Cet article est un
bref historique de la colonisation des Am�riques depuis 1492 et de la
r�sistance indig�ne � cette colonisation jusqu�� 1992. L�auteur admet
ne pas comprendre totalement les traditions de son peuple, les
kwakiutl. En ce sens, l�article souffre de l�absence d�une authentique
philosophie indig�ne et se pr�sente donc surtout sous forme de
chronologie historique. Les chiffres entre parenth�ses r�f�rent � des
notes de fin de document.
NTRODUCTION
Au cours de l�ann�e 1992, les nombreux �tats qui ont su tirer profit de
la colonisation des Am�riques seront marqu�s par des c�l�brations
grandioses de la ��D�couverte de l�Am�rique��. L�Espagne a d�pens� des
millions de dollars pour ces c�l�brations en conjonction avec Expo �92
� S�ville. � Colombus, en Ohio, on a investi 100 million $ dans les
f�tes du cinqui�me centenaire pour le divertissement des quelques
millions de touristes. Le CELAM, l�Association des �v�ques Catholiques
d�Am�rique du Sud, a organis� un rassemblement pour la c�l�bration du
��cinqui�me centenaire de l��vang�lisation des Am�riques�� qui sera
pr�sid�e par le pape. Il y a aussi une multitude d�expositions dans les
mus�es, de films, de programmes t�l�vis�s, de livres, de produits et
d�activit�s portant sur Colomb et la ��D�couverte��. Tous pr�sentent
une interpr�tation des 500 ann�es �coul�es depuis 1492. L�id�e
principale de cette interpr�tation est que le processus de colonisation
- un processus de g�nocide - fut apr�s tout, malgr� quelques
��emb�ches��, un processus mutuellement profitable. ��L�ampleur�� des
religions et des cultures europ�ennes a �t� port�e au- devant des
indig�nes. Ceux-ci ont, en retour, partag� les terres et apr�s coup,
ont fait ��accidentellement�� connaissance avec les maladies
europ�ennes desquelles ils sont morts. Leurs descendants s�entassent
aujourd�hui dans les ghettos des villes et deviennent alcooliques ou
profitent de l�assistance sociale. Bien s�r, quelques vestiges de la
culture indienne ont �t� sauvegard�s. Il y a m�me quelques politiciens
��professionnels�� de souche indienne qui r�dent toujours.
Ce n��tait non pas une ��D�couverte��, mais plut�t un holocauste des indiens d�Am�rique�!
Jusqu�� tout r�cemment, le taux de population g�n�ralement reconnu des
indig�nes � la veille de 1492 se situait autour de 10 � 15 millions. Ce
chiffre est toujours reconnu par les individus et les groupes qui
voient en 1492 la ��D�couverte�� au cours de laquelle quelques millions
d�indiens seulement y ont laiss� leur peau - la plupart � cause des
maladies. Des donn�es d�mographiques r�centes d�nombrent un taux de
population indig�ne se situant entre 70 et 100 millions de personnes
dont environ 10 millions en Am�rique du Nord, 30 millions en Am�rique
Centrale et entre 50 et 70 millions en Am�rique du Sud.
Aujourd�hui, malgr� 500 ans d�une colonisation g�nocide, il existe
toujours environ 40 millions de descendants indig�nes en Am�rique. Au
Guatemala, les descendants Mayas forment 60.3% de la population et en
Bolivie, les descendants indiens composent 70% de la population totale.
Malgr� cela, ces personnes indig�nes n�ont aucun droit sur leurs
propres terres et font partie de la tranche de la population la plus
exploit�e et la plus d�favoris�e. On retrouve ces m�mes
caract�ristiques dans d�autres populations indig�nes des �tats
colonisateurs de l�Am�rique (et � travers le monde).
LE MONDE DE L�AVANT-COLOMB
��Pr�historique�� ou ��pr�colombienne�� est cette �poque � laquelle
r�f�rent les sp�cialistes lorsqu�il est question de la p�riode avant la
colonisation europ�enne de l�Am�rique. En ces temps-l�, l�h�misph�re
ouest �tait un territoire dens�ment peupl�. Un territoire avec ses
peuples et ses modes de vie aussi diversifi�s que n�importe quels
autres territoires dans le monde.
Le territoire ne fut pas nomm� ��Am�rique�� par ces peuples. S�il y e�t
r�f�rence au territoire en tant que tel, ce fut en tant qu��le de la
Tortue, Cuscatlan ou bien Abya-Yala.
Les Premi�res Nations occupaient toutes les r�gions des Am�riques. Ils
vivaient selon la diversit� du territoire et d�veloppaient des
habitudes culturelles en relation avec leur environnement. Leur
population atteignait de 70 � 100 millions d�individus avant la
colonisation europ�enne.
De fa�on g�n�rale, les centaines de nations diff�rentes se regroupaient
dans les m�mes r�gions g�ographiques. Dans ces r�gions, la
standardisation des cultures est en fait une �volution naturelle des
gens qui se b�tissent des modes de vie en fonction du territoire.
Ainsi, de fr�quentes interactions et interrelations existaient entre
les individus de ces r�gions. Ils se reconnaissaient tous l�un et
l�autre en tant que nation.
Dans les r�gions arctiques habitaient (et habitent toujours) les Inuit
et les Al�outiens. Leurs modes de vie tournaient autour de la chasse
aux mammif�res marins (b�lugas, morses, etc.) et aux caribous �
laquelle on ajoute la p�che et les �changes avec les gens du sud.
Au sud de l�arctique, dans la r�gion sub-arctique aujourd�hui nomm�e
Alaska, Territoires du Nord-Ouest et les r�gions du nord des provinces
canadiennes, demeuraient des gens vivant de chasse et de p�che. Le
paysage de la r�gion poss�dait une grande diversit� passant de la vaste
toundra � la for�t, aux lacs, aux rivi�res et aux ruisseaux. Les Cris,
les Chipewuans, les Kaskas, les Chilcotins, les Ingalik les Beothuk et
beaucoup d�autres nations habitaient (et habitent) cette r�gion. Ils
chassaient l�ours, le bouc et le chevreuil dans l�ouest, le boeuf
musqu� et le caribou plus au nord, ou le bison dans les prairies plus
au sud.
Dans les r�gions de l�arctique et du sub-arctique r�unis vivaient probablement pr�s de 100 000 personnes.
Le long du nord-ouest des c�tes du Pacifique, des c�tes de l�Alaska et
de la Colombie-Britannique jusqu�au nord de la Californie, vivaient (et
vivent toujours) les Tlingites, les Ha�das, les Tsimshians, les
Kwa-Kwa- Ka�wakw, les Nuu-chah-nulth, les Nuxalk, les Salish, les Yurok
et plusieurs autres. Ces peuples ont d�velopp� un mode de vie dont
l�activit� principale �tait la p�che. On a d�nombr� quatre millions
d�individus dans cette r�gion.
