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  Posté le mardi 06 dcembre 2005 @ 03:58:58 by AnarchOi
Contributed by: AnarchOi
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Poems & Chansons Révolutionaire


1er Mai
A Biribi - OGG
Ceux d'oviedo
Chanson du C.M.D.O - OGG
Chant des Journees de Mai - OGG
Chant du Drapeau Noir
Dynamite - OGG
Elle n'est pas morte - OGG
En avant ! La classe ouvrière - OGG
Faut Plus de Gouvernement - OGG
Heureux Temps - OGG
Ils Ont les Mains Blanches - OGG
La Chanson du Père Duchesne - OGG
La greve generale
La Java des Bons-Enfants - OGG
La Makhnovtchina - OGG
La Mitraillette - OGG
La Ravachole - OGG
La vie s'écoule, La vie s'enfuit - OGG
Le Chant des Ouvriers - OGG
Le Meeting du Metropolitain - OGG
Le Pere la Purge - OGG
Le Temps Des Cerises - OGG
Le Tombeau des Fusils - OGG
Le Triomphe de l'Anarchie - OGG
Les Canuts
Les Conscrits Insoumis - OGG
Les Fayots - OGG
Les Pavés - OGG
L'Expulsion - OGG
L'Internationale - OGG
L'Internationale Noire - OGG
Plus de Patron - OGG
Ravachole - OGG
Revolte - OGG
Revolution
Sante Caserio - OGG

I. Copain, regarde les rues :
Les flicards et les roussins
Montrent leurs gueules bourrues
De brutes et d'assassins...
Racaille !
Par ça serais-je abîmé ?
Un premier mai sans flicaille
Ce n'est pas un premier mai...

II. Copain, vois malgré la rousse
Les bourgeois gras et pansus,
Les richards ont eu la frousse
Dès qu'il nous ont aperçus...
Vipères !
Tremblez devant l'opprimé !
Un premier mai sans colère
Ce n'est pas un premier mai...

III. Copain, gare à la faconde
Des grands ténors endormeurs :
La haine seule est féconde,
La haine des affameurs...
Récolte,
Bourgeois, ce que tu as semé !
Un premier mai sans révolte
Ce n'est pas un premier mai...

IV. Copain, pense à la vengeance,
Lorsque nous serons les plus forts
Nous détruirons cette engeance
Aux pieds de ses coffres-forts...
Charogne !
Quand nous t'aurons supprimé,
Nous fêterons sans vergogne,
Bourgeois, notre premier mai !

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A Biribi

Y en a qui font la mauvaise tête
Au régiment
Ils tirent au flanc, ils font la bête
Inutilement
Quand ils veulent plus faire l'exercice
Et tout le fourbi
On les envois faire leur service à Biribi
A Biribi

A Biribi c'est en Afrique
Où que le plus fort
Est obligé de poser sa chique
Et de faire le mort
Où que le plus malin desespere
De faire le chibi
Car on peut jamais se faire la paire, à Biribi
A Biribi

A Biribi c'est là qu'on marche
Faut pas flancher
Quand le chaouch cri en avant marche
Il faut marcher
Et quand on veut faire des épates
C'est peau de zebi
On vous met les fers aux quatres pattes, à Biribi
A Biribi

A Biribi c'est là qu'on creve
De soif et de faim
C'est là qu'il faut marner sans treves
Jusqu'à la fin

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CEUX D'OVIEDO

I. Par toute la terre
Chaque prolétaire
A frémi d'un immense espoir.
Ceux d'Oviedo d'un splendide élan
Ont réjeté soudain leur carcan,
Ont pris le pouvoir,
Ceux d'Oviedo.

II. Ces durs gars tranquilles
De la mine hostile,
Armés d'explosifs de chantier,
Sous leur baratte en bourgeon noir,
Ont pris d'assaut palais et manoirs.
Héros ouvriers,
Ceux d'Oviedo.


III. A leurs cigarettes,
Allumant la mèche
De leurs grenades de fer blanc,
Pendant des jours ils ont repoussé
Les mercenaires contre eux lancés
Par les gouvernants,
A Oviedo.

IV. Ces sans sou ni maille,
En pleine bataille
Ont protégé les gens, les biens.
Pendant l'horreur de la lutte à mort,
Ils préparaient un plus juste sort :
Les droits et le pain,
Ceux d'Oviedo.


V. Tremblante de haine,
Lâche et inhumaine,
La réaction les écrasa.
Toute une armée à coups de canons,
Fit d'Oviedo un tombeau sans nom.
Partout on trembla,
Pour Oviedo.

VI. L'âpre bourgeoisie,
Malgré ses tueries,
N'aura nul repos désormais,
Le peuple entier a fremis d'horreur,
Le jour approche où, par son ardeur,
Seront bien vengés,
Ceux d'Oviedo.

Paroles de Jean LANCOIS et musique de Paul ARMA.
Cette chanson est à la mémoire de l'insurrection des mineurs des Asturies,
sauvagement écrasée en 1934 par la République.
Le général républicain qui fut chargé de la besogne s'appelait FRANCO...

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CHANSON DU C.M.D.O.
(Conseil pour le maintien des occupations)

Rue Gay-Lussac, les rebelles
N'ont qu' les voitures à brûler.
Que vouliez-vous donc, la belle,
Qu'est-ce donc que vous vouliez?

Refrain :
Des canons par centaines,
Des fusils par milliers,
Des canons, des fusils,
Par centaines et par milliers.

Dites-moi comment s'appelle
Ce jeu-là que vous jouiez ?
La règle en paraît nouvelle:
Quel jeu, quel jeu singulier!

La révolution, la belle,
Est le jeu que vous disiez.
Elle se joue dans les ruelles,
Elle se joue grâce aux pavés.

Le vieux monde et ses séquelles,
Nous voulons les balayer.
Il s'agit d'être cruels,
Mort aux flics et aux curés.

Ils nous lancent comme grêle
Grenades et gaz chlorés,
Nous ne trouvons que des pelles
Et couteaux pour nous armer.

Mes pauvres enfants, dit-elle,
Mes jolis barricadiers,
Mon coeur, mon coeur en chancelle,
Je n'ai rien à vous donner.

Si j'ai foi en ma querelle
Je n' crains pas les policiers.
Il faut qu'elle devienne celle
Des camarades ouvriers.

Le gaullisme est un bordel,
Personne n'en peut plus douter.
Les bureaucrates, aux poubelles !
Sans eux, on aurait gagné.

Rue Gay-Lussac, les rebelles
N'ont qu' les voitures à brûler.
Que vouliez-vous donc, la belle,
Qu'est-ce donc que vous vouliez ?


