 RFID : la police totale
Les nanos, ça sert aussi au mouchardage électronique
RFID : vous avez entendu cet acronyme - ou
étiquettes "intelligentes", "smart tags", puces à radiofréquence,
transpondeurs. Mais que sont-elles exactement ? À quoi servent-elles ?
Comment fonctionnent-elles ? Saviez-vous
que 2006 était l'année de leur entrée massive dans
les entreprises ? Qu'on les injecte à nos animaux ? Qu'elles vous
traquent déjà ? Saviez-vous qu'elles sont une des premières
applications des nanotechnologies, et l'une des spécialités locales,
entre le "Pôle de Traçabilité" de Valence et le "Pôle Minalogic" de
l'Isère ? Savez-vous que dans quatre ans, sauf révolte, les mouchards
électroniques infesteront 30 milliards d'objets – cinq par être humain,
Papous compris ? Non ? Alors découvrons ensemble ce bijou de reality-science. Histoire vraie.
Au pré avec sa mère, le poulain de trois jours
tangue sur ses pattes. La seringue pénètre sous la peau du cou.
Injection rapide et indolore. Le vétérinaire vérifie son lecteur
portable : le numéro d'identification X0723A s'inscrit à l'écran, la
puce est opérationnelle. Grâce à l'interface sans fil Bluetooth, le
lecteur transmet directement à l'ordinateur les données concernant
X0723A : date de naissance, sexe, numéro des géniteurs, vaccinations,
allaitement, etc. Il sera désormais simple, en consultant les bases de
données, d'assurer un suivi sanitaire rigoureux, de vérifier qui est le
propriétaire, et, en le scannant avec un lecteur portable, d'identifier
à tout moment X0723A.
L'animal est entré dans le système, il a le droit
d'exister. Ceci n'est pas du roman, mais une compilation de plaquettes
publicitaires comme celle de la société française IER, fournisseur de "solutions complètes pour l'identification électronique des animaux".
Amis citadins, vous ignorez sans doute ce que les agriculteurs,
éleveurs et ruraux savent déjà : les RFID envahissent nos vies pour les
contrôler. Non seulement en transformant les animaux en machines
communicantes, mais en implantant dans chaque chose, chaque être, un
mini-mouchard électronique. Mais pas de panique : vous n'avez rien à
vous reprocher. "Sans contact" mais avec mouchard
Qu'est-ce que c'est que ces RFID - Radio-Frequency Identification en
anglais ? La traduction sur quelques millimètres carrés d'un désir
totalitaire de tout suivre, pister, détecter, contrôler, surveiller
électroniquement. Même des arbres, oui. La chose ressemble à une
mini-étiquette (d'où son nom d'étiquette "intelligente", ou "smart
tag") et se compose d'une puce et d'une antenne. Chaque étiquette est
unique, donc distingue l'objet ou la personne qui la porte parmi tous
les autres, et est lisible à distance, à travers l'épaisseur de la
peau, d'un emballage, de l'écorce, d'une couche de eige épaisse, etc.
Ça vous rappelle quelque chose ? Oui, Navigo, votre
passe de métro parisien, ou Avan'Tag, pour le tram grenoblois, que vous
ne sortez plus de votre sac pour valider. Ou le passe sans contact des
autoroutes qui débite votre compte. Ou encore le forfait de ski de
Chamrousse, validé lui aussi à distance dans la queue du télésiège.
Trop pratique. À condition d'admettre que chacun de vos déplacements
soit enregistré – date, heure, trajet, temps de parcours, etc.
C'est l'intérêt principal des RFID pour leurs
utilisateurs : recueillir et stocker des millions de données – une
richesse dans la société de l'information ; une source de pouvoir dans
la société de la domination. Comme on dit au labo Auto-ID du
Massachussetts
Institute of Technology (MIT) : "Mettez
une étiquette RFID sur une canette de Coca ou un essieu de voiture, et
soudain un ordinateur peut la "voir". Mettez des étiquettessur chaque
canette et chaque essieu et soudain le monde change (…) Le centre
Auto-ID conçoit, construit, teste et déploie une infrastructure globale
qui permettra aux ordinateurs d'identifier tout objet instantanément
n'importe où dans le monde."1 D'autres
exemples ? Le portable de Nokia avec lecteur RFID pour inventorier les
objets "taggés" autour de nous et transmettre ces données à distance2.