Entre les montagnes de la cha�ne c�ti�re du Pacifique et les plaines
centrales dans ce qui est aujourd�hui connu comme le sud de la
Colombie-Britannique, les �tats de Washington, de l�Oregon, de l�Idaho
et du Montana vivaient (et vivent) les Sahaptins (Nez perc�s), les
Chopunnish, les Shoshones, les Siksikas (Pieds Noirs) et plusieurs
autres. On pouvait compter environ 200 000 individus.
� l�est, vivaient les peuples de la plaine. Ils occupaient une vaste
r�gion bord�e au sud par le Texas, au nord par les r�gions du sud de
l�Alberta, de la Saskatchewan et du Manitoba, � l�est par le Dakota du
Nord et du Sud, le Minnesota, le Wisconsin, le Missouri, et I Arkansas.
Dans cette r�gion, les Lakotas (Sioux), les Cheyennes, les Arapahos,
les Cris des plaines, les Siksikas (de la conf�d�ration des Pieds Noirs
en compagnie des Bloods et des Peigans), les Crows, les Kiowas, les
Shoshones, les Mandans et plusieurs autres formaient une population
d�un million de personnes. On d�nombrait aussi environ 80 millions de
bisons avant leur massacre par les Europ�ens.
Plus � l�est, dans la r�gion qui s��tend des Grands Lacs aux c�tes de
l�Atlantique, des peuples vivaient (vivent) de la chasse, de la p�che
et de l�agriculture. On y retrouvait les Kanienkehake (Mohawks), les
Oneidas, les Onondagas, les Cayuga, les Senecas (ces cinq derni�res
nations formaient les Haudenosaunee - le Peuple de la Maison Longue
(People of the Longhouse)aussi connus en tant que conf�d�ration des
Iroquois), les Ojibways, les Algonquins, les Micmacs, les Wendats
(Hurons), les Potowatomis, les Tuscarora et plusieurs autres. Dans ces
r�gions bois�es qui s��tendent de l�Ontario, du Qu�bec et de l��tat de
New York jusqu�aux Carolines vivaient jusqu�� deux millions d�individus.
Au sud de cette r�gion, d�une partie des Virginies jusqu�� la Floride
et � l�ouest du Golfe du Mexique incluant le Mississippi et la
Louisiane vivaient (vivent) les Muskogees - parlant Choctaw, Creek et
Chikasaw, les Cherokees, les Natchez, les Tonkawas, les Atakapas et
plusieurs autres. Une des r�gions les plus fertiles au monde o�
l�agriculture est monnaie courante et compl�t�e par la chasse et la
p�che. On pouvait compter entre deux et trois millions d�habitants.
� l�est de cette r�gion, au sud-ouest des �tats-Unis, au nord du
Mexique et en Californie habitaient (habitent) des peuples agraires et
nomades. Ce sont les Pueblos, les Hopis, les Zunis, les Hualapa�s
parlant le Yumun, les Mojaves, les Yumas et les Cocopas. Les Pimas et
les Papagos parlant uto-azt�que et les Athapascans font parti des
peuples Navajos (Dines) et Apaches. R�unis, ces peuples pouvaient
compter deux millions d�individus.
Dans la r�gion de l�am�rique centrale comprenant le Mexique, le
Guatemala et Belize, de nombreux peuples vivaient (vivent)
d�agriculture dont l�aliment principal �tait le ma�s. Ces peuples sont
les Azt�ques, les Texacocos, les Tlacopans et les Mayas - dans la
p�ninsule du Yucat�n. Ils ont �rig� de grandes cit�s avec des b�timents
et des pyramides de pierres et de briques et construit de vastes
r�seaux agraires de d�rivation d�eau impliquant des digues et des
canaux. Les langues �crites �taient publi�es dans des livres et on
s�adonnait � l��tude de l�astronomie et des math�matiques. Un
calendrier plus pr�cis que ceux existant en Europe au XVe si�cle fut
mis au point. Au total, ces peuples comptaient environ 30 � 40 millions
d�individus.
Dans le bassin des Cara�bes incluant les r�gions c�ti�res de la
Colombie, du Venezuela, du Costa Rica, du Honduras et plusieurs petites
�les telles que Cuba, Hispaniola, Puerto Rico, etc. vivaient des
peuples agraires pratiquant la chasse et la p�che tels que les Caribes,
les Arawaks, les Waraos, les Yukpas, les Paujanos et d�autres. Au
total, ils �taient environ cinq millions.
Dans toute l�Am�rique du sud, il y avait entre 40 et 50 millions d�individus.
Dans les hautes terres des Andes au P�rou et au Chili, habitaient
(habitent) les peuples Incas constitu�s des Quechuas et des Aymaras.
Dans le sud du Chili, on retrouvait (retrouve) les Mapuches et dans les
basses terres - incluant la r�gion de l�Amazone, les Yanomamis, les
Gavioe, les Txukahame, les Kreens, les Akarore et plusieurs autres. Au
sud de la r�gion amazonienne, en Argentine, au Paraguay et en Uruguay,
vivaient (vivent) les Ayoreos, les Ache, les Matacos, les Guaranis et
plusieurs autres. Dans les r�gions les plus au sud, on retrouvaient
(retrouvent) les Qawasgars, les Selk�nams, les Onus et d�autres.
Sauf quelques exceptions, les Premi�res Nations formaient des �soci�t�s
communautaires sans classes avec de fortes tendances matrilin�aires. Le
domaine politique chez les Indig�nes n��tait pas domin� par les hommes,
mais �tait dans plusieurs cas la responsabilit� de la femme. Les
Anciens occupaient une place d�importance et d�honneur en raison de
leur sagesse. II n�y avait aucune prison. Les Premi�res Nations ont
cr�� de bons moyens pour r�soudre les probl�mes dans la communaut� et -
au dire des Anciens on y observait peu de crime antisociaux. Les
d�cisions politiques n��taient souvent rendues qu�apr�s consensus et
discussions entre les habitants.
Les Premi�res Nations n��taient toutefois pas parfaites. Elles �taient
humaines et donc elles avaient, et ont toujours, des inconsistances et
des pratiques loin d��tre positives.
� titre d�exemples, citons les conflits arm�s entre les nations, dans
toute l�Am�rique. Ainsi que les pratiques d�esclavage entre les
habitants de la c�te nord-ouest du Pacifique et dans les r�gions
m�soam�ricaines. Toutefois, les fa�ons de faire la guerre ici ont
refl�t� des d�veloppements similaires � travers le monde et en aucun
cas n�ont approch� les m�thodes de g�nocide invent�es, en particulier
en Europe. La guerre n��tait qu�une pratique explicite des peuples
guerriers. Le pr�texte de l�esclavage, m�me si il est non justifiable,
diff�re nettement de celui des Europ�ens qui n�est ni bas� sur le
racisme ni sur une caract�ristique fondamentale qui forme les bases de
l��conomie de ces soci�t�s.
L�Histoire des Premi�res Nations doit toujours s�analyser de fa�on
critique. Ceux qui nous racontent cette Histoire n�ont souvent aucune
trace de sang Indig�ne.