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CHANT DES JOURNEES DE MAI

La garde d'assaut marche
Boum badaboum badaboum bam bam
Au central téléphonique
Ay Carmela Ay Carmela
Défi aux prolétaires
Boum badaboum badaboum bam bam
Provocation stalinienne
Ay Carmela Ay Carmela
On ne peut laisser faire
Boum badaboum badaboum bam bam
Le sang coule dans la ville
Ay Carmela Ay Carmela
POUM et FAI et CNT
Boum badaboum badaboum bam bam
Avaient seuls pris Barcelone
Ay Carmela Ay Carmela
La République s'arme
Boum badaboum badaboum bam bam
Mais d'abord contre nous autres
Ay Carmela Ay Carmela
A Valence et à Moscou
Boum badaboum badaboum bam bam
Le même ordre nous condamne
Ay Carmela Ay Carmela
Ils ont juré d'abattre
Boum badaboum badaboum bam bam
L'autonomie ouvrière
Ay Carmela Ay Carmela
Pour la lutte finale
Boum badaboum badaboum bam bam
Que le front d'Aragon vienne
Ay Carmela Ay Carmela
Camarades ministres
Boum badaboum badaboum bam bam
Dernière heure pour comprendre
Ay Carmela Ay Carmela
Honte à ceux qui choisissent
Boum badaboum badaboum bam bam
L'aliénation étatique
Ay Carmela Ay Carmela


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CHANT DU DRAPEAU NOIR

Pourquoi ce drapeau teint en noir?
Pourquoi cette teinte sinistre ?
- L'anarchie est faite d'espoir
Et la mort n'est pas son ministre.
Nous portons le deuil des méchants
Des ambitieux et des cupides,
Des capitalistes avides
Qui font couler du sang pour leurs penchants.
Nous annonçons l'approche du Grand Soir
Où les tyrans iront au pourrissoir.
Le capital engendre tous les crimes
Et nous portons le deuil de ses victimes.

Pourquoi ce drapeau teint en noir?
Pourquoi la couleur fatidique ?
- Nous portons le deuil du pouvoir,
De l'État, de la Politique.
Nous voulons notre liberté
Et proclamons: Quoi qu'on dise,
Chacun pourra vivre à sa guise
Quand sera mise à mort l'autorité.
Nous annonçons la fin des potentats
Filous, voleurs, menteurs et apostats.
La liberté rend égaux tous les êtres
Et nous portons le deuil de tous les maîtres.

Pourquoi ce drapeau teint en noir,
Couleur d'une grande tristesse ?
- Les hommes, enfin, vont avoir
Leur commune part de richesse.
Nous portons le deuil des voleurs
Qui tous les jours font des bombances
Pendant que, dès leur prime enfance,
Péniblement triment les travailleurs.
Nous annonçons humaine société
Où tous auront bien-être et liberté.
Du patronat les formes sont maudites
Et nous portons le deuil des parasites.

Pourquoi ce drapeau teint en noir
Ainsi que le corbeau vorace?
- Les humains viennent d'entrevoir
Qu'ils sont tous d'une même race.
Nous portons le deuil des soudards
Vivant de rapine et de guerre.
Les peuples veulent être frères
Et des nations brûlent les étendards.
Nous annonçons l'ère de vérité,
Ère d'amour et de fraternité!
Des généraux l'existence est flétrie
Et nous portons le deuil de leur patrie.

Pourquoi ce drapeau teint en noir?
Est-ce une religion suprême ?
L'homme libre ne doit avoir
Pour penser nul besoin d'emblème!
- L'anarchiste n'accorde pas
A ce drapeau valeur d'idole,
Tout au plus n'est-ce qu'un symbole,
Mais en lui-même il porte son trépas
Car annonçant la fin des oripeaux
Il périra comme tous les drapeaux.
En Anarchie où régnera la Science,
Pour tout drapeau, l'homme aura sa conscience

Chanson de Louis Loréal (1922)

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DYNAMITE

Il est un produit merveilleux
expérimenté par la science
Et qui pour nous les miséreux
fera naître l'indépendance

Tant mieux s'il éclate parfois
en faisant beaucoup de victimes
Chez nos ennemis les bourgeois
cela nous venge de leurs crimes

Placer une marmite
bourrée de dynamite
Quelque soit la maison
en faisant explosion
en tonnerre ira vite

Pour inspirer la terreur
il n'y a rien de meilleur
que la dynamite

On guillotine Ravachol
un copain qui avait de l'envergure
Aujourd'hui c'est un espagnol
qu'on fusille pour son allure
Il su montrer à son tour
qu'il était un homme invincible
En plus il promettait qu'un jour
la vengeance serait terrible

Vive la dynamite
puisque l'on nous irrite
A chaque exécution
nous mettrons en action
notre arme favorite

Car pour semer la terreur
il n'y a rien de meilleur
que la dynamite

Vous pouvez dresser l'échafaud
la potence et la guillotine
Nous nous avons ce qu'il nous faut
pour vous faire sauter en sourdine
Si vous croyez qu'ça finira
vous êtes loin de votre affaire
Pour un homme qu'on nous tueras
nous en foutrons 500 par terre

Avec la dynamite
nous répondrons de suite
Casernes et prisons
ans flûte sans violons
danseront au plus vite
Car pour semer la terreur
il n'y a rien de meilleur
que la dynamite.

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ELLE N'EST PAS MORTE

I. On l'a tuée à coups de chass'pots,
A coups de mitrailleuses,
Et roulée avec son drapeau
Dans la terre argileuse.
Et la tourbe des bourreaux gras
Se croyait la plus forte.

Tout ça n'empêch' pas, Nicolas,
Qu'la Commune n'est pas morte !

II. Comme faucheurs rasant un pré,
Comme on abat des pommes,
Les Versaillais ont massacré
Pour le moins cent mille hommes.
Et les cent mille assasinats
Voyez c'que ça rapporte.

Tout ça n'empêch' pas, Nicolas,
Qu'la Commune n'est pas morte !

III. On a bien fusillé Varlin,
Flourens, Duval, Millière,
Ferré, Rigault, Toni Moilin,
Gavé le cimetière.
On croyait lui couper les bras
Et lui vider l'aorte.

Tout ça n'empêch' pas, Nicolas,
Qu'la Commune n'est pas morte !

IV. Ils ont fait acte de bandits
Comptant sur le silence,
Ach'vé les blessés dans leurs lits,
Dans leurs lits d'ambulance.
Et le sang inondant les draps
Ruisselait sous la porte.

Tout ça n'empêch' pas, Nicolas,
Qu'la Commune n'est pas morte !

V. Les journalistes policiers
Marchands de calomnies,
Ont répandu sur nos charniers
Leurs flots d'ignominie.
Les Maxim' Ducamps, les Dumas,
Ont vomi leur eau-forte.

Tout ça n'empêch' pas, Nicolas,
Qu'la Commune n'est pas morte !

VI. C'est la hache de Damoclès
Qui plane sur leurs têtes.
A l'enterrement de Vallès
Ils en étaient tout bêtes.
Fait qu'on était un fier tas
A lui servir d'escorte !

Ce qui prouve en tout cas, Nicolas,
Qu'la Commune n'est pas morte !

VII. Bref, tout ça prouve aux combattants
Qu'Marianne a la peau brune,
Du chien dans l'ventre, et qu'il est temps
D'crier "Vive la Commune !"
Et ça prouve à tous les Judas
Qu'si ça marche de la sorte,
Ils sentiront dans peu, nom de dieu !
Qu'la Commune n'est pas morte !