Le dispositif "Person Tracking Unit" d'IBM permettant de scanner les
étiquettes sur les éléments d'une foule pour suivre les mouvements dans
les lieux publics. Les billets de la Coupe du Monde 2006 avec mouchard
pour faciliter le suivi des supporters. Dans les bibliothèques
françaises on équipe les livres : l'enregistrement de vos emprunts se
fait au passage du portique de sortie. Dans des collèges américains on
contrôle la présence et le comportement des élèves par leur carte
électronique3. Certaines communes, dont Paris, pucent leurs arbres pour mieux les gérer.
Mais encore : suivi des bagages dans les aéroports ;
identification des véhicules, des produits de luxe et des médicaments
(contre la contrefaçon) ; ouverture contrôlée des portes électroniques
; remplacement des badges ; passeports, visas et cartes d'identité
électroniques ; gestion des livraisons pour l'armée ; traçabilité
alimentaire ; puçage des animaux. Et des humains - on y vient.
Rien sur cette planète ne doit échapper à la
frénésie de la traçabilité. Le lobbying des fabricants de puces a fait
son oeuvre : "Le marché
est considérable et le pays par la voix de Michèle Alliot-Marie,
ministre de la Défense et de François Loos, ministre délégué à
l'Industrie va prochainement assouplir la réglementation en vigueur.
L'objectif est surtout de permettre son développement et son utilisation sur l'ensemble du territoire, y compris les DOM-TOM."4
Dans la grande distribution, les étiquettes "intelligentes" permettent de suivre les produits de l'usine à la
1 cf www.autoidlabs.org
2 http://www.rfidjournal.com/article/articleview/834/1/13/
3 cf www.incomcorporation.com, affaire du collège californien qui impose les RFID à ses élèves
4 http://www.generation-nt.com/actualites/12098/rfid-etudearcep, février 2006
déchetterie, en passant par le transport, le
stockage, l'achat, et de lutter contre les vols – pardon, les
"démarques inconnues". Avis aux chapardeurs : la petite taille des RFID
permet de les dissimuler dans le tissu des vêtements, dans le papier
des passeports, dans le corps même des objets.
Début février 2006 Hitachi a présenté la plus petite puce RFID du monde : 0,15 mm de côté et 7,5 μm
d'épaisseur. Invisible, indétectable, sauf par la machine et ceux qui
pilotent la machine. Sachez-le avant de remplir vos poches (quoique le
papier aluminium semble perturber la transmission par radiofréquences.
Bref). Wal-Mart aux Etats-Unis a imposé les RFID à ses principaux
fournisseurs depuis 2005, imité par Tesco et Marks & Spencer en
Grande-Bretagne, Metro en Allemagne. Ce dernier expérimente depuis 2003
le "magasin du futur"5.
Votre caddie, équipé d'un écran informatique et d'un lecteur,
enregistre chaque produit et vous assiste dans vos courses, idiot comme
vous êtes (localisation des produits dans les rayons, conseils, promos,
etc). L'objectif est d'éliminer les humains aux caisses, le chariot
débitera votre compte. À la sortie vous pouvez désactiver les RFID. Si
vous avez le temps de les passer une par une devant une nouvelle
machine, et si vous y pensez. Sinon, elles signaleront votre présence
dès sque vous passerez devant un lecteur. Et en France ?
Carrefour a signé en février 2006 un contrat avec
le fabricant Checkpoint Systems pour installer des lecteurs RFID dans
179 hypermarchés.