LE D�BUT DU G�NOCIDE
��La cupidit� nourrissait leur corps et leur app�tit �tait vorace�� - t�moignage Azt�que
Le 12 octobre 1492, naviguant � bord de la Santa Maria, financ�e par la
couronne espagnole, Cristoforo Colombo mis pied � terre sur l��le de
Guanahani (probablement le San Salvador), dans la r�gion des Cara�bes.
Initialement � la recherche d�une nouvelle route d��change vers les
march�s asiatiques, Colombo a d�couvert bien malgr� lui un march� qui
sera manifestement plus lucratif que la d�couverte d�une nouvelle route
d��change, pour l�Europe du moins.
Sur l��le de Guanahani, Colombo trouva pour la premi�re fois sur son
chemin les Taino Arawaks qu�il nomma ��Indiens�� croyant avoir atteint
les Indes. D�s cette premi�re rencontre, le journal de bord de Colombo
t�moigne de sa propre cupidit�:
��N�avions nous pas termin� les formalit�s de la prise de possession de
l��le que des individus ont commenc� � s�amener sur la plage... Ils
sont amicaux et calmes. Ils ne portent aucune arme sauf de petites
lances. Ils devraient faire de bons et d�habiles serviteurs... Je crois
qu�ils peuvent �tre facilement christianis�s, car ils ne semblent
poss�der aucune religion. S�il pla�t � notre Seigneur, j�am�nerai, �
mon d�part, six d�entre eux devant Vos Altesses.�� (du journal de bord
de Colombo, le 12 octobre 1492)[1].
N�ayant qu�une parole, � d�faut d�autre chose, Colombo enleva 9 Taino
lors de son voyage dans les Bahamas. Il anticipait m�me plus
d�enl�vement et d�asservissements�:
��... ces individus sont peu habiles au maniement des armes. Vos
Altesses le verront d�eux-m�mes quand je vous am�nerai les sept que
j�ai captur�s. Lorsqu�ils auront appris nos langues je les ram�nerai
ici � moins que Vos Altesses ordonnent que toute la population soit
d�tenue � la Castille ou tenue captive ici. Avec 50 hommes, vous
pourriez en faire tous vos sujets et leur ordonner de faire ce que bon
vous semble�� (du journal de bord de Colombo, le 14 octobre 1492)[2].
Tout au long du journal de bord de Colombo lors de ce premier voyage,
il y a une r�f�rence constante � la notion que les Taino croyaient que
les Europ�ens descendaient du ciel malgr� le fait que ni Colombo ou ses
hommes ne comprenaient l�Arawak. Une autre constante dans le journal de
Colombo fait r�f�rence � l�obsession pour l�or. On y retrouve 16
r�f�rences dans les deux premi�res semaines seulement, 13 dans le mois
suivant et 46 dans les cinq semaines suivantes, malgr� le fait que
Colombo n�ait trouv� que tr�s peu d�or autant sur l��le de Guanahani
qu�� n�importe quel endroit o� il a mis le pied.
Dans une derni�re r�f�rence au journal de bord de Colombo, on y d�couvre la double mission de Colombo�:
��... Vos Altesses devraient en faire des chr�tiens (les Taino). Je
crois que si cet effort commence, une multitude d�individus seront tr�s
bient�t converti � notre Foi et l�Espagne acquerra de grands domaines,
de grandes richesses et tous les villages. Sans l�ombre d�un doute, il
y a une tr�s grande quantit� d�or dans ces terres... Il y a aussi des
perles, des pierres pr�cieuses et une quantit� infinie d��pices�� (du
journal de bord de Colombo, le 11 novembre 1492) [3].
La dualit� de la mission de Colombo et des invasions europ�ennes
subs�quentes �tait la christianisation des non-Europ�ens et
l�appropriation de leurs terres. Ces buts ne sont pas distincts l�un de
l�autre. La ��christianisation�� n��tait pas simplement un programme
d�endoctrinement religieux Europ�en, c��tait une attaque contre la
culture non-Europ�enne (barri�re � la colonisation) et une forme de
guerre l�galement et moralement sanctionn�e pour la conqu�te. ��M�me
son nom �tait une proph�tie face au monde qu�il a d�couvert Christophe
Colomb se traduit par "le colonisateur porteur du Christ"��[4].
Toujours lors de son premier voyage, il erra dans les Cara�bes avant
d��tablir le premier poste espagnol, Natividad, sur l��le d�Hispaniola
(aujourd�hui Ha�ti et la R�publique Dominicaine). Laissant environ 35
hommes sur Hispaniola, Colombo et son �quipage sont rentr�s en Espagne
afin de rassembler le mat�riel et les hommes n�cessaires � la
colonisation prochaine et pour rapporter leur voyage � la Couronne.
En septembre 1493, Colombo retourna � Hispaniola avec une flotte de 17
navires et de 1200 hommes. Le d�tachement qui est demeur� sur
Hispaniola fut d�truit suite au soul�vement des Taino contre les
Espagnols. La r�sistance avait d�j� en fait d�but�.
Colombo aura fait quatre voyage an tout dont les deux derniers en 1498
et en 1502. Ses voyages dans les Cara�bes l�auront men� dans des
endroits aujourd�hui connus comme Trinidad, Panama, Jama�que,
Venezuela, Dominique et plusieurs autres �les. Il y captura des
indig�nes pour en faire des esclaves et leur fit extraire l�or � coup
de quota de grosses marmites pleines de poussi�re d�or qui doivent �tre
ramass�es par tous les indig�nes de 14 ans et plus � tous les trois
mois. Le non-respect du quota exposait le "coupable" � se faire
trancher les mains. Ensuite on le laissait mourir � bout de son sang.
Des centaines de Caribes et d�Arawaks ont �t� envoy�s en Espagne en
tant qu�esclaves sous la gouverne de Colombo, 500 de plus apr�s son
second voyage seulement. En fait, l�absence de ��grandes quantit�s
d�or�� dans les Cara�bes le for�a � trouver un autre mode de
financement pour la colonisation�: ��Les Caribes, sauvages et
cannibales, serait �chang�s en tant qu�esclaves contre des vivres
fournis par des marchants en Espagne.��
Colombo mourut en 1506, mais � la suite de son voyage initial en
Am�rique, plusieurs vagues d�exp�ditions espagnoles, portugaises,
hollandaises, fran�aises et britanniques ont suivi transportant des
conquistadores, des mercenaires, des marchants et des missionnaires
catholiques.
Hispaniola a servi de premi�re t�te de pont aux Espagnols. Elle servait
de relais de ravitaillement pour les incursions arm�es et les missions
de reconnaissance justifi�es � travers le programme de
christianisation. Un an apr�s le premier voyage de Colombo, le pape
Alexandre VI dans sa bulle papale inter cetera divina a accord� �
l�Espagne tout le monde n��tant pas d�j� poss�d� par les �tats
chr�tiens sauf la r�gion du Br�sil qui fut octroy�e au Portugal.
Pendant que les Espagnols �tablissaient les fondations de leur plan de
colonisation, les autres nations europ�ennes ont commenc� leurs propres
exp�ditions.