Poème en l'honneur des Communards composé par Eugène POTTIER en 1886
sur l'air de "T'en fais pas, Nicolas" de PARIZOT.

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EN AVANT ! LA CLASSE OUVRIÈRE

En avant ! la classe ouvrière,
La classe ouvrière, en avant !

Venez, l'enfant ; venez, la femme,
Pâles meurtris des greniers froids
La douleur affirme ses droits,
Les sanglots ont fait leur programme.
Il faut à tout être vivant
Sol, outils, matière première.

En avant ! la classe ouvrière,
La classe ouvrière, en avant !

Sur vous, ouvriers de charrue,
Batteurs en grange, vignerons,
Valets de ferme, bûcherons,
L'usure étend sa main bourrue.
La grande culture arrivant
Englobera lopin, chaumière.

En avant ! la classe ouvrière,
La classe ouvrière, en avant !

Vous qui sombrez dans les déboires,
Marchands, débitants, boutiquiers,
Pour vous avaler par milliers
Un monstre ouvre ses deux mâchoires.
On nomme ce requin géant
Féodalité financière.

En avant ! la classe ouvrière,
La classe ouvrière, en avant !

Nos patrons sont nos adversaires,
Leurs canons l'ont prouvé cent fois.
En face du camp des bourgeois
Dressons le camp des prolétaires !
Suis-moi, artiste et toi savant ;
Nos marteaux forgent la lumière.

En avant ! la classe ouvrière,
La classe ouvrière, en avant !

Commune, tu seras suivie,
C'est le grand assaut pour le pain,
Chacun doit manger à sa faim !
Chacun doit vivre à pleine vie !
Toi, drapeau rouge, flotte au vent,
Salué de la terre entière.

En avant ! la classe ouvrière,
La classe ouvrière, en avant !


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FAUT PLUS DE GOUVERNEMENT


A chaque coin de rue
Le travailleur surpris
Sur l'affiche se rue
Des candidats d'Paris
On voit beaucoup de promesses
Écrites sur le papier
Mais l' peuple ne vit pas d'messe
Alors ça l'fait crier

L'gouvernement d'Ferry
Est un système pourri
Ce Cloque (?) et ce Constant
Sont aussi dégoûtants
Carnot ni Boulanger
Ne pourront rien changer
Pour être heureux vraiment
Faut plus d'gouvernement

Le gros ventre qu'engraisse
L'suffrage universel
Vient nous battre la grosse caisse
Comme monsieur Géronel
Il vous promet tout rose
Mais lorsqu'il est élu
Ça n'est plus la même chose
Il vous tourne le cul !

Certains énergumènes
Débitant des discours
Vous redise les rengaines
Qu'on entend tout les jours
Mois j'suis un homme intègre
Moi j'suis un érudit
Mon copain est intègre
Mais l'populo leur dit:

L'gouvernement d'Ferry
Est un système pourri
Ce Cloque (?) et ce Constant
Sont aussi dégoûtants
Carnot ni Boulanger
Ne pourront rien changer
Pour être heureux vraiment
Faut plus d'gouvernement

Même des socialistes
Membres des comités
Soutiennent les fumistes
Qui s'portent député
Y'a pas à s'y méprendre
Qu'ils soient rouges bleus ou blancs
Il faudrait mieux les pendre
Que d'leur foutre vingt-cinq frans
Tu leur paie des ripailles
Toi peuple souverain
Et lorsque tu travailles
A peine as tu du pain
Ne soit donc plus si bête
Au lieu d'aller voter
Casse leur la margoulette
Et puis tu pourras chanter

L'gouvernement d'Ferry
Est un système pourri
Ce Cloque (?) et ce Constant
Sont aussi dégoûtants
Carnot ni Boulanger
Ne pourront rien changer
Pour être heureux vraiment
Faut plus d'gouvernement

De tout cette histoire
Voici la conclusion
L'électeur c'est notoire
N'a pas toute sa raison
J'aime pas le fataliste
Je n'ai ni foi ni loi
Je suis abstentionniste
Ami voici pourquoi

L'gouvernement d'Ferry
Est un système pourri
Ce Cloque (?) et ce Constant
Sont aussi dégoûtants
Carnot ni Boulanger
Ne pourront rien changer
Pour être heureux vraiment
Faut plus d'gouvernement

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HEUREUX TEMPS


Quand nous en serons au temps d'anarchie,
Les humains joyeux auront un gros coeur
Et légère panse.
Heureux on saura - sainte récompense -
Dans l'amour d'autrui doubler son bonheur ;
Quand nous en serons au temps d'anarchie,
Les humains joyeux auront un gros coeur,

Quand nous en serons au temps d'anarchie,
On ne verra plus d'êtres ayant faim,
Auprès d'autres ivres :
Sobres nous serons et riches en vivres ;
Des maux engendrés ce sera la fin.
Quand nous en serons au temps d'anarchie,
Tous satisferont sainement leur faim.

Quand nous en serons au temps d'anarchie,
Le travail sera récréation
Au lieu d'être peine.
Le corps sera libre et l'âme sereine
En paix fera son évolution,
Quand nous en serons au temps d'anarchie,
Le travail sera récréation

Quand nous en serons au temps d'anarchie,
Nos petits enfants auront au berceau
Les baisers des mères ;
Tous seront choyés, tous égaux, tous frères ;
Ainsi grandira ce monde nouveau.
Quand nous en serons au temps d'anarchie,
Nos enfants auront un même berceau.

Quand nous en serons au temps d'anarchie,
Les vieillards aimés, poètes-pasteurs,
Bénissant la Terre
S'éteindront béats sous le Ciel-Mystère,
Ayant bien vécu loin de ses hauteurs.
Quand nous en serons au temps d'anarchie,
Les vieillards seront de bien doux pasteurs.

Quand nous en serons au temps d'anarchie,
Nature sera paradis d'amour,
Femme souveraine !
Esclave aujourd'hui, demain notre reine,
Nous rechercherons tes "ordres du jour".
Quand nous en serons au temps d'anarchie,
Nature sera paradis d'amour.

Il semble encore loin ce temps d'anarchie,
Mais, si loin soit-il, nous le pressentons.
Une foi profonde
Nous fait entrevoir ce bienheureux monde
Qu'hélas notre esprit dessine à tâtons.
Il semble encore loin ce temps d'anarchie,
Mais, si loin soit-il, nous le pressentons.


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ILS ONT LES MAINS BLANCHES


Voyez donc cet aristocrate,
Pâle gommeux qui fait des épates,
Il passe sa vie à nocer,
A vingt ans c'est déjà cassé.
Comme une femme ça a des faiblesses,
Ca veut jouer à l'ancienne noblesse,
Incapable de gagner son pain,
Voilà le type du vrai gandin.

Refrain
Il a les mains blanches,
Les mains maquillées,
Il a les mains blanches,
Par la honte souillées.
Ca sent la paresse, c'est mou, c'est gnan-gnan,
Voilà c'qu'on appelle des mains de feignant !