***"Le
manteau marque Tex taille 42, n°987328765, acheté le 12/11/06 à 17h08 à
Carrefour-Meylan, payé par la carte bancaire de Gisèle Chabert de
Grenoble, est passé dans le champ du lecteur de Grand-Place aujourd'hui
à 8h42, hier à 11h20, et lundi dernier à 9h05. Il est associé au livre
"30 recettes pour maigrir en famille" emprunté à la bibliothèque du
centre-ville par Gisèle Chabert, et à la carte Avan'Tag de Sonia
Chabert, etc"
Notice technique
Comment
les mouchards RFID nous pistent-ils ? En associant une puce et une
antenne. La puce possède son propre identifiant, qui la distingue de
toutes les autres. L'antenne transmet par radiofréquences les
informations contenues dans la puce (pour les étiquettes "passives"),
ou enregistre de nouvelles informations au fil du temps (étiquettes
"actives"). Les passives sont alimentées en énergie par le champ
électromagnétique émis par le lecteur, et les actives intègrent une
mini-pile qui les rend
autonomes. Le lecteur peut être manuel (comme les
lecteurs de codes-barres), s'intégrer à un portique (comme aux péages
d'autoroute) ou être dissimulé dans l'environnement (mobilier urbain,
portes, etc).
Les RFID utilisent quatre bandes de fréquence :
moins de 135 kHz (basses fréquences), 13,56 mHz (hautes fréquences),
868-950 mHz (ultra hautes fréquences), 2,45 GHz (micro-ondes). Plus les
fréquences sont hautes, plus on peut lire la puce de loin (de quelques
centimètres à plusieurs dizaines de mètres).
5 cf T&T, magazine de la traçabilité, n°1, oct 2005
Historique
L'idée remonte à la fin des années 1940. Les
militaires anglais mettent au point un système d'identification longue
distance pour distinguer par radar les avions amis
des autres ("Identify : Friend or Foe").
Un demi-siècle de miniaturisation électronique, de mondialisation des
échanges, de crises sanitaires, environnementales et alimentaires étend
le concept d'identification à celui de traçabilité,
désormais appliqué à tout ce que la terre porte d'êtres vivants, de
ressources, d'objets. Le premier brevet lié aux RFID date de 1969,
déposé aux Etats-Unis par Mario Cardullo6.
Jusque dans les années 1980 la technologie reste militaire ou dédiée à
la sécurité des sites "sensibles", nucléaires entre autres. Ensuite le
secteur privé la commercialise pour l'identification du bétail avant
d'étendre son usage et de standardiser les équipements.7
Dans les laboratoires Auto-ID, créés par le MIT et
une centaine de grands groupes (Procter & Gamble, Gillette,
Carrefour, Coca, Nestlé, le Département de la Défense américaine), les
chercheurs étudient la création d'un "Internet des objets" pour
centraliser les données transmises par les millions de RFID en
circulation. Une toile qui
localisera chaque objet et racontera sa vie - il est passé par là,
repassé par ici – et qui permettra aux choses de communiquer entre
elles, éliminant enfin l'intervention humaine : frigo qui commande les
yaourts, machine à laver qui choisit le programme selon les vêtements,
etc. Feu Mark Weiser, ex-directeur de recherche de Xerox à Palo Alto,
nous avait prévenus : "Les
technologies les plus profondément enracinées sont les technologies
invisibles. Elles s'intègrent dans la trame de la vie quotidienne pour
ne plus pouvoir en être distinguées."8
Et alors ?
Pucer un objet, un animal, une personne, les
transforme en machines, faciles à relier entre elles pour créer un
réseau total, un filet ("net") transmetteur d'informations en continu. Il ne suffisait pas que nous fussions connectés et joignables en permanence par téléphone portable, mails, SMS ou Wifi ; avec les RFID nous devenons nous-mêmes des objets communicants.
Des objets. Que nos maîtres suivent à la trace, dont ils analysent les
comportements, contrôlent les mouvements pour mieux les "gérer". Comme
les ordinateurs, nous aurons bientôt chacun une adresse électronique
permettant notre localisation permanente. Le projet est à l'étude,
breveté sous l'appellation UIAD9 (Identification Unique des Adresses). "Le
monde est entré depuis quelques années dans la frénésie de donner une
adresse, de préférence permanente, non seulement aux objets physiques,
aux individus, aux véhicules sur la route, aux animaux, sous prétexte
de traçabilité, mais aussi à tous les objets virtuels, que ce soit les
messages de type courriel ou SMS,
6 Ingénieur
qui participa aux programmes de satellites pour la marine et les
communications mobiles (IMARSAT) ; de propulsion des roquettes et des
moteurs de lance-missiles dans le c a d r e du programme A p o l l o .