En 1497, Giovanni Caboto Motecataluna (Jean Cabot), financ� par
l�Angleterre, traversa l�Atlantique et longea les c�tes Atlantiques de
l�Am�rique du Nord. Sous les ordres d�Henri VII de ��conqu�rir, occuper
et poss�der�� les terres des ��pa�ens et des infid�les��, Cabot a fait
la reconnaissance des c�tes de Terre- Neuve enlevant trois Micmacs du
m�me coup.
Vers la m�me p�riode, Gaspar Corte Real, financ� par le Portugal, a
fait la reconnaissance des c�tes du Labrador et de TerreNeuve enlevant
du m�me coup 57 B�othuks qui seront vendus comme esclaves afin de
rentabiliser le co�t de l�exp�dition.
Pendant ce temps, Amerigo Vespucci, de qui on nomma l�Am�rique, et
Alonso de Ojedo en diff�rentes missions pour l�Espagne, ont fait la
reconnaissance des Antilles et des c�tes Pacifiques de l�Am�rique du
Sud. Ojedo ex�cutait activement des raids � la recherche d�esclaves.
Dans ses efforts, il trouva la mort lorsque atteint par la fl�che
empoisonn�e d�un guerrier.
De la bulle papale de 1493 et du subs�quent Trait� de Tordesillas
(1494), la possession du Br�sil fut accord�e au Portugal. En 1500,
l�amiral portugais Pedro Alvares Cabral pris formellement possession du
territoire br�silien au nom de la Couronne portugaise.
Maintenant que les missions de reconnaissances sont compl�t�es,
l�invasion s�est intensifi� et a pris de l�expansion. En 1513, Ponce de
Leon, financ� par l�Espagne, a tent� de mettre pied � terre en Floride,
mais il fut repouss� par 80 embarcations de guerre Calusa.
De 1517 � 1521, le conquistador espagnol, Hernando Cortes a r�duit �
n�ant l�empire Azt�que au Mexique. Il a pris possession de la cit� de
Tenochtitlan et a tu� des millions de personnes lors d�une sanglante
ru�e vers l�or.
Peu apr�s, en 1524, Pedro de Alvarado a conduit une invasion de la
r�gion de EI Salvador. II a attaqu� les Cuscatlans, les Pipeles, et les
Quiches. Au Guatemala, Alvarado a men� huit campagnes majeures contre
les Mayas. Pendant que lui et ses hommes br�laient des gens vivants,
les pr�tres catholiques qui l�accompagnaient s�occupaient de d�truire
les documents historiques des Mayas (cela s�il n��taient pas occup�s
eux-m�mes � diriger les massacres). Les hommes d�Alvarado, en guise de
r�compense, pourront faire des survivants leurs esclaves.
En 1531, l�Espagnol Francisco Pizarro a envahi la r�gion occup�e par
les Incas (aujourd�hui le P�rou). Il pris avantage d�une dispute
interne entre deux factions incas men�es par les fr�res Huascar et
Atahualpa. Pizarro a r�ussi � venir � bout des Incas en deux ans.
Dix ans plus tard, Pedro de Valdivia pris possession du Chili au nom de
la Couronne espagnole malgr� une r�sistance f�roce de la part de la
nation Mapuche qui a restreint les Espagnols aux r�gions du nord et du
centre. Valdivia fut �ventuellement tu� au combat par des guerriers
Mapuche.
Au cours de la m�me p�riode, Jacques Cartier, pour le compte de la
France, fit la reconnaissance en 1534 des r�gions de l�est (devenu
aujourd�hui le Canada) et des Espagnols comme Hernando de Sotos, Marcos
de Niza et plusieurs autres ont commenc� leur p�n�tration en Am�rique
du Nord prenant possession du territoire au nom de leur pays, comme
c�est la coutume.
EXPANSION, EXPLOITATION ET EXTERMINATION
��Je me nomme Variole... Je viens de tr�s loin... o� se trouve la
grande mer et plus loin au-del� d�elle. Je suis un ami des Grands
Couteaux qui m�ont amen�; ils sont mon peuple�� - Jamake Highwater,
Anpao�: une odyss�e indienne
Les premi�res ann�es de la colonisation �taient dirig�es au maximum
vers l�exploitation des terres et des indig�nes. Aux yeux des
Europ�ens, les Am�riques
�taient de vastes r�gions vierges qui convenaient � l�expansion et l�exploitation �conomique.
L�activit� principale �tait l�accumulation d�or et d�argent pour former
de la monnaie pour les nations europ�ennes. Cette accumulation �tait
accomplie sous la forme la plus barbare de vols et de pillages (les
m�thodes employ�es par Colombo et Cortes). Plus tard, des m�thodes plus
syst�matiques furent d�velopp�es y compris l�encomiendas - une forme de
taxe impos�e aux indig�nes assujettis et l�utilisation d�esclaves
indig�nes pour tamiser les rivi�res et les cours d�eau. Au milieu des
ann�es 1500, l�exploitation de l�or et de l�argent impliqua des travaux
miniers intensifs. Des villes enti�res se sont d�velopp�es autour des
chantiers miniers. Des millions d�indig�nes ont trouv� la mort en
travaillant comme esclaves dans les mines de Guanajuato et Zacatecas au
Mexique et de Potosi en Bolivie. Vers la fin des ann�es 1500, Potosi
�tait l�une des plus grandes villes du monde avec ses 350 000
habitants. Le P�rou contenait �galement de nombreux chantiers miniers.
De l�arriv�e des premiers colonisateurs europ�ens jusqu�en 1650, de 180
� 200 tonnes d�or - provenant de l�Am�rique - se sont retrouv�es dans
les coffres du tr�sor europ�en. Aujourd�hui, tout cet or vaudrait 2.8
milliards de dollars[5]. � la m�me �poque, huit millions d�esclaves
sont morts dans les mines de Potosi seulement.
L�esclavage �tait une autre activit� �conomique majeure, non seulement
pour le travail dans les mines, mais aussi pour l�exportation vers
l�Europe. Au Nicaragua seulement, les premiers dix ans d�esclavage
intensif qui d�but�rent en 1525 ont vu environ 425 000 Miskitus et
Sumus envoy�s en Europe. Des dizaines de milliers d�esclaves ont p�ri
dans les navires qui les transportaient. Au milieu des ann�es 1500, les
�changes d�esclaves passeront par l�Afrique alors que les colonisateurs
portugais ont d�port� des esclaves africains vers le Br�sil afin de
couper la canne � sucre et de d�fricher la for�t pour construire des
villages et des �glises. On estime qu�environ 15 millions d�esclaves
africains ont �t� d�port�s en Am�rique jusqu�en 1800. Environ 40
millions d�autres esclaves africains ont p�ri lors de la travers�e de
l�Atlantique en raison des mis�rables conditions des navires.
Dans des r�gions telles que les hautes terres du Chili, du P�rou, du
Guatemala et du Mexique, l� o� le climat �tait propice, les Espagnols
ont pu faire pousser des produits agricoles tels que le bl�, le
choufleur, le chou, la laitue, les radis, la canne � sucre et un peu
plus tard, des raisins, des bananes et du caf�. Vers le milieu des
ann�es 1500, plusieurs de ces produits agricoles (surtout le bl� et la
canne � sucre), gr�ce � la main d�oeuvre esclave, �taient export�s en
grande quantit� vers les march�s europ�ens.