Voyez donc ces hommes en soutane,
Soi-disant sur eux l'Bon Dieu plane,
Ils prônent Moïse et Jésus-Christ,
Mais font l'contraire de leurs écrits.
Oui Moïse était un apôtre,
Jésus-Christ mourut pour les autres,
Tandis qu'vous, prêtr's, pasteurs, rabbins,
Votre but, c'est l'or, le butin !

Refrain
Ils ont les mains blanches,
Les mains maquillées,
Ils ont les mains blanches,
Par la honte souillées.
Ca sent le tartuffe, l'avare, le gripp'sous
Voilà c'squ'on appelle des mains de filou !

Voyez donc ces hommes politiques,
Vrais paillasses à gueule tragique,
Qui pour aller au Parlement
Au peuple font du boniment :
J'vous promets les r'traites ouvrières,
J'vous promets la fin d'vos misères,
Ils se votent d'abord et comment !
Pour eux-mêmes quarante-et-un francs !

Refrain
Ils ont les mains blanches,
Les mains maquillées,
Ils ont les mains blanches,
Par la honte souillées.
Ca sent le roublard, ça sent le malin,
Voilà c'qu'on appelle un poil dans la main !

Voyez donc cette foule tapageuse,
Que'qu' fois gaie, souvent malheureuse,
Oui ce sont de brav'ouvriers,
C'est la masse des sacrifiés.
Ils reviennent du bagne de l'usine,
Ils sont pales, ils ont mauvaise mine,
Hommes et femmes, vrais gueux, meurt-de-faim
Qui engraissent un tas de coqins !

Refrain
Leurs mains n'sont pas blanches,
Ils ont travaillé,
Leurs mains n'sont pas blanches,
Elles sont meurtries, broyées.
Ca sent le courage, la force et l'honneur,
Voilà c'qu'on appelle des mains d'travailleurs !


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LA CHANSON DU PÈRE DUCHESNE

Né en nonante-deux nom de dieu mon nom est Père Duchesne
Marat fut généreux nom de dieu à qui lui porta haine sans dieux
Je veux parler sans gène nom de dieu

Coquin filou peureux nom de dieu vous m'appelez canaille
Dès que j'ouvre les yeux nom de dieu jusqu'au soir je travaille sans dieux
Et je couche sur la paille nom de dieu

On nous promet les cieux nom de dieu pour toute récompense
Tandis que ces messieurs nom de dieu s'arrondissent la panse sans dieux
Nous crevons d'abstinence nom de dieu

Pour mériter les cieux nom de dieu voyez vous ces bougresses
Au vicaire le moins vieux nom de dieu s'en aller à confesse sans dieux
Se faire peloter les fesses nom de dieu

Si tu veux être heureux nom de dieu pends ton propriétaire
Coupes les curés en deux nom de dieu fous les églises par terre sans dieux
Et le bon Dieu dans la merde nom de dieu

Peuples trop oublieux nom de dieu si jamais tu te lève
Ne soit pas généreux nom de dieu patrons bourgeois et prêtres sans dieux
Méritent la lanterne nom de dieu !


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LA GREVE GENERALE

Refrain : Marchons à la bataille,
Fronts hauts et poings serrés,
La terre au loin tressaille,
Sous nos souliers ferrés !

I. Depuis le temps qu'on crève,
De faim, de froid, de tout,
Autant faire la grève !
Autant crever debout !

II. Dans la splendeur florale
Du tiède mois de mai,
La grève générale
Commence pour de vrai.

III. Torrent près de la source,
Et fleuve un peu plus bas,
La grève dans sa course
grossit à chaque pas.

IV. Partis à quelques hommes,
Sans armes, en haillons,
Voyez amis, nous sommes
Déjà des millions.

V. Que veulent nos cohortes
De libres travailleurs ?
Frayer de leurs mains fortes
La route aux temps meilleurs.

VI. L'armée attend en ligne,
Mur aux créneaux d'acier.
Les chefs ont pour consigne :
Ne faire aucun quartier.

VII. Voici l'instant sublime :
Ouvrez vos rangs, soldats !
On vous commande un crime,
Nous vous tendons les bras !

VIII. Victoire, au lieu de mordre
Le peuple en pleine chair,
Sourds aux bourreaux de l'ordre,
Ils ont mis crosse en l'air !

IX. Devant nous, plus d'obstacle :
L'armée a fait son choix,
Elle aide à la débâcle
Du vieil ordre bourgeois.

X. Pour faire la conquête
D'un monde radieux,
Plus rien ne nous arrête
Soyons nos propres dieux !

Paroles de Jacques TURBIN.

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LA JAVA DES BONS-ENFANTS

Dans la rue des Bons-Enfants
On vend tout au plus offrant
Y avait un commissariat
Et maintenant il n'est plus là.

Une explosion fantastique
N'en a pas laissé une brique
On crut qu' c'était Fantômas
Mais c'était la lutte des classes.

Un poulet zélé vint vite
Y porter une marmite
Qu'était à renversement
Et la retourne, imprudemment.

Le brigadier, l'commissaire
Mêlés au poulet vulgaire
Partent en fragments épars
Qu'on ramasse sur un buvard.

Contrairement à c'qu'on croyait
Y en avait qui en avaient
L'étonnement est profond
On peut les voir jusqu'au plafond.

Voilà bien ce qu'il fallait
Pour faire la guerre aux palais
Sache que ta meilleure amie
Prolétaire, c'est la chimie.

Les sociales n'ont rien fait
Pour abréger les forfaits
D'infamie capitaliste
Mais heureusement vient l'anarchiste.

Il n'a pas de préjugés
Les curés seront mangés
Plus d'patries, plus d'colonies
Et tout le pouvoir, il le nie.

Encore quelques beaux efforts
Et disons qu'on se fait fort
De régler radicalement
L'problème social en suspens.

Dans la rue des Bons-Enfants
Viande à vendre au plus offrant
L'avenir radieux prend place
Et le vieux monde est à la casse.

Chanson de Guy Debord

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LA MAKHNOVTCHINA

I. Par les monts et par les plaines
Dans la neige et dans le vent
A travers toute l'Ukraine
Se levaient nos partisans

II. Au printemps les traités de Lénine
Livraient l'Ukraine aux allemands
A l'automne la Makhnovtchina
Les avait jetés au vent

III. Makhnovtchina Makhnovtchina
Tes drapeaux sont noirs dans le vent
Ils sont noirs de notre peine
Ils sont rouges de notre sang

IV. L'armée blanche de Dénikine
Entre en Ukraine en chantant
Mais bientôt la Makhnovtchina
L'avait dispersée au vent

V. Makhnovtchina Makhnovtchina
Armée noire de nos partisans
Qui combattaient en Ukraine
Contre les rouges et les blancs

VI. Makhnovtchina Makhnovtchina
Ceci est ton testament :
Tu voulais chasser d'Ukraine
A jamais tous les tyrans

Texte d' Etienne Roda-Gil sur l'air du chant des partisans russes.