(cf. http://www.nvgc.vt.edu/engineering/Cardullo.htm)
7 Science & Vie, avril 2004 et www.poletracabilite.com
8 cf Union Internationale des Télécommunications (www.itu.int)
9 cf www.uiad.org
3 les
documents administratifs, les morceaux de musique numérisés ou les
micro-esclaves logiciels (…) qui parcourent inlassablement les réseaux
en y troquant des micro-informations pour mieux nous servir, voire
souvent pour mieux nous spionner."10Puce policière
Nous pister à
travers nos objets est instructif mais incertain. Pour s'assurer que
vous êtes passés à Grand-Place hier soir, il faut pucer vos papiers
d'identité. Les Etats-Unis exigent des étrangers le passeport
biométrique et électronique. La France prépare sa carte d'identité
électronique (INES) avec des données biométriques dans une puce RFID.
Finis les contrôles d'identité humiliants, voici les contrôles
d'identité sournois, à distance.
"Grenoble
place de la gare le 12/03/08 à 14h11. Manifestation des étudiants.
Présence des individus X (carte d'identité n°98729872), Z (carte
d'identité n°62902U74), Y (carte de séjour n°87AHE87982) détectée en
tête de cortège. Attention, détection de l'individu G (carte d'identité
n°816539837) fiché pour participation au fauchage d'un champs d'OGM
dans la Drôme le 27/07/07."
Les nostalgiques de Vichy peuvent regretter la lenteur du progrès technologique
: avec le mouchard électronique, les rafles auraient affiché de
meilleurs rendements. Aux opposants des nanotechnologies, ils
lanceraient, si la loi actuelle le leur permettait : "Vous êtes des passéistes, vous voulez retourner à l'étoile Jaune". Vous prendrez bien un peu de pâtée industrielle traçabilisée ? Supposée
empêcher les attaques terroristes, la traçabilité doit aussi nous
protéger des risques sanitaires. La vache folle a servi d'alibi au
puçage des animaux. Etiquettées, codebarisées, fichées, les bêtes sont
désormais implantées au nom de la "sécurité alimentaire".
L'implant électronique est le corollaire de la
fabrication industrielle de steacks. Viande sur pattes élevée en usine,
alimentée par rations synthétiques, maintenue en survie par
antibiotiques, gérée par monitoring zootechnique, transportée sur des milliers de kilomètres, débitée en morceaux calibrés, fourguée en hypermarchés. J'ai quand même le droit de savoir ce que je consomme,
réclame le pousseur de caddie, rassuré par la puce qui trace ses
hamburgers de leur naissance au micro-ondes. Bien entendu la
traçabilité ne signale rien d'autre que le progrès fulgurant de l'insécurité alimentaire
créée par l'industrialisation de l'agriculture. Car des animaux élevés
en batterie sont des animaux malades, et des végétaux sous perfusion
d'engrais, d'hormones, d'insecticides, etc, sont des végétaux malades.
Comment éviter les épidémies chez les porcs, malades de l'élevage
industriel ? En les puçant, répond le ministère espagnol de
l'Agriculture.11
Vous ne voulez pas d'OGM dans vos assiettes ? Vous
mangerez des OGM traçabilisés. Nous voilà rassurés. Dans le monde de la
techno-agriculture, la traçabilité remplace les prés pour les
troupeaux, les sols vivants pour 10 cf "Les technologies de radio-identification (RFID) :
enjeux industriels et questions sociétales", rapport du Conseil général des technologies de l'information, janvier 2005
11 www.agrisalon.com, 7/11/01
les plantes, la maîtrise de leur travail pour les
paysans, la relation consommateur-producteur. Si nos légumes du marché
sont abîmés, nous en discutons avec le producteur. Si vous achetez à
Carrefour un chili con carne en boîte, dont la viande est née en
Allemagne, a grandi en Hollande nourrie par des rations importées
d'Amérique Latine, et dont les haricots ont poussé en Italie pour être
préparés en Espagne, le tout assaisonné de conservateurs en Belgique,
comment retrouver l'origine du germe infectieux ? Grâce à la puce.