Dans d�autres r�gions, des troupeaux de b�tail affal� se sont �tablis.
Les troupeaux qui ont rarement exc�d� 800 ou 1000 t�tes de b�tail en
Espagne atteignent 8000 au Mexique. D�s 1579, quelques ranches du nord
du Mexique poss�daient jusqu�� 150 000 t�tes de b�tail [6].
Les effets du d�frichage intensif du territoire pour faire place �
l�agriculture et aux ranches et l�exploitation intensive des mines ont
fini par causer une augmentation de la d�forestation et des dommages
aux territoires. Encore plus imm�diat pour les peuples indig�nes de ces
r�gions, en particulier ceux qui vivaient de l�agriculture de
subsistance, �tait le d�mant�lement et la destruction des moyens
agraires remplac�s par les produits agricoles d�exportation.
Dans le but d�accro�tre cette expansion et cette exploitation,
soumettre les Premi�res Nations s�av�rait une n�cessit�, et la t�che de
coloniser d�autres peuples en �tait une dans laquelle les europ�ens
�taient pass�s ma�tres.
��D�une certaine mani�re, les premiers peuples colonis�s pour le profit
par le moyen du travail... �tait des paysans europ�ens et britanniques.
L�Irlande, la Boh�me, la Catalogne furent colonis�s. Le peuple Mores,
aussi bien que le peuple juda�que s�farade, fut d�port� physiquement
par la Couronne de Castille de la p�ninsule Ib�rique... Toutes les
m�thodes utilis�es pour la d�portation et l�expropriation furent
pratiqu�es sinon perfectionn�es��[7].
Avant le voyage de Colombo en 1492, le d�veloppement d�un mode de
production capitaliste ressortant du f�odalisme a d�poss�d� les paysans
europ�ens d�une production et d�une agriculture de subsistance
ind�pendante. Cons�quemment, ils n�ont eu d�autre choix que d�entrer
dans une relation de d�pendance forc�e vis- �- vis les propri�taires de
terres et les manufacturiers, menant ainsi � une guerre de classe
sociale, particuli�rement lorsque la R�volution Industrielle (nourrie
par l�expropriation des mat�riaux des Am�riques et de l�Afrique) pris
de l�ampleur.
De fait, la majorit� des Europ�ens �migrant vers l�Am�rique au XVle, au
XVlle et au XVllle si�cle �taient des marchants appauvris, des
petit-bourgeois commer�ants, des mercenaires et des missionnaires
chr�tiens. Tous souhaitaient se b�tir une nouvelle fortune dans le
��Nouveau Monde�� et �chapper � l��cart qui s�amplifiait entre les
classes sociales. Toutefois, les premi�res colonies permanentes �taient
limit�es dans leur capacit�. Leur but premier consistait � faciliter et
maintenir des r�gions d�exploitation. Pendant tout le XVle si�cle, on
estimait � seulement 100 000 le nombre d��migrants europ�ens en
Am�rique.
Leurs effets furent toutefois incroyables. Au cours de la m�me p�riode
de 100 ans, les populations indig�nes sont pass�es de 70 -100 millions
� pr�s de 12 millions. La nation Azt�que � elle seule a pass� de 30 � 3
millions en 50 ans seulement. Le seul mot qui pourrait d�crire une
telle d�cimation est g�nocide�: l�holocauste des Am�rindiens.
Ceux qui excusent le g�nocide attribuent la majorit� des morts �
l�introduction de maladies �pid�miques comme la variole et la rougeole
par des Europ�ens ignorants.
Pendant qu�on tente de diminuer la grandeur et l�intensit� du g�nocide
(d�autres opinions sur cette diminution pr�tendent que la population
des Am�riques �tait beaucoup moins nombreuse que laisse croire les
chiffres d�mographiques g�n�ralement reconnus), une telle perspective
ne tient pas compte des conditions dans lesquelles ces maladies ont
d�barqu� en Am�rique. Des conditions telles que les guerres, les
massacres, l�esclavage, la destruction du territoire et la destruction
subs�quente de l�agriculture de subsistance et des r�serves de
nourriture ainsi que la famine et la malnutrition qui s�en suivent et
le d�membrement des cultures communautaires.
Ces conditions n�ont pas �t� introduites par des Europ�ens ignorants.
Elles faisaient partie int�grante d�une campagne pr�m�dit�e bas�e sur
l�exploitation o� l�extermination des peuples indig�nes �tait un
facteur crucial.
Les maladies europ�ennes ainsi introduites dans ces conditions sont
arriv�es en tant qu�effets secondaires aux attaques. Leurs effets
furent d�sastreux. Une fois qu�on eut r�alis� les effets des �pid�mies,
on planifia une guerre biologique sous la forme de draps infest�s et
d�autres tissus distribu�s aux peuples indig�nes.
LA P�N�TRATION DE L�AM�RIQUE DU NORD
Pendant que les Espagnols d�truisaient les Cara�bes et l� Am�rique
Centrale, les Portugais affligeaient le Br�sil du m�me traitement. Les
fa�ons de faire �tablies par les Espagnols auront �t� r�p�t�es par les
Portugais au XVle et au XVlle si�cle au Br�sil, en Uruguay et au
Paraguay.
Jusqu�au d�but du XVlle si�cle, les Espagnols et les Portugais ont
pratiquement occup� toutes les r�gions de l�h�misph�re sud. Ils ont
construit de nombreuses colonies facilit�es par l�apport des
missionnaires j�suites et franciscains, des mines, des ranches, et des
plantations. Malgr� tous ces faits, il existait de vastes r�gions pour
lesquelles les pr�tentions europ�ennes pour ces terres demeuraient
th�oriques. Ces r�gions sont demeur�es hors de l�emprise europ�enne
gr�ce � l�acharnement de la r�sistance indig�ne, surtout dans les
r�gions du sud.
Durant cette �poque, les Fran�ais, les Hollandais et les Britanniques ont aussi �tabli des colonies dans les Cara�bes.
En 1604, les Fran�ais ont occup� l��le de la Guadeloupe et ensuite la
Martinique et de nombreuses petites �les des Antilles. En 1635, ils ont
occup� ce qu�on appelle aujourd�hui la Guyane Fran�aise.
Ailleurs, les Hollandais occup�rent une r�gion c�ti�re qui allait
devenir le Surinam (Guyane Hollandaise) et d�autres colonies ont �t�
�tablies par la Compagnie Hollandaise des Antilles dans la r�gion de
Belize (qui deviendra plus tard une colonie britannique).
Les Hollandais, les Fran�ais et les Britanniques �taient passablement
limit�s quant � l�exploitation de l�Am�rique du Sud. Ils dirigeront
donc leurs efforts vers l�Am�rique du Nord.