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LA MITRAILLETTE

Déjà la mère à la maison
Nous criait vivez vos passions,
Par la fenêtre

Et j'appelais tous les copains,
Les petites filles des voisins
Pour aller tenir dans nos mains,
La mitraillette

C'était celle d'un très vieux cousin
Qu'avait rougi du stalinien,
Dans l'Espagne en fête

Faut dire que les syndicats bordel,
Nous pourchassaient dans les ruelles,
Rien qu'à nos têtes

On était déjà les rebelles
Qui remplissions toutes les poubelles
Des idées anciennes et nouvelles,
Sans mitraillettes

Curés, salauds, patrons pêle-mêle
Vous n'aurez pas longtemps vie belle,
Viendra la fête

Y aura le jeu du plus cruel
On empaillera le flic modèle
Pour que plus tard on se rappelle,
Leur drôle de tête

Faut dire qu'on y mettra du coeur
Les pétroleuses étaient nos soeurs,
Vienne la tempête

Makhno Villa et Durruti
Ont déjà su manier l'outil
Qui fait revivre la poésie,
La mitraillette

On en refilera même à Bonnot
Pour qu'il revienne dans son auto,
Trancher des têtes

Et l'on verra cette société
Spectaculaire assassinée
Par les soviets du monde entier,
A coups de mitraillettes

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LA RAVACHOLE

Dans la grand'ville de Paris, (bis)
Il y a des bourgeois bien nourris, (bis)
Il y a les miséreux,
Qui ont le ventre creux :
Ceux-là ont les dents longues,
Vive le son, (bis)
Ceux-là ont les dents longues,
Vive le son
D'l'explosion !

Refrain :
Dansons la Ravachole,
Vive le son, (bis)
Dansons la Ravachole,
Vive le son
D'l'explosion !
Ah ! ça ira, ça ira, ça ira,
Tous les bourgeois goûteront d'la bombe,
Ah ! ça ira, ça ira, ça ira,
Tous les bourgeois, on les saut'ra...

Il y a les magistrats vendus, (bis)
II y a les financiers ventrus, (bis)
II y a les argousins,
Mais pour tous ces coquins,
Il y a d'la dynamite,
Vive le son, (bis)
II y a d'la dynamite,
Vive le son
D'l'explosion !

Il y a les sénateurs gâteux, (bis)
II y a les députés véreux, (bis)
II y a les généraux,
Assassins et bourreaux,
Bouchers en uniforme,
Vive le son, (bis)
Bouchers en uniforme,
Vive le son
D'l'explosion !

Il y a les hôtels des richards, (bis)
Tandis que les pauvres dèchards, (bis)
A demi morts de froid
Et soufflant dans leurs doigts,
Refilent la comète,
Vive le son, (bis)
Refilent la comète,
Vive le son
D'l'explosion !

Ah ! nom de Dieu, faut en finir, (bis)
Assez longtemps geindre et souffrir, (bis)
Pas de guerre à moitié,
Plus de lâche pitié !
Mort à la bourgeoisie !
Vive le son, (bis)
Mort à la bourgeoisie !
Vive le son
D'l'explosion !

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LA VIE S'ÉCOULE, LA VIE S'ENFUIT

La vie s'écoule, la vie s'enfuit
Les jours défilent au pas de l'ennui
Parti des rouges, parti des gris
Nos révolutions sont trahies

Le travail tue, le travail paie
Le temps s'achète au supermarché
Le temps payé ne revient plus
La jeunesse meurt de temps perdu

Les yeux faits pour l'amour d'aimer
Sont le reflet d'un monde d'objets.
Sans rêve et sans réalité
Aux images nous sommes condamnés

Les fusillés, les affamés
Viennent vers nous du fond du passé
Rien n'a changé mais tout commence
Et va mûrir dans la violence

Brûlez, repaires de curés,
Nids de marchands, de policiers
Au vent qui sème la tempête
Se récoltent les jours de fête

Les fusils sur nous dirigés
Contre les chefs vont se retourner
Plus de dirigeants, plus d'État
Pour profiter de nos combats

Paroles de Raoul Vaneigem, musique de Francis Lemonnier

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LE CHANT DES OUVRIERS

Refrain : Aimons-nous, et quand nous pouvons
Nous unir pour boire à la ronde
Que le canon se taise ou gronde
Buvons ! Buvons ! Buvons !
A l'indépendance du monde !

I. Nous dont la lampe, le matin,
Au clairon du coq se rallume,
Nous tous qu'un salaire incertain
Ramène avant l'aube à l'enclume,
Nous qui, des bras, des pieds, des mains,
De tout notre corps luttons sans cesse,
Sans abriter nos lendemains
Contre le froid de la vieillesse.

II. Nos bras sans relâche tendus,
Aux flots jaloux, au sol avare,
Ravissent leurs trésors perdus,
Ce qui nourrit et ce qui pare :
Perles, diamants et métaux,
Fruits du coteau, grains de la plaine ;
Pauvres moutons, quels bons manteaux
Il se tisse avec notre laine !

III. Quel fruit tirons-nous des labeurs
Qui courbent nos maigres échines ?
Où vont les flots de nos sueurs ?
Nous ne sommes que des machines.
Nos Babels montent jusqu'au ciel,
La terre nous doit ces merveilles :
Dès qu'elles ont fini le miel,
Le maître chasse les abeilles.

IV. Au fils chétif d'un étranger
Nos femmes tendent leurs mamelles,
Et lui plus tard croit déroger
En daignant s'asseoir auprès d'elles.
De nos jours, le droit du seigneur
Pèse sur nous plus despotique :
Nos filles vendent leur honneur
Aux derniers courtauds de boutique.

V. Mal vêtus, logés dans des trous,
Sous les combles, dans les décombres,
Nous vivons avec les hiboux
Et les larrons amis des ombres.
Cependant notre sang vermeil
Coule impétueux dans nos veines ;
Nous nous plairions au grand soleil
Et sous les rameaux verts des chênes.

VI. A chaque fois que par torrents
Notre sang coule sur le monde,
C'est toujours pour quelque tyran
Que cette rosée est féconde.
Ménageons-le dorénavant,
L'amour est plus fort que la guerre ;
En attendant qu'un meilleur vent
Souffle du ciel ou de la terre.

Paroles et musique de Pierre DUPONT (1846).

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LE MEETING DU MÉTROPOLITAIN

C'était hier, samedi, jour de paye,
Et le soleil se levait sur nos fronts
J'avais déjà vidé plus d'un' bouteille,
Si bien qu' j'm'avais jamais trouvé si rond
V'là la bourgeois' qui rappliqu' devant l' zingue:
"Feignant, qu'ell' dit, t'as donc lâché l' turbin?"
"Oui, que j' réponds, car je vais au métingue,
Au grand métingu' du métropolitain!"

Les citoyens, dans un élan sublime,
Étaient venus guidés par la raison
A la porte, on donnait vingt-cinq centimes
Pour soutenir les grèves de Vierzon
Bref à part quatr' municipaux qui chlinguent
Et trois sergents déguisés en pékins,
J'ai jamais vu de plus chouette métingue,
Que le métingu' du métropolitain!