Ainsi mangeons-nous de la daube authentifiée, ce qui suffit semble-t-il
au cochon de consommateur. Refuser les RFID, c'est refuser la
traçabilité et la manipulation du sentiment d'insécurité.
Nous voulons bien manger ? Boycottons les supermarchés. Nous voulons
épargner aux éleveurs l'humiliation du puçage ? Associons-nous pour
acheter leurs bêtes directement.
De l'animal à l'homme domestique En 2006 en France, on peut lire à la page"Pratique" de son quotidien ce genre de conseil : "Mieux que le tatouage.
La puce est très pratique par rapport au tatouage, car : la pose ne
nécessite pas d'anesthésie ; la lecture peut se faire à distance, ce
qui est avantageux à l'égard des animaux apeurés ou nerveux ; elle est
invisible, infalsifiable et permanente, elle ne risque pas comme le
tatouage de s'effacer au fur et à mesure des années. Un outil international.
Le fichier sera mondial, l'animal pourra être facilement identifié aux
frontières et à l'étranger. Rappelez-vous qu'il est obligatoire que
tous les chiens et chats de plus de 4 mois soient identifiés. N'hésitez
donc pas à le faire, c'est rapide et sans douleur."12
Carte d'identité, carte Vitale, fichier automatisé
des empreintes digitales, fichier national des empreintes génétiques
nous ont accoutumés au fichage systématique de la population et à
l'électronisation du contrôle. Comme des grenouilles dans l'eau froide
nous supportons la hausse progressive de température, sans réaliser
qu'elle nous ébouillante aussi sûrement qu'un plongeon dans un bain
brûlant. Avec le puçage électronique, voici bientôt les 100°C. On puce
d'abord les animaux d'élevage (sécurité alimentaire) les animaux
sauvages (lutte contre les trafics), les animaux domestiques ("très
pratique"). Ainsi le territoire est-il peu à peu maillé, les lecteurs
de RFID implantés partout. Toutes les institutions susceptibles d'avoir
à identifier un animal perdu s'équipent : pompiers, gendarmes,
douaniers, directions des services vétérinaires, refuges, fourrières,
ainsi que les 5500 cabinets et cliniques vétérinaires français. Comme
le note un ami des bêtes : "puisque mon chien est toujours avec moi, détecter sa présence, c'est détecter la mienne".
Surtout, pucer nos animaux nous familiarise avec la traçabilité
électronique. Vous ne feriez pas à votre chien ce que vous refuseriez
qu'on vous fasse, n'est-ce pas ? Comment les
enfants dont l'animal est scanné par le véto s'étonneraient-ils de
subir le même sort ? Dans vingt ans, l'article du Daubé sera republié, "individu" remplaçant "animal", sans plus émouvoir quiconque que ce "conseil pratique" de 2006. Refusons de transformer nos animaux en gadgets électroniques, ou nous subirons le même sort. 12 Le Daubé, 10/02/06. La
société américaine Applied Digital Solutions s'y emploie depuis les
années 2000 avec Verichip, sa puce sous-cutanée pour humains, à usages
multiples : suivi des enfants dont les parents craignent l'enlèvement,
patients de dizaines d'hôpitaux américains portant en eux leur
dossier médical numérisé, clients branchés de boîtes de nuit espagnoles
et hollandaises pour payer leurs conso sans sortir de monnaie, employés
de banque australiens obligés de
se faire scanner le bras pour accéder à leur poste, etc. Sans oublier
les morts du cyclone Katrina ; les techno-fans qui se font pucer pour
sécuriser l'ouverture de leur maison ou de leur voiture ; et les
projets multiples de puçage des malades psychiatriques, des SDF, des
enfants dès la naissance13.