Tel que mentionn� plus t�t, les exp�ditions fran�aises ont p�n�tr�,
dans les ann�es 1530, les r�gions du nord- est qui deviendront plus
tard le Qu�bec et les provinces de l�Atlantique. En 1562 et 1564, les
Fran�ais ont tent� de s��tablir en Caroline du Sud et en Floride, mais
furent repouss�s par les Espagnols (qui ont r�clam� la Floride lors de
la p�rilleuse exp�dition de Soto en 1539).
En 1585 et en 1586, les Britanniques ont tent� en vain d��tablir une
colonie sur l��le Roanoke en Caroline du Nord. Les colons �tant
incapables de survivre.
Jusqu�en 1600, plusieurs missions de reconnaissance furent lanc�es. En
1576, Martin Frobisher longea les c�tes arctiques et rencontra les
Inuit. En 1578, Francis Drake, longea les c�tes de la Californie.
Ailleurs, les Espagnols �tendaient leur territoire en Am�rique du Nord
depuis leurs bases dans le sud du Mexique. Ils ont fait face � la
r�sistance des Pueblos et d�autres.
Au d�but des ann�es 1600, pendant que les Espagnols s�emparent du
sud-ouest se dirigeant vers les plaines, Samuel de Champlain va �tendre
les explorations pr�c�dentes de Cartier. Ils y ira aussi loin vers
l�ouest que le lac Huron et le lac Ontario. Ses attaques contre la
communaut� Onondago, avec l�aide de guerriers Wendat (Hurons),
tourneront les Haudenosaunee contre les Fran�ais.
En 1606, les Britanniques ont finalement r�ussi � �tablir leur premi�re
colonie permanente en Am�rique du Nord � Jamestown en Virginie. En
1620, les P�lerins (Puritains britanniques) ont aussi pos� le pied sur
la c�te est �tablissant une colonie � Plymouth.
Ailleurs, les B�othuks de Terre-Neuve se sont ralli�s contre les
attaques des Fran�ais dans des conflits qui ont tu� 37 colons fran�ais.
Les Fran�ais ont r�pondu en armant les Micmacs - ennemis traditionnels
des B�othuks - et en offrant des r�compenses contre des scalps
b�othuks. On croit que l�origine des scalps des guerriers indig�nes
provient de cet �v�nement. Le st�r�otype de la sauvagerie des indig�nes
�tait en fait introduit par les Fran�ais et, plus tard, par les
Hollandais. Les attaques combin�s des Fran�ais et des Micmacs ont men�
� l��ventuelle extermination du peuple B�othuk.
En 1624, les Hollandais ont construit Fort Orange (qui deviendra plus
tard Albany, New York) et ont nomm� la r�gion New Netherland.
Pendant que les colonies britanniques, fran�aises et hollandaises
occupaient de plus en plus de place sur les c�tes atlantiques de
l�Am�rique du Nord, des diff�rences substantielles sur le territoire et
dans les ressources ont forc�s le r�gime d�exploitation � se mettre �
jour par rapport au processus de colonisation d�j� en cours en
M�so-Am�rique et en Am�rique du Sud.
Au sud, l�expropriation en masse de l�or et de l�argent a servi �
financer la plupart des invasions. Aussi, les populations denses
d�indig�nes ont fourni une �norme part "d�ouvriers-esclaves" pour
travailler dans les premi�res mines et les plantations.
En contrepartie, les Europ�ens qui ont colonis� l�Am�rique du Nord sont
tomb�s sur une population indig�ne beaucoup moins dense. Le territoire,
malgr� sa fertilit� agricole et l�abondance des animaux � fourrure,
n��tait pas g�n�reux en m�taux pr�cieux accessibles � la technologie du
XVlle si�cle.
L�exploitation de l�Am�rique du Nord requerra des ann�es de travail
pour lequel on ne pourra compter sur les esclaves indig�nes et
africains, mais la participation des Indig�nes est toutefois requise.
Pour que les colonies survivent � des milliers de miles de l�Europe
sans l�or qui a financ� l�armada espagnole, les forces coloniales en
Am�rique du Nord devront se tourner vers l�accumulation graduelle de
produits de la terre et la traite des fourrures.
De cette fa�on, les premi�res colonies ont d� surtout compter sur
l�hospitalit� des peuples indig�nes. Les tentatives pr�c�dentes
d��tablir des colonies europ�ennes ont �chou� pour cette raison
particuli�re, car les Europ�ens s�attaquaient � une terre �trang�re
dont ils ne connaissaient rien.
Les colonies europ�ennes grandissantes ont rapidement entrepris
l�acquisition de terres d�j� d�frich�es et cultiv�es et leur politique
expansionniste les am�nera � une violente confrontation avec les autres
colonies. Cette comp�tition peu saine pour dominer le territoire et les
�changes entra�nera de fr�quentes attaques contre la communaut�
indig�ne. Une de ces premi�res ��attaques strat�giques�� eut lieu en
1622 lorsqu�une troupe de la colonie de Plymouth a massacr� une tribu
de P�quots. En revanche, des guerriers p�quots ont attaqu� le village
colon de Wessagusset qui fut ensuite abandonn� et plus tard pris sous
la tutelle de la colonie de Plymouth. Ces derniers enviaient depuis
toujours la terre et les �changes qu�exploitaient les colons de
Wessagusset.
En 1630, la colonie de la baie du Massachusetts est �tablie et "New
England" (Nouvelle-Angleterre), autrefois un vague environnement
g�ographique, est maintenant une r�gion bien � elle englobant New
Plymouth, Salem, Nantucket, Rhode Island, Connecticut, New Haven et
plusieurs autres.
L�expansionnisme des colons du Massachusetts consistait � massacrer,
premi�rement, les P�quots et par la suite les Narragansetts entre 1634
et 1648.
La d�pendance europ�enne sur les Premi�res Nations commen�a � se
renverser au cours de cette p�riode. � mesure que les colonies
europ�ennes prenaient de l�expansion et construisaient, les nombreux
contacts avec les Premi�res Nations ont intensifi� les �changes ainsi
que l�apparition des maladies �pid�miques et des conflits.
Les �changes ont fini par semer la rupture parmi les peuples indig�nes.
��L�industrie indienne est devenue de moins en moins sp�cialis�e et
s�est divis�e � mesure qu�elle s�est rapproch�e de l�industrie
europ�enne. Pour les indiens, le commerce inter- soci�t� a triomph� en
mettant de c�t� et �ventuellement �liminant les fabrications
artisanales, sauf celles directement reli�es aux �changes euroindiens.
Les �changes inter-tribus n�a surv�cu que pour servir le commerce
inter- soci�t�.��[9].
Ainsi, les �changes avec l�Industrie europ�enne ont d�velopp� une
relation de d�pendance grandissante chez les colons europ�ens. Les
produits qu�on donnait en �change aux indig�nes - marmites en m�tal,
couteaux et de temps � autres, des fusils - provenaient de manufactures
et de fournisseurs europ�ens. Les �changes ont aussi d�rang� et chang�
les modes de vie traditionnels des indig�nes lors de l�av�nement de
l�alcool et des guerres sous forme d�extermination - avec torture -
sous le commandement des colons ainsi qu�une escalade g�n�ralis�e des
guerres caus�es par la comp�tition qu�entra�ne la traite des fourrures
et par l�infiltration des fusils europ�ens.