Y avait Basly, le mineur indomptable,
Camélinat, l'orgueil du pays
Ils sont grimpés tous deux sur une table,
Pour mettre la question sur le tapis
Mais, tout à coup, on entend du bastringue;
C'est un mouchard qui veut fair' le malin!
Il est venu pour troubler le métingue,
Le grand métingu' du métropolitain!

Moi j' tomb' dessus, et pendant qu'il proteste,
D'un grand coup d' poing, j'y renfonc' son chapeau.
Il déguerpit sans demander son reste,
En faisant signe aux quatr' municipaux
A la faveur de c'que j'étais brind'zingue
On m'a conduit jusqu'au poste voisin
Et c'est comm' ça qu'a fini le métingue,
Le grand métingu' du métropolitain!

Morale:

Peuple français, la Bastille est détruite,
Et y a z'encor des cachots pour tes fils!..
Souviens-toi des géants de quarante-huit
Qu'étaient plus grands qu' ceuss' d'au jour d'aujourd'hui
Car c'est toujours l' pauvre ouvrier qui trinque,
Mêm' qu'on le fourre au violon pour un rien,
C'était tout d' même un bien chouette métingue,
Que le métingu' du métropolitain

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LE PERE LA PURGE

Refrain : J'ai tout ce qu'il faut dans ma boutique
Sans le tonnerre et les éclairs
Pour bien purger toute la clique
Des affameurs de l'univers

I. Je suis le vieux père La Purge
Pharmacien de l'humanité ;
Contre sa bile je m'insurge
Avec ma fille Egalité

II. Son mal vient des capitalistes
Plus ou moins gras, à la ronger.
En avant les gars anarchistes,
Fils de Marat, faut la purger.

III. J'ai du pétrole et de l'essence
Pour badigeonner les châteaux ;
Des torches pour la circonstances
A mettre en guise de flambeaux.

IV. J'ai du picrate de potasse,
Du souffre et du chlore en tonneaux
Pour assainir partout où passent
Les empoisonneurs de cerveaux.

V. J'ai des pavés et de la poudre,
De la dynamite à foison
Qui rivalisent avec la foudre
Pour débarbouiller l'horizon.

VI. Le gaz est aussi de la fête
Si l'on résiste à mes joyaux
Au beau milieu de la tempête
Je fais éclater ses boyaux.

VII. J'ai poudre verte et mélinité,
De fameux produits, mes enfants,
Pour nous débarrasser au plus vite
De ces mangeurs de pauvres gens.

VIII. J'ai pour les gavés de la table
La bombe glacée à servir
Du haut d'un ballon dirigeable
Part les toits, pour les rafraîchir.

IX. Voleuse et traître bourgeoisie,
Prêtres et bandits couronnés,
Il faut que d'Europe en Asie
Vous soyez tous assaisonnés !

Paroles et musique de Constant MARIE.

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LE TEMPS DES CERISES

I. Quand nous en serons
Au temps des cerises
Et gai rossignol et merle moqueur
Seront tous en fête
Les belles auront la folie en tête
Et les amoureux du soleil au coeur
Quand nous en serons
Au temps des cerises
Sifflera bien mieux le merle moqueur

II. Mais il est bien court
Le temps des cerises
Où l'on s'en va deux cueillir en rêvant
Des pendants d'oreilles
Cerises d'amour aux robes pareilles
Tombant sous la feuille en gouttes de sang
Mais il est bien court
Le temps des cerises
Pendants de corail qu'on cueille en rêvant

III. Quand vous en serez
Au temps des cerises
Si vous avez peur des chagrins d'amour
Evitez les belles
Moi qui ne crains pas les peines cruelles
Je ne vivrai pas sans souffrir un jour
Quand vous en serez
Au temps des cerises
Vous aurez aussi des chagrins d'amour

IV. J'aimerai toujours
Le temps des cerises
C'est de ce temps-là que je garde au coeur
Une plaie ouverte
Et dame Fortune en m'étant offerte
Ne saura jamais calmer ma douleur
J'aimerai toujours
Le temps des cerises
Et le souvenir que j'en garde au coeur

Texte de Jean-Baptiste CLEMENT. Musique d'Antoine RENARD.
Cette chanson d'amour s'adresse à une jeune femme
à l'époque où les travailleurs parisiens combattaient pour défendre leur république.
L'auteur la dédiera à une jeune ouvrière inconnue qui vint un jour porter un panier de ravitaillement
aux défenseurs de la barricade ou il se trouvait.
De nos jours, cette chanson reste un symbole de la Commune.

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LE TOMBEAU DES FUSILLES

I. Ornant largement la muraille,
Vingt drapeaux rouges assemblés
Cachent les trous de la mitraille
Dont les vaincus furent criblés.
Bien plus belle que la sculpture
Des tombes que bâtit l'orgueil,
L'herbe couvre la sépulture
Des morts enterrés sans cercueil.

Ce gazon, que le soleil dore,
Quand mai sort des bois réveillés,
Ce mur que l'Histoire décore,
Qui saigne encore,
C'est le tombeau des fusillés.

II. Autour de ce tombeau sans bronze,
Le prolétaire, au nez des lois,
Des héros de soixante et onze
Ecoute chanter les exploits.
Est-ce la tempête ou la houle
Montant à l'assaut d'un écueil ?
C'est la grande voix de la foule
Consolant les morts sans cercueil.

Ecoute, bon bourgeois qui tremble :
Pleurant ceux qu'on croit oublier,
Le peuple, tout entier, s'assemble
Et vient ensemble
Près du tombeau des fusillés.

III. Loups de la semaine sanglante,
Sachez-le, l'agneau se souvient.
Du peuple, la justice est lente,
Elle est lente, mais elle vient !
Le fils fera comme le père ;
La vengeance vous guette au seuil ;
Craignez de voir sortir de terre
Les morts enterrés sans cercueil !

Tremblez ! Les lions qu'on courrouce
Mordent, quand ils sont réveillés !
Fleur rouge éclose dans la mousse,
L'avenir pousse
Sur le tombeau des fusillés !

Chanson inspirée par le massacre du mur des Fédérés, et écrite par Jules JOUY
sur l'air de "La chanson des peupliers" de F. DORIAT (30 mai 1887).

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LE TRIOMPHE DE L'ANARCHIE

Refrain : Debout ! Debout! Compagnons de misère,
L'heure est venue, il faut nous révolter,
Que le sang coule et rougisse la terre,
Mais que ce soit pour notre liberté.
C'est reculer que d'être stationnaire,
On le devient de trop philosopher.
Debout ! Debout ! Vieux révolutionnaire
Et l'Anarchie enfin va triompher !

I. Tu veux bâtir des cités idéales,
Détruis d'abord les monstruosités :
Gouvernements, casernes, cathédrales,
Qui sont pour nous autant d'absurdités.
Dès aujourd'hui vivons le communisme,
Ne nous groupons que par affinités,
Notre bonheur naîtra de l'altruisme,
Que nos désirs soient des réalités.