Avertissement au cheptel humain : aujourd'hui une
brebis baladeuse trouvée sans puce est conduite à l'équarrissage sans
sommation. Le flicage, c'est bon pour l'emploi
Lecteur, tu trouves ces nouvelles inquiétantes,
déprimantes, paralysantes ? Tu te demandes si ces accumulations d'ondes
hertziennes (portable, Wifi, RFID, ça commence à faire) menacent ta
santé ? Si ces milliards de puces électroniques disséminées dans les
décharges ne vont pas polluer plus encore les sols et les nappes
phréatiques ? Tu crains pour la liberté et la dignité humaine ? Tu
imagines tes contemporains conditionnés, volontaires pour la servitude
électronique ? Ne désespère pas, lecteur. Au moins ces sacrifices
sont-ils bénéfiques à l'économie locale, et qui sait ? préserveront ton
propre emploi dans la cuvette grenobloise.
D'après les études des cabinets spécialisés, le
marché RFID doit exploser à partir de 2006, avec des prévisions
atteignant 10 à 20 milliards d'objets pucés en 200814, et 33 milliards en 2010 contre 1,3 milliards en 200515. Chaque matin des ingénieurs et techniciens isérois vont au boulot, travailler sur "des techniques d'impression en phase liquide (…) des circuits électroniques de la puce RFID"16 (CEA-Léti) ; sur "la conception et l'optimisation d'antennes intégrées pour la RFID"17 (INPG) ; la fabrication de "matériaux polymères organiques servant à réaliser les RFID" (Ciba) ; des "procédés
de gravure dans des résolutions suffisantes pour la production
d’électroniques sur substrats souples (antenne RFID,transistors ...)"18 (Piolat) ; la "réalisation d’antennes
RFID organiques imprimées"19 (Sofileta) ; la conception de "gammes complètes de produits sans contact RFID"20 (Atmel) ; la réalisation des "premières étiquettes RFID entièrement en plastique"21 (Philips) ; le développement d'une "large gamme étiquettes RFID et de produits sans
13 cf www.stoppuce.be ou www.jameh.org
14 cf "Les technologies de radio-identification (RFID) : enjeux industriels et questions sociétales", rapport du Conseil général
des technologies de l'information, janvier 2005.
15 Times, 19/01/06
16 L'Usine Nouvelle 27/01/05
17 La lettre de Minatec, n°9 septembre 2005
18 dossier Minalogic, annexes
19 Idem
20 http://www.atmel.com/ad/wireless/rfid/default.asp
21http://www.lelectronique.com/actualite/voir.php?news=actu&n
um=1922
contact"22 (STMicroelectronics) ; des "solutions RFID clé
en main"23 (Tagproduct) ; la commercialisation de "l'offre
la plus complète du marché dans les domaines de la
monétique et du RFID"24 (Silicomp). Etc.
Grenoble serait donc aussi la capitale des RFID ? "Le devenir des RFID est au coeur de Minalogic", affirme Le Daubé25 - Minalogic, "pôle de compétitivité mondial" de Grenoble-Isère. Restons modestes, Grenoble est l'une des
adresses de la RFID française. Comme le dit Gérard-André Dessenne,
responsable du développement du Pôle Traçabilité de Valence : "Nous
nous trouvons (…) dans le “coeur” technologique de la France, dans ce
carré magique de la RFID constitué par les villes de Grenoble,Valence,
Sophia-Antipolis et Aix-en-Provence."26
Tu vois, lecteur, tu peux te réjouir d'appartenir à la future continuité urbaine Genève-Valence
(le "Sillon alpin") complotée par nos élus pour 2020. Après tout
l'autoroute met Valence à 40 minutes du Polygone scientifique de
Grenoble, soit moins que Crolles aux heures de pointe. Puisque nous
vivrons bientôt dans la même ville, partageons la fierté d'être du "carré magique de la RFID". L'INPG
a déjà implanté une de ses écoles à Valence, l'Esisar, qui forme les
futurs ingénieurs aux RFID en partenariat avec les industriels.