Les maladies �pid�miques commen�aient � faire leur ravage dans toute la
r�gion c�ti�re de l�Atlantique, lorsque les colons se sont mis �
exploiter et � exag�rer grandement les hostilit�s d�j� existantes parmi
les Premi�res Nations tout comme l�on fait les Espagnols et les
Portugais avant eux.
��Les sinistres �pop�es de Cortes et de Pizarro, sans parler de Colomb
lui-m�me, sont t�moins des habilet�s militaires des soldats espagnols,
mais elles doivent aussi �tre compar�es aux �checs de Narvaez, Coronado
et de Soto... (Les Conquistadores) n�ont pu conqu�rir le Mexique et le
P�rou sans aide. Des alli�s indig�nes se sont av�r�s indispensables...
Au nord de la Nouvelle- Espagne, les invasions ont d�but� plus tard
quand les Fran�ais, les Hollandais et les Britanniques ont trouv� des
communaut�s indig�nes... d�j� d�cim�es par des �pid�mies provenant de
populations qui n�ont jamais �t� aussi nombreuses que celle du
Mexique��[10].
� ce moment, le concept d�adoption de trait�s fit son apparition, dans
le but premier des colons anglais de respecter un seuil de paix avec
les Premi�res Nations, en r�f�rence � 1606 quand
��la Virginia Company de Londres a ordonn� � ses colons d�acheter du
ma�s des `natifs� avant que les intentions de l�Angleterre de s��tablir
en permanence deviennent r�alit�. Les dirigeants de la Compagnie
�taient convaincus que "vous ne devez pas trop leur en donner car ils
se retourneront contre vous"��[11].
Les premiers colons anglais (et hollandais) ont commenc� � acheter des
terres toujours accompagn�s de forces arm�es contre les nations
indig�nes vuln�rables (telles que celles d�cim�es par les maladies ou
celles d�j� engag�es dans des guerres contre des Premi�res Nations plus
puissantes).
Il subsiste un doute quant � savoir si les Premi�res Nations
comprenaient le proc�d� d�achat. Quelques points sont toutefois
clairs�: il n�y avait aucune pratique de propri�t� priv�e d�une partie
de territoire, ni de vente de celle-ci parmi les peuples avant
l�arriv�e des colons. Il s�y produisait toutefois des ententes et des
pactes entre les Premi�res Nations quant au droit d�acc�s � des
endroits pour chasser et p�cher. Ceci indique que les trait�s �taient
certainement compris comme une entente entre les Premi�res Nations et
les communaut�s coloniales quant � l�utilisation de certaines r�gions
du territoire tout comme un pacte de non-agression. Dans les deux cas,
les Premi�res Nations sont demeur�es assez puissantes pour pr�venir les
atrocit�s des premiers colons, pour lesquels les trait�s n�ont que peu
d�effets, s�ils venaient qu�� manquer � leur parole. Les trait�s
regorgeaient tellement de fausset�s, de fraudes et de vols qu�ils ne
pouvaient �tre consid�r�s comme des engagements. Des pratiques telles
que traduire oralement une version d�un trait� et en signer une
totalement diff�rente sur papier �taient fr�quentes, ainsi que n��crire
les propositions europ�ennes dans les n�gociations et proclamer ensuite
que ces propositions ont �t� accept�es par tous et chacun quand en
fait, elles �taient en n�gociation. Aussi les violations de trait�s par
les colons �taient choses communes, particuli�rement quand, par
exemple, la colonie de Virginie a d�couvert les profits qu�elle pouvait
faire en faisant pousser du tabac (que les Premi�res Nations ont montr�
aux colons). Elle d�buta alors son expansion � l�ext�rieur de ses
limites territoriales.
Graduellement, les Premi�res Nations se sont vu d�poss�d�es de leurs
terres et furent victimes des ravages des colons. Un des premiers
conflits qui a s�rieusement menac�s les forces colonialistes de se
retrouver dans l�oc�an �clata en 1622 lors de l�attaque de la
Conf�d�ration des Powhatans, men�e par Opechancanough, contre la
colonie de Jamestown. Des combats ont fait rage jusqu�en 1644, lors de
la capture et de la mise � mort d�Opechancanough.
Au milieu des ann�es 1600, les confrontations entre les Premi�res
nations et les colons ont commenc� � s�intensifier. La tension grimpa
au fur et � mesure que les Europ�ens devenaient plus born�s et
autoritaires dans leurs relations avec les Premi�res Nations. En 1655
par exemple, la pr�tendue "Peach Wars" (Guerres des P�ches) a �clat�e
entre les colons de New Netherlands et de la nation du Delaware quand
un Hollandais a tu� une femme Delaware parce qu�elle cueillait une
p�che dans un arbre sur la propri�t� de la colonie. Le colon fut
�ventuellement tu� et les guerriers Delaware ont attaqu� plusieurs
colonies hollandaises. La bataille sur les rives de la rivi�re Hudson
dura jusqu�en 1664 lorsque les Hollandais ont forc� la nation Delaware
� se rendre en se servant d�enfants Delaware comme otages.
D�s 1675, les Narragansetts, les Nipmucs et les Wapanoags, conduits en
partie par M�tacom (connu sous le nom de Roi Philippe par les
Europ�ens), se sont soulev� contre les colonies de la
Nouvelle-Angleterre � la suite de l�arrestation et de l�ex�cution par
les Anglais de trois Wapanoags reconnus coupables du meurtre d�un des
leurs qui s��tait converti au christianisme et qu�ils croyaient �tre un
tra�tre. La guerre pris fin en 1676 alors que les colons anglais, se
servant de leurs alli�s et informateurs indig�nes, sont venus � bout de
la r�bellion. M�tacom fut tu�. Sa famille et plusieurs centaines
d�autres furent vendus comme esclaves aux Antilles. La campagne
militaire men�e par les colons a d�cim� les nations Narragansett,
Nipmuc et Wapanoag.
Ailleurs en 1680, le soul�vement des Pueblos, men�s en partie par le
gu�risseur Tewa Pope, a r�ussi � sortir les Espagnols du
Nouveau-Mexique. En 1689, les forces espagnoles ont pu finalement venir
� bout des Pueblos.
Vers la fin des ann�es 1600, les batailles entre les �tats europ�ens
domin�rent le processus de colonisation en Am�rique du Nord.