II. Empare-toi maintenant de l'usine,
Du capital ne sois plus serviteur,
Reprends l'outil et reprends la machine,
Tout est à tous, rien n'est à l'exploiteur.
Sans préjugés, suis les lois de nature
Et ne produis que par nécessité,
Travail facile ou besogne très dure
N'a de valeur qu'en son utilité.

III. On rêve amour au-delà des frontières,
On rêve amour aussi de ton côté,
On rêve amour dans les nations entières,
L'erreur fait place à la réalité.
Oui la patrie est une baliverne,
Un sentiment doublé de lâcheté,
Ne reste pas de la viande à caserne,
Petit soldat, mieux te vaut déserter.

IV. Tous tes élus fous-les à la potence,
Lorsque l'on souffre on doit savoir châtier,
Leurs électeurs fouaille-les d'importance,
Envers aucun il ne faut de pitié.
Eloigne-toi de toute politique,
Dans une loi ne vois qu'un châtiment,
Car ton bonheur n'est pas problématique,
Pour vivre heureux, Homme, vis librement.

V. Quand ta pensée invoque ta confiance,
Avec la science il faut te concilier,
C'est le savoir qui forge la conscience,
L'être ignorant est un irrégulier.
Si l'énergie indique un caractère,
La discussion en dit la qualité,
Entends, réponds, mais ne sois pas sectaire,
Ton avenir est dans la vérité.

VI. Place pour tous au banquet de la vie,
Notre appétit, seul, peut se limiter,
Que pour chacun la table soit servie,
Le ventre plein, l'homme peut discuter.
Que la nitro comme la dynamite
Soient là, pendant qu'on discute raison,
S'il est besoin, renversons la marmite,
Mais de nos maux, hâtons la guérison !

Chanson de Charles d'AVRAY.

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LES CANUTS

I. Pour chanter "Veni Creator"
Il faut avoir chasuble d'or
Nous en tissons pour vous gens de l'Eglise
Et nous pauvres canuts n'avons pas de chemises.

C'est nous les canuts
Nous allons tout nus.

II. Pour gouverner il faut avoir
Manteaux et rubans en sautoir
Nous en tissons pour vous grands de la terre
Et nous pauvres canuts sans draps on nous enterre.

III. Mais notre règne arrivera
Quand votre règne finira
Nous tisserons le linceul du vieux monde
Car on entend déjà la révolte qui gronde.

C'est nous les canuts
Nous n'irons plus tout nus !


Paroles et musique d'Aristide BRUANT.
Cette chanson exalte la misère et la révolte des ouvriers tisserands lyonnais, les canuts,
ceux dont les grandes luttes des années 1830-1834 inaugurèrent l'organisation
et la lutte de la classe ouvrière française naissante.

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LES CONSCRITS

Allons, enfants des prolétaires,
On nous appelle au régiment ;
Ou veut nous faire militaires
Pour servir le gouvernement.
Nos pères furent très dociles
A des règlements incompris !
Nous, nous serons moins imbéciles,
Les insoumis (bis),

On nous dit d'avoir de la haine
Pour les Germains envahisseurs,
De tirer Alsace et Lorraine
D'entre les mains des oppresseurs ;
Que nous font les luttes guerrières
Des affameurs de tous pays ?
Nous ne voulons plus de frontières,
Les insoumis (bis),

On nous parle en vain de patrie,
Nous aimons les peuples divers ;
Nous allons porter l'Anarchie
Sur tous les points de l'Univers.
Au jour de la lutte finale,
Les réfractaires, tous unis,
Feront l'Internationale.
Des insoumis (bis),

Spoliés, par la Bourgeoisie,
De nos produits, de tous nos biens,
Elle veut, suprême ironie,
Que nous en soyons les gardiens.
Le soldat est sa sauvegarde,
Elle le paye de mépris.
Nous ne sommes pas chiens de garde,
Les insoumis (bis)

Quand nous allons dans les casernes,
Où l'on cherche à nous abrutir
Avec un tas de balivernes
Auxquelles il faut obéir,
Parlant de Grève générale
A tous les frères endormis,
Nous préparons la Sociale,
Les insoumis (bis),

Les soldats répriment la grève
Et font du tort aux travailleurs,
Et, quand le peuple se soulève,
On en fait de bons fusilleurs ;
Nous devons leur faire comprendre
La sottise qu'ils ont commis...
Ils passeront, sans plus attendre,
Aux insoumis (bis)


Si les Bourgeois font la Revanche,
Ce jour, les peuples révoltés
S'élanceront en avalanche :
Les Bourgeois seront emportés.
Si le soldat est notre frère,
Les gradés sont nos ennemis,
Car ils ont déclaré la guerre
Aux insoumis (bis).

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LES FAYOTS

Mon petit gars vois tu là bas ce beau bateau
Tout peints frais et immobile sur l'eau
On y trime et on y pleure
On y rage et on y meurt
C'est l'empire des fayots

Refrain :
C'est de la faute aux fayots
Si on est mal sur les bateaux
Ha fayot fayot fayot
Tu nous fais gonfler la peau
Pas moyen de les digerer les petits pois
En France il faut esperer
qu'on finira d'en bouffer
Des sales fayots

L'entrepont rempli de punaises et de cafards
Fait trembler la marine française tous les soirs
On passe son temps en prison grand gamelle petite ration
aux puces punaises et morpions comme aux cochons

Refrain

Quand après avoir trimé, Jean Le Gouin
Croit pouvoir à terre pouvoir s'amuser un brin
Il reçoit comme permission le droit de monter la faction
Pendant que les officiers vont festoyer


Refrain

A Toulon y a des gonzesses pas d'erreur
Qui n'ont ni tetons ni fesses, pas de chaleur
Elles ont des gueules comme des veaux

Et les pieds comme des chameaux
Ce sont les femmes de tous ces maudits fayots

Refrain

En mer Noire par centaines, les "Jean Le Gouin"
Ont remplis leur devoir d'homme c'est très bien
Et ça nous fait esperer que sur tous on pourra compter
Quand il faudra culbuter tous les gradés

Refrain

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LES PAVÉS

Ce sont des amis eprouvés
Crions tous vive les pavés
Ce sont des amis eprouvés
Crions tous vive les pavés

Loin d'être dans les retrogrades
Les pavés sans ditinction
C'est prouvé par les barricades
Etaient dans l'opposition

Ce sont des amis eprouvés
Crions tous vive les pavés

A leur terme rendons grace
Ce sont eux qui nous ont sauvés
Tous contre une odieuse race
Avec nous ils se sont levés

Ce sont des amis eprouvés
Crions tous vive les pavés

Leur eloquence est de nature
à faire de l'impression
Nos mouchards ont la tête dure
Mais ils ont senti la raison

Ce sont des amis eprouvés
Crions tous vive les pavés

Chacun a saisi sans interprete
Leur solide raisonnement
On ne peut que baisser la tête
Devant de pareils arguments

Ce sont des amis eprouvés
Crions tous vive les pavés

Et pourtant l'oublieuse foule
Les traite avec indignité
Et chaque jour aux pied foule
Ces sauveurs de la liberté

Ce sont des amis eprouvés
Crions tous vive les pavés

Et par eux au moins a permis
Liberté tu ne laissera
De refuge à la tyrannie
Au lieu où l'on ne parle pas

Ce sont des amis eprouvés
Crions tous vive les pavés
Ce sont des amis eprouvés
Crions tous vive les pavés

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L'EXPULSION

I. On n'en finira donc jamais
Avec tous ces nom de dieu d'princes !
Faudrait qu'on les expulserait
Et l'sang du peuple il crie vingince !
Pourquoi qu'ils ont des trains royaux,
Qu'ils éclaboussent avec leur lusque
Les conseillers ménicipaux
Qui peut pas s'payer des bell' frusques ?