L'Esisar, qui a créé le "Pôle Traçabilité" valentinois avec l'Agence
Rhône-Alpes pour la maîtrise des technologies de mesure (ARATEM).
Que peut bien être un "Pôle Traçabilité", demandes-tu ? "Un centre d'échanges et de transferts de savoirs, répond G-A Dessenne. Il
constitue un faisceau de compétences à vocation aujourd'hui nationale
et demain européenne, en matière de recherche, de développement, de
formation et de transfert vers l'industrie, en particulier en RFID".27 Pressé
d'infester nos vies de mouchards, le pôle propose aux entreprises un
centre d'essai et de démonstration pour RFID. Extrait du dossier de
presse : "Avec la
RFID, la traçabilité peut devenir active et dynamique. Même les plus
petits objets peuvent être dotés d'une identité propre et d'un
historique précis qui les rend faciles à suivre."
De Grenoble à Valence, les ingénieurs et techniciens
du carré magique vont chaque matin au boulot, inventer et fabriquer les
outils de la surveillance ubiquitaire. Pour rien au monde – surtout pas
pour préserver leur liberté et leur dignité – ils ne renonceraient à
leurs recherches, à leurs innovations, à leurs brevets, à leur carrière. Après eux, et à cause d'eux, le déluge de contrôles. Dites "mouchards verts" plutôt que "mouchards intelligents"
Conscients de leur énormité liberticide, chercheurs et industriels travaillent à l'acceptabilité des
RFID. En juillet 2003, le centre Auto-ID du MIT laisse
malencontreusement en ligne des documents confidentiels. L'association
anti-RFID américaine 22 www.st.com/rfid
23 http://www.tagproduct.com
24 Inovallée Mag', n°82, sept 05
25 Le Daubé 12/10/05
26 http://dc.editricetemi.com/ed_temi/dcFr/articolo.jsp?idArt=83
27 www.tracenews.net
5 CASPIAN28 révèle
alors que les fabricants de mouchards se font conseiller par l’agence
de com' Fleishman-Hillard pour mieux fourguer leurs espions :
abandonner le nom "Smart tags" pour "Green Tags", supposé plus rassurant ; "positionner la technologie comme étant simplement un code-barre amélioré", etc. Finalement, les chercheurs avouent espérer que les consommateurs seront "apathiques" et "se résigneront d’eux-mêmes à l’inévitabilité de la chose".29
À Grenoble, les sociologues des "usages" qui
complotent des méthodes pour nous faire accepter l'inacceptable ne
pouvaient passer à côté des RFID. Le groupement d'intérêt scientifique
"Pegasus" créé en 2003 sur la question des "objets communicants" par le
CNRS, l'INPG, l'Université Joseph-Fourier et l'Université Mendès-France
compte parmi ses membres de vieilles connaissances : Philippe Mallein
et Jean Caelen entre autres30. Un des projets qui mobilisent ces pros de la manipulation s'intitule "Toamutu : Traçabilité des objets et des agents manipulés par des utilisateurs et tests d'usage". Il s'agit bien sûr d'améliorer les performances des outils de pistage.
"Objectifs
sociétaux : la demande dans la traçabilité des objets est de plus en
plus forte (…). Ces produits sont manipulés par de nombreux acteurs au
cours de leur cycle de vie, il s'agit de leur donner une nano-mémoire
pour qu'ils racontent eux-mêmes cette vie. Ainsi on espère pouvoir
retracer leur histoire ainsi que l'histoire qu'ils ont eue avec
d'autres objets et agents artificiels ou humains."31
Le vocabulaire mielleux pour évoquer ces objets dont on raconte l'"histoire" masque mal la duperie. Qui exactement "espère retracer" cette histoire qui, au fait, est la nôtre ?Les RFID sont aux nanotechnologies ce que Terminator est aux OGM : un déclencheur de révolte. Aussi
les chercheurs en nanos sont-ils prêts à tout pour détourner notre
attention – déni, mensonge, lâcheté. Interpellé lors d'une émission de
France Inter32 sur
les nanotechnologies, Claude Weisbuch, directeur de recherche au CNRS,
osa une parade que des journalistes sérieux eussent contrée – mais à
France Inter on est courtois avec les invités : les RFID, lâcha
Weisbuch, c'est pas nano. "Les
RFID posent des problèmes effectivement d'identification des individus
et de contrôle si on met les informations en ligne, si on échange des
fichiers, etc, mais les RFID c'est pas nano, simplement parce que pour
avoir de l'énergie, pour communiquer, on peut pas être tout petit.