H�G�MONIE�: LE R�VE EUROP�EN
Les guerres coloniales furent, par le pass�, disput�es entre la France,
l�Espagne, les Pays-Bas et l�Angleterre. Des conflits ont �clat� entre
leurs colonies en Am�rique. D�s la fin des ann�es 1680 et pendant les
100 ann�es qui ont suivi, on a connu une p�riode de violentes
confrontations entre les Europ�ens pour la supr�matie. Cette p�riode de
guerres europ�ennes se jouera aussi en Am�rique. ��Jusqu�� un certain
point, la bataille pour les colonies et la richesse dont on en tire
profit �tait le champ de bataille par excellence pour l�accroissement
du pouvoir d�un �tat europ�en.��[12]
D�butant en 1689 avec la guerre du Roi William entre les Fran�ais et
les Anglais, qui deviendra celle de la Reine Anne (1702-1713), en
passant par celle du Roi Georges (1744 - 1748) et atteignant son point
culminant entre 1754 et 1763 avec la ��Guerre de Sept Ans��, les
batailles pour la possession de colonies en Am�rique �taient le reflet
de celles qui faisaient rages � travers l�Europe au cours de la m�me
p�riode. Toutefois, en Am�rique du Nord et dans les Cara�bes, la lutte
des Europ�ens pour l�h�g�monie dans un march� d��changes mondiaux en
plein essor requiert de fortes concentrations de guerriers indig�nes.
Lorsque les Britanniques sont sortis victorieux de la ��Grande Guerre
pour la Supr�matie�� et que les Fran�ais, vaincus, ont d� c�der la baie
d�Hudson, l�Acadie, la Nouvelle-France et d�autres territoires dans une
s�rie de trait�s, ceux qui furent les plus affect�s par les guerres
europ�ennes �taient les indig�nes des r�gions atlantiques. Ces guerres
ont pratiquement caus� l�extermination de quelques peuples indig�nes
dont les Appalaches, en Floride. On a aussi vu s�installer des
garnisons militaires coloniales et des postes de garde. On a effectu�
une militarisation g�n�rale des r�gions avec de l�armement lourd et des
sp�cialistes de combat. Subs�quemment, l�expansion des colonies
repoussait les fronti�res du territoire et, du m�me coup, refoulait
plusieurs nations indig�nes vers l�ouest.
La r�sistance indig�ne ne s�est pas termin�e avec les guerres
coloniales de cette p�riode. Elle ne s�est pas non plus limit�e �
donner un coup de main � leurs ��alli�s��.
En 1711, les Tuscaroras ont attaqu� les Anglais en Caroline du Nord et
ont combattu pendant deux ans jusqu�au jour ou la campagne
anti-insurrection anglaise fit son oeuvre. R�sultat�: des centaines de
morts et quelque 400 indig�nes vendus comme esclaves. Les Tuscaroras
ont fui vers le nord pour s�installer parmi les Haudenosaunee devenant
ainsi la Sixi�me Nation en 1722.
En 1715, la nation Yamasee s�est soulev� contre les Anglais en Caroline
du Sud, mais fut pratiquement extermin�e lors d�une riposte anglaise
sanglante.
En 1720, la nation Chickasaw a combattu l�occupation fran�aise jusqu��
la capitulation de la France aux mains des Anglais en 1763. � l�instar
de la nation Chickasaw, la nation Fox a �galement oppos� une
r�sistance, de 1720 jusqu�� vers 1735, face � la colonisation fran�aise.
En 1729, la nation Natchez d�buta une s�rie d�attaques contre les
colons fran�ais de la Louisiane suite aux ordres du gouverneur Sieur
Ch�part de raser le village principal des Natchez pour semer des
plantations. Lors des batailles qui s�en suivent, Ch�part est tu� et la
contre-attaque des Fran�ais est fatale pour la nation Natchez qui se
retrouvera d�cim�e. La lutte des gu�rilleros continuera toutefois sur
les bords du fleuve Mississippi.
En 1760, la nation Cherokee s�est soulev�e contre leurs alli�s, les
Anglais, en Virginie et en Caroline. Men�s par Oconostota, les
Cherokees ont combattu pendant deux ans. �ventuellement, ils ont
accept� une tr�ve de paix non sans voir des parties de leur territoire
pris par les Anglais qui y ont ras� villages et cultures.
En 1761, les Al�outiens d�Alaska ont attaqu� les commer�ants russes
suite aux d�pr�dations contre les communaut�s al�outiennes sur les
c�tes de l�Alaska (les colonisateurs russes ont �ventuellement install�
leurs camps sur les �les de Pribilof et al�outiennes en 1797
expropriant du m�me coup le peuple Al�oute et faisant d�eux des
esclaves pour la chasse au phoque).
En 1763, le chef Ottawa, Pontiac, a organis� une alliance entre
Ottawas, Algonquins, Senecas, Mingos et Wyandots et men� une offensive
contre la colonisation anglaise. Cette campagne leur a permis de
capturer neuf des douze garnisons anglaises et d�assi�ger D�troit
pendant six mois. L�incapacit� d��tendre les possibilit�s de
l�insurrection et le retrait de la promesse d�une assistance fran�aise
ont pouss� Pontiac � n�gocier la fin du conflit en 1766.
Il faut ajouter � cette p�riode riche en guerres l��volution des
maladies �pid�miques. En 1746, en Nouvelle-�cosse seulement, 4000
Micmacs sont morts de ces maladies.
Avec la d�faite de la France, les Britanniques ont acquis de vastes
territoires appartenant auparavant � la France � l�insu de plusieurs
Premi�res Nations qui habitaient ces r�gions et avec qui les Fran�ais
n�avaient jamais n�goci� de trait�s territoriaux ni reconnu aucun titre
aux indig�nes.
� ce moment l�,
��... le gouvernement britannique a saisi l�occasion de consolider ses
positions imp�riales en tissant des relations formelles et
constitutionnelles avec les ...indig�nes. Dans la Proclamation de 1763,
il a annonc� son intention de se r�concilier avec les tribus
m�contentes en reconnaissant leurs droits territoriaux, en leur
laissant le plein contr�le sur les territoires non- c�d�s et en entrant
dans une relation de nation � nation��[13].
La Proclamation Royale de 1763 a d�cid� de l�emplacement d�un
��territoire indien�� � l�ouest des Appalaches et les Treize Colonies
d�origine. � l�int�rieur de ce territoire, personne n�aurait le droit
d�y acheter des terres, sauf la Couronne. Dans les colonies maintenant
sous l�empire britannique dont Terre- Neuve, le Labrador, le Qu�bec, la
Nouvelle- �cosse et les Treize Colonies, les colons occupant des
territoires indig�nes non-c�d�s seront relocalis�s et les achats de
terres, occup�es par ou r�serv�es pour les indig�nes, � des fins
priv�es �taient interdits. Seule la Couronne pouvait acheter ces
terres, en pr�sence des Premi�res Nations.
Remplie de bonnes intentions, la Proclamation �tait toutefois
couramment viol�e par les colons et rarement mise en application. En
fait, un an apr�s la Proclamation, Lord Dunmore, le gouverneur de la
colonie de Virginie, avait d�j� franchi la fronti�re en accordant � des
v�t�rans de la Guerre de Sept Ans, qui avaient servi sous ses ordres,
des terres sur le territoire de la nation Shawnee. La voix des Shawnees
ne se fit pas attendre, mais la provocation de Dunmore envers le
contr�le britannique avait pour but de pr�cipiter, en forme et en
substance, une autre p�riode de conflits qui verraient le processus de
colonisation s��tendre vers l�ouest.
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