
La flamme de la justice ne s'éteint pas à coups de matraque
Date : Saturday 24 July 2010 @ 11:37:29 :: Sujet :
Fin juin à Toronto a eu lieu
l'une des plus grosses opérations de répression politique de l'histoire
récente du Canada. Encore plus d'arrestations que la Crise d'octobre en
1970, encore plus de machines de guerre et de "robocops" que lors de la
Crise d'Oka ou du Sommet des Amériques à Québec en 2001. Plus de mille
arrestations - et ça continue; des accusations de complots, de
possession d'arme, de méfaits; des mensonges éhontés, du
"criage-au-loup", des abus de pouvoir, des coups et blessures, du
profilage social et politique, des menaces, des appels à la
dénonciation, bref: de la chasse aux sorcières en bonne et due forme.
La flamme de la justice ne s'éteint pas à coups de matraque

Rest of the text: Pourquoi les dirigeants agissent-ils de la sorte? Pourquoi déployer
cet armement digne de science-fiction? Pourquoi frapper aussi fort?
C'est que quand des groupes organisés commencent à déstabiliser le
rond-rond du système en place, l'État capitaliste cherche à conserver
son pouvoir et intervient de trois manières différentes pour ramener
l'ordre, "son" ordre.
Étouffer pour mieux régner
La première stratégie - la cooptation - vise les groupes les
moins contestataires, ceux qui sont ouverts à discuter avec les
dirigeants des solutions aux problèmes de ce monde - les grandes
organisations environnementalistes, certains syndicats, ONG et groupes
de pression Ces groupes sont invités à s'asseoir à la table de
négociation avec les autres acteurs - incluant des représentants des
grandes entreprises- afin de s'entendre sur les pansements à poser sur
les bobos causés par le capitalisme : pauvreté, pollution, pandémies,
guerres, crises économiques. Pour les dirigeants, il s'agit surtout
d'apaiser l'ardeur des défenseurs de la justice sociale - la logique
étant que si ces derniers participent à la recherche de solutions, ils
seront moins portés à les critiquer et qu'une fois quelques plasters
posés, les victimes du système, ayant moins mal, s'apaiseront. Les
organisations cooptées sont aussi plus susceptible d'intégrer la logique
et le discours de ceux qui les ont cooptés.
Qu'arrive-t-il quand des organisations refusent cette logique? Quand
elles persistent à s'opposer et s'organisent pour dénoncer les écarts
grandissants entre les riches et les pauvres, la violence faite aux
femmes, la colonisation des autochtones, la destruction de la planète,
l'impérialisme guerrier ou, tout simplement, font la promotion des
droits humains? La deuxième stratégie est alors utilisée: la
marginalisation. Par exemple la grande manifestation "Peoples First" à
Toronto fut complètement marginalisée: entièrement encadrée, éloignée du
périmètre de sécurité, tournant littéralement en rond, elle fut ignorée
des dirigeants et des médias de masse. Les ONG et syndicats qui l'ont
organisé n'ont pas pu se faire entendre, ni de la société ni des
dirigeants. C'est comme si elle n'avait existée... Les dizaines de
milliers de personnes qui y participèrent se sentent flouées, frustrées
et, surtout, démobilisées. "Pourquoi continuer à lutter si mes actes
n'ont aucun impact, si personne n'écoute?" Très rationnel comme
raisonnement! Objectif atteint pour l'État.
La troisième stratégie est celle réservée pour les mouvances,
comme la nôtre, qui tentent, lorsque les occasions s'y prêtes, de
démasquer la face "cachée" du capitalisme. Ce sont les organisations qui
pensent que la justice sociale pour toutes et tous est impossible au
sein du système capitaliste. Qu'on ne peut pas convaincre les dirigeants
de changer les choses, qu'il faut plutôt les contraindre à le faire ou,
encore mieux, changer les fondements de ce système politico-économique
générateur de souffrances. C'est dans cette logique que ces
organisations mettent des bâtons dans les roues du système en utilisant
des tactiques perturbatrices.
L'État ne peut tolérer l'existence de ces organisations qui ont le
potentiel de le déstabiliser et de convaincre, par leurs actes, de
grands pans de la population à se joindre à elles. L'État sent bien
cette menace: voilà un enjeu politique actuel pour l'État canadien.
C'est pourquoi les « bras armés » de l'État répriment.
Car l'État a besoin d'un ennemi intérieur pour justifier et faire
accepter l'augmentation faramineuse des budgets sécuritaires. Les
anticapitalistes, les immigrant.e.s et les populations marginales sont
des cibles privilégiées. L'État veut isoler les mouvances radicales et
anticapitalistes des autres acteurs sociaux modérés et surtout prémunir
la population en général de l'influence des idées anticapitalistes. Dans
cette logique, l'État a besoin de faire étalage de sa force et de se
protéger par un dispositif sécuritaire toujours plus imposant. Les
forces de l'ordre espèrent, ce faisant, nous faire peur, nous intimider,
casser le mouvement. Le premier commandement de l'Art de la guerre
n'est-il pas d'intimider afin de ne pas avoir à combattre? Mais l'État
et ses alliés capitalistes veulent aussi intimider l'ensemble de la
population (en passant par ses alliés des médias corporatifs) pour que
celle-ci accepte de bon gré un système plus répressif et une réduction
des libertés garanties, en principe, par les chartes. L'État et les
médias ne disent-ils pas à la population, en passant en boucle des
images de destruction et de "terrorisme", "regardez ce que sera la
société s'il n'y a plus de police pour vous protéger"?
La force avec laquelle frappe l'appareil répressif est surtout une
réponse à la peur que nos contestations provoquent chez ceux qui sont
assis sur les trônes de ce monde - et ils veulent que les gens en aient
peur eux aussi. C'est, hélas!, cette réaction qui marque la mince ligne
qui sépare notre actuelle « démocratie » représentative de la dictature.
Nous sommes l'avenir
Ces manœuvres visant à nous empêcher de nous organiser nous placent
en face d'un choix crucial: se laisser envahir par la peur et rester
assis sur notre confort matériel et psychologique OU refuser de nous
laisser intimider et sortir encore plus fort. Qu'arriverait-il si toutes
les organisations qui luttent pour la justice sociale se mettaient en
"mode dérangeant"? Si elles refusaient la logique de la cooptation? Si
elles rompaient le dialogue? Si elles se tenaient, coude-à-coude, face à
l'État rétrograde et à ses alliés capitalistes?
N'attendons pas que la situation devienne impossible. N'attendons pas
que la société soit complètement dissoute dans l'apathie consumériste.
N'attendons pas d'être parqués comme des animaux dans un zoo. Ne nous
laissons pas avoir! Ne nous laissons pas mourir!
L'espoir est à l'intérieur de chacun.e de nous et aucune répression
ne peut l'éteindre. Face à leurs tactiques de mort, nous sommes
l'avenir, nous sommes le mouvement de la vie, irrépressible et
imprévisible. Nous ne pouvons dépendre des dirigeants politiques et
économiques pour trouver les solutions. Prenons les choses en main.
Inventons notre monde meilleur en cohérence avec nos valeurs : justice
sociale, aide mutuelle, égalité, liberté, dialogue et démocratie.
L'organisation des opprimé.e.s a toujours fait peur aux dirigeants.
Misons là-dessus, car nous sommes plus nombreux.euses qu'eux.
La seule lutte qu'on perd, c'est celle qu'on abandonne.
Collectif la Pointe libertaire
lapo...@yahoo.ca
www.lapointelibertaire.org
Le 22 juillet 2010
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