Généralement les RFID c'est au moins millimétrique. De la même manière
le "smart dust", qui sont des objets autonomes ressemblant un peu aux
RFID, (…) le "smart dust", la poussière intelligente, c'est
millimétrique aussi."
28 Cunsumers against supermarket privacy invasion and numbering, www.spychips.com
29 cf transfert.net/a9099
30 cf Aujourd'hui le nanomonde n°3, "Ideas Lab, la machine à fabriquer des besoins" sur www.piecesetmaindoeuvre.com
31 "Objets, agents et environnements communicants", exposé devant le Conseil scientifique international 2004 (J. Caelen, JP Laurencin)
32 "Le téléphone sonne", 22/02/06
Claude Weisbuch est un scientifique. Aussi est-ce
sciemment qu'il ment aux auditeurs de France Inter et leur dissimule ce
que son propre institut révèle. Extrait du dossier "La déferlante nano"
publié par "Le journal du CNRS" en octobre 2005 : "Outre
cet aspect sanitaire, d'autres réflexions d'ordre éthique sont menées
sur les conséquences possibles des nanotechnologies sur notre vie
quotidienne. Prenons l'exemple des RFID (Radio Frequency Identification
Devices), ces étiquettes électroniques déjà utilisées pour identifier
nos animaux domestiques, ouvrir et démarrer certaines voitures récentes
ou encore suivre à la trace certains produits, de leur fabrication à
leur mise en vente. Demain, grâce aux nanotechnologies, ces dispositifs
seront amenés à se multiplier dans notre quotidien. Revers de la
médaille, ils seront aussi capables de transmettre des informations
personnelles sur chacun :
"Face aux craintes d'atteintes à la vie privée, certains principes
généraux ont déjà été suggérés, comme la signalisation claire de leur
présence et de leurs caractéristiques, la limitation des données
échangées et des possibilités de recoupement ou encore la possibilité
de les retirer ou de les inhiber",
analyse Louis Laurent, directeur de département de recherche au CEA et
membre de la commission interdisciplinaire "Impacts sociaux et
développement des nanotechnologies" du Comité national de la recherche
scientifique. Assurément, les nanotechnologies offriront donc la
possibilité de fondre les technologies de l'information dans notre
environnement. Et l'on parle déjà, par exemple, de poussières
électroniques communicantes, minuscules systèmes capables de se mettre
en réseau pour recueillir et transmettre des informations."
Les nanos sont l'avenir des RFID, pour la raison simple qu'elles
permettent d'abaisser le coût unitaire des étiquettes, vers ce fameux
plancher de 0,05 € que vise le marché. Essentiellement grâce aux techniques d'impression des antennes par jet d'encre conductrice. "Nous
travaillons avec des vendeurs qui font de l'encre incluant des
nanoparticules, permettant d'imprimer les antennes sur le papier moins
cher et plus vite", dit Van Fleet, qui fait aussi partie de la
direction de R &V Group à Lagrangeville (New York), fabricant de
RFID. Une autre société de RFID, Organic ID, à Colorado Spring,
travaille sur des antennes imprimées avec des nanoparticules d'or ou
d'argent et des polymères."33 Si
l'on mesure la menace au soin que mettent les chercheurs à la
dissimuler, assurément les RFID méritent notre contestation. Pour
commencer, boycottons la carte Avan'Tag des transports technopolitains
!
Grenoble, le 7 mars 2006
Pieces et Main d'OEuvre
33 Traduit de Science Daily, "Nano will boost RFID tags",
http://www.sciencedaily.com/upi/index.php?feed=Science&artic
le=UPI-1-20050606-14555200-bc-nanoworld-rfid.xml
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