cette p�riode. Elle ne s�est pas non plus limit�e � donner un coup de main � leurs ��alli�s��.

En 1711, les Tuscaroras ont attaqu� les Anglais en Caroline du Nord et ont combattu pendant deux ans jusqu�au jour ou la campagne anti-insurrection anglaise fit son oeuvre. R�sultat�: des centaines de morts et quelque 400 indig�nes vendus comme esclaves. Les Tuscaroras ont fui vers le nord pour s�installer parmi les Haudenosaunee devenant ainsi la Sixi�me Nation en 1722.

En 1715, la nation Yamasee s�est soulev� contre les Anglais en Caroline du Sud, mais fut pratiquement extermin�e lors d�une riposte anglaise sanglante.

En 1720, la nation Chickasaw a combattu l�occupation fran�aise jusqu�� la capitulation de la France aux mains des Anglais en 1763. � l�instar de la nation Chickasaw, la nation Fox a �galement oppos� une r�sistance, de 1720 jusqu�� vers 1735, face � la colonisation fran�aise.

En 1729, la nation Natchez d�buta une s�rie d�attaques contre les colons fran�ais de la Louisiane suite aux ordres du gouverneur Sieur Ch�part de raser le village principal des Natchez pour semer des plantations. Lors des batailles qui s�en suivent, Ch�part est tu� et la contre-attaque des Fran�ais est fatale pour la nation Natchez qui se retrouvera d�cim�e. La lutte des gu�rilleros continuera toutefois sur les bords du fleuve Mississippi.

En 1760, la nation Cherokee s�est soulev�e contre leurs alli�s, les Anglais, en Virginie et en Caroline. Men�s par Oconostota, les Cherokees ont combattu pendant deux ans. �ventuellement, ils ont accept� une tr�ve de paix non sans voir des parties de leur territoire pris par les Anglais qui y ont ras� villages et cultures.

En 1761, les Al�outiens d�Alaska ont attaqu� les commer�ants russes suite aux d�pr�dations contre les communaut�s al�outiennes sur les c�tes de l�Alaska (les colonisateurs russes ont �ventuellement install� leurs camps sur les �les de Pribilof et al�outiennes en 1797 expropriant du m�me coup le peuple Al�oute et faisant d�eux des esclaves pour la chasse au phoque).

En 1763, le chef Ottawa, Pontiac, a organis� une alliance entre Ottawas, Algonquins, Senecas, Mingos et Wyandots et men� une offensive contre la colonisation anglaise. Cette campagne leur a permis de capturer neuf des douze garnisons anglaises et d�assi�ger D�troit pendant six mois. L�incapacit� d��tendre les possibilit�s de l�insurrection et le retrait de la promesse d�une assistance fran�aise ont pouss� Pontiac � n�gocier la fin du conflit en 1766.

Il faut ajouter � cette p�riode riche en guerres l��volution des maladies �pid�miques. En 1746, en Nouvelle-�cosse seulement, 4000 Micmacs sont morts de ces maladies.

Avec la d�faite de la France, les Britanniques ont acquis de vastes territoires appartenant auparavant � la France � l�insu de plusieurs Premi�res Nations qui habitaient ces r�gions et avec qui les Fran�ais n�avaient jamais n�goci� de trait�s territoriaux ni reconnu aucun titre aux indig�nes.

� ce moment l�,

��... le gouvernement britannique a saisi l�occasion de consolider ses positions imp�riales en tissant des relations formelles et constitutionnelles avec les ...indig�nes. Dans la Proclamation de 1763, il a annonc� son intention de se r�concilier avec les tribus m�contentes en reconnaissant leurs droits territoriaux, en leur laissant le plein contr�le sur les territoires non- c�d�s et en entrant dans une relation de nation � nation��[13].

La Proclamation Royale de 1763 a d�cid� de l�emplacement d�un ��territoire indien�� � l�ouest des Appalaches et les Treize Colonies d�origine. � l�int�rieur de ce territoire, personne n�aurait le droit d�y acheter des terres, sauf la Couronne. Dans les colonies maintenant sous l�empire britannique dont Terre- Neuve, le Labrador, le Qu�bec, la Nouvelle- �cosse et les Treize Colonies, les colons occupant des territoires indig�nes non-c�d�s seront relocalis�s et les achats de terres, occup�es par ou r�serv�es pour les indig�nes, � des fins priv�es �taient interdits. Seule la Couronne pouvait acheter ces terres, en pr�sence des Premi�res Nations.

Remplie de bonnes intentions, la Proclamation �tait toutefois couramment viol�e par les colons et rarement mise en application. En fait, un an apr�s la Proclamation, Lord Dunmore, le gouverneur de la colonie de Virginie, avait d�j� franchi la fronti�re en accordant � des v�t�rans de la Guerre de Sept Ans, qui avaient servi sous ses ordres, des terres sur le territoire de la nation Shawnee. La voix des Shawnees ne se fit pas attendre, mais la provocation de Dunmore envers le contr�le britannique avait pour but de pr�cipiter, en forme et en substance, une autre p�riode de conflits qui verraient le processus de colonisation s��tendre vers l�ouest.


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