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  Post� le jeudi 13 mars 2008 @ 22:39:46 by AnarchOi
Contributed by: AnarchOi
TravailSource : Marie-Victoire Louis
Le P�re Peinard 04/06/1893



Qu�un patron tue des prolos, c�est chose bougrement commune, nom de dieu ! Seulement la main du criminel est souvent si cach�e sous tous les flaflas et les pr�jug�s de la garce de la soci�t� actuelle, que les bons bougres ne voient pas d�o� est parti le coup.

Dans le crime dont je vas jaspiner, y a foutre pas d�erreur possible : la griffe du singe s�y voit clairement, et � mille dieux- le bandit ne s�est pas content� d�une victime, -il s�est pay� la paire !

Voici l�histoire : L�autre jour, on a p�ch� dans le canal de la Haute �Seine, � c�t� de la chapelle Saint-Luc, � deux kilom�tres de Troyes, les cadavres de deux gosselines de 17 ans.
Avant de se foutre � l�eau, les pauvrettes s��taient li�es l�une � l�autre avec leurs tabliers ; puis, peut-�tre pour ne pas se voir mourir l�une l�autre, elles s��taient band�es les yeux.
�a fait, oup ! elles ont piqu� un plongeon dans le canal.
S�escoffier � 17 ans, quand on est gentillettes et que l�avenir vous fait des mamours, c�est bougrement terrible !
L�une des deux gosselines se nommait Octavie Dupont ; elle perchait chez sa tante � Troyes. Le m�decin l�giste qui l�a examin�e l�a trouv�e enceinte de deux mois (on ne lui connaissait pourtant aucun amoureux)
Sa copine s�appelait Marie Renaud et habitait chez sa m�re, rue d�Auxerre.

Turellement, c�est leur singe qui les a pouss�es au suicide. C�est pas lui qui les a b�illonn�es et foutues � l�eau, mais c�est tout comme�
Il est aussi coupable que s�il les avait noy�es de ses mains.

Ce jean-foutre est un nomm� Oscar Hirlet, fabricant de bonneterie rue de l�Ouest, � Sainte Savine. De m�me que la plupart des exploiteurs, cette crapule pratique le droit de cuissage en grande largeur.
Octavie Dupont y avait pass� Et quand, un beau jour, elle d�clara � ce porc qu�elle �tait enceinte de son fit, il se foutit � rigoler et l�envoya pa�tre.
La pauvrette raconta la chose tout au long � Marie Renaux, lui conseillant de se m�fier, car un de ces quatre matins, c�est � elle que le patron s�en prendrait. Fallait pas qu�elle se croye plus � l�abri que les autres.
�a arriva, nom de dieu !

Le cochon Hirlet attira Marie dans un coin des magasins, lui sauta dessus, cherchant � la culbuter et � la trousser. La petite bougresse montra ses griffes, et comme elle commen�ait � brailler, le salaud l�cha prise sans �tre arriv� � ses fins, crainte d�attirer du monde.

Le bandit rogne durement d�avoir rat� son coup, c�est rien de le dire ! Pour se venger il �tait tout le temps sur le poil de Marie, lui cherchant pouille pour des bricoles et, � plusieurs reprises, il lui fit recommencer son travail. Voyant qu�elle ne s�amadouait pas, il la foutit � la porte.

Ce jour-l�, la gosse rentra comme � l�habitude d�jeuner chez sa m�re, ne dit rien de ses ennuis, et avant de d�caniller, elle se fit un bouquet.

Quand Octavie sut que sa copine �tait saqu�e, elle voulu fiche en plan l�atelier ; ses campagnes la sermonn�rent et elle finit la journ�e.

Le soir, � la sortie, les deux pauvrettes se trouv�rent et, bras dessus, bras dessous, s�en all�rent � la campagne. Une partie de la nuit, elles lambin�rent au bord du canal.

Puis, � se voir les victimes de ce singe ; � se dire que ce que l�une avait subi, ce que l�autre avait �vit�, il leur faudrait l�endurer demain et apr�s�, �a leur tourna la boule.

L�horreur de vivre esclaves, de servir de matelas � leur exploiteur leur vint � horreur si forte qu�elles pr�f�r�rent en finir illico que de vivre cette garce de vie.

L�id�e ne leur vint pas de se rebiffer contre leur triste sort. Pourtant, puisqu�elles avaient soup� de l�existence, �a leur aurait gu�re co�t� de se rendre un brin utile � leurs copines d�atelier.

Si elles avaient �t� relancer le singe, que kif-kif des tigresses, elles lui eussent saut� au gaviot, l�eussent griff�, �corch�, mordu, - quel riche exemple !

Mille marmites, m�est avis que le sale porc eut ensuite h�sit� � violer ses ouvri�res.

Apr�s s��tre chiquement revanch�es, les deux copines auraient pu aller boire leur dernier bouillon, - du moins elles seraient mortes le c�ur gai.

Mais ouai, ce que je d�goise l� est contradictoire ! On fait l�un ou l�autre, mais pas les deux.

Quand on est r�sign�, quand on n�a pas le nerf de ruer dans les brancards, on sen va � la mort tout doucettement, - comme y sont all�es Marie et Octavie.

Au contraire, quand on a envie de bouffer une fesse � son ennemi et bourreau, on y va dare-dare, et on ne songe pas � se d�truire.

Cette triste fin des deux pauvrettes a bougrement �motionn� le populo de Troyes.




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