II. D'abord les d'Orléans, pourquoi
Qu'il marie pas ses fill' en France,
Avec un bon vieux zigue comm' moi
Au lieu du citoyen Bragance ?
C'est-il ça d'la fraternité ?
C'est-il ça d'la délicatesse ?
On leur donn' l'hospitalité,
Qu'ils nous foutent au moins leurs gonzesses !

III. Bragance, on l'connaît c't' oiseau-là.
Faut-il qu'son orgueil soy' profonde
Pour s'êt' foutu un nom comm' ça !
Peut donc pas s'app'ler comm' tout l'monde ?
Pourquoi qu'il nage dans les millions
Quand nous aut' nous sons dans la dèche ?
Faut qu'on l'expulse aussi... Mais non,
Il est en Espagne, y a pas mèche !

IV. Ensuit' y a les Napoléon,
Des muff' qu'a toujours la colique
Et qui fait dans ses pantalons
Pour embêter la République !
Plonplon ! Si tu réclam' encore,
On va t' fair' passer la frontière.
Faut pas non plus rater Victor,
Il est plus cannaill' que son père !

V. Moi j'vas vous dire la vérité :
Les princ' il est capitalisse
Et l' travailleur est exploité,
C'est ça la mort du socialisse.
Ah ! Si l'on écoutait Basly,
On confisquerait leur galette,
Avec quoi qu' l'anarchisse aussi
Il pourrait s'flanquer des noces chouettes !

VI. Les princes c'est pas tout : Plus d' curés,
Plus d' gendarmes, plus d' mélétaires,
Plus d' richards à lambris dorés
Qui boit la sueur du prolétaire.
Qu'on expulse aussi Léon Say,
Pour que l' mineur il s'affranchisse.
Enfin, qu' tout l'monde soye expulsé :
Il rest'ra plus qu' les anarchisses !


Paroles de Mac Nab. Musique de Camille BARON.


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L'INTERNATIONALE

Refrain : C'est la lutte finale !
Groupons-nous et demain,
L'Internationale
Sera le genre humain !

I. Debout ! les damnés de la terre !
Debout ! les forçats de la faim !
La raison tonne en son cratère :
C'est l'éruption de la fin.
Du passé, faisons table rase,
Foule esclave, debout ! Debout !
Le monde va changer de base :
Nous ne sommes rien, soyons tout !

II. Il n'est pas de sauveur suprême,
Ni dieu, ni césar, ni tribun ;
Producteurs sauvons-nous nous-mêmes !
Décrétons le salut commun !
Pour que le voleur rende gorge,
Pour tirer l'esprit du cachot,
Soufflons nous-mêmes notre forge,
Battons le fer quand il est chaud !

III. Hideux dans leur apothéose,
Les rois de la mine et du rail
Ont-ils jamais fait autre chose,
Que dévaliser le travail ?
Dans les coffres-forts de la bande
Ce qu'il a créé s'est fondu,
En réclamant qu'on le lui rende,
Le peuple ne veut que son dû.

IV. L'Etat opprime et la loi triche,
L'impôt saigne le malheureux ;
Nul devoir ne s'impose aux riches
Le droit du pauvre est un mot creux.
C'est assez languir en tutelle,
L'Egalité veut d'autres lois :
"Pas de droits sans devoir" dit-elle,
"Egaux, pas de devoirs sans droits" !

V. Les rois nous saoulaient de fumées,
Paix entre nous, guerre aux tyrans !
Appliquons la grève aux armées,
Crosse en l'air et rompons les rangs !
S'ils s'obstinent ces cannibales
A faire de nous des héros,
Ils sauront que nos balles
Sont pour nos propres généraux.

VI. Ouvriers, paysans, nous sommes
Le grand parti des travailleurs ;
La terre n'appartient qu'aux hommes,
L'oisif ira loger ailleurs.
Combien de nos chairs se repaissent,
Mais si les corbeaux, les vautours,
Un de ces matins disparaissent,
Le soleil brillera toujours !

Eugène POTTIER a écrit ce poème en juin 1871, en pleine répression versaillaise.
Il fut mis en musique en 1888 par l'ouvrier lillois Pierre DEGEYTER.

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L'INTERNATIONALE NOIRE

Debout les damnés de la terre !
Les despotes épouvantés
Sentant sous leurs pas un cratère,
Au passé se sont acculés.
Leur ligue folle et meurtrière
Voudrait à l'horizon vermeil
Eteindre l'ardente lumière
Que verse le nouveau soleil,

Refrain

Debout, debout, les damnés de la terre !
Ceux qu'on écrase en les charniers humains,
Debout, debout, les forçats de misère !
Unissons-nous, Latins, Slaves, Germains.

Que la troisième République
Se prostitue au tsar pendeur ;
Qu'une foule extralunatique
Adore l'exterminateur !
Puisqu'il faut que tout disparaisse,
Peu nous importe ! C'est la fin,
Partout les peuples en détresse
S'éveillent se donnant la main,

Bons bourgeois que César vous garde,
César aux grands ou petits bras :
Pape, République batarde ;
les tocsins sonnent votre glas
Rois de l'or hideux et féroces.
Les fiancés que vous tuez
Demain auront de rouges noces.
Tocsins, tocsins, sonnez, sonnez.

Les potentats veulent la guerre
Afin d'égorger leurs troupeaux :
Pour cimenter chaque frontière
Comme on consacrait les tombeaux.
Mais il vient le temps d'Anarchie
Où, dans l'immense apaisement,
Loups de France et de Sibérie,
Loups humains jeûneront de sang,

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PLUS DE PATRON

J'suis républicain socialisse,
Compagnon, radical ultra,
Revolutionnaire, anarchisse,
Eq' coetera... Eq' coetera...
Aussi j'vas ans tous les métingues,
jamais je n'rate un' réunion,
Et j'pass' mon temps chez les mann'zingues
Ousqu'on prêch' a révolution.

C'est vrai que j'comprends pas grand'chose
A tout c'qu'y dis'nt les orateurs,
Mais j'sais qu'i's parl'nt pour la bonne cause
Et qu'i's tap'nt su' les exploiteurs.
Pourvu qu'on chine l'ministère,
Quon engueule d'Aumale et Totor
Et qu'on parl' de fout' tout par terre! ..
J'applaudis d'achar et d'autor.

C'est d'un' simplicité biblique
D'abord faut pus d'gouvernement,
Pis faut pus non pus d'République,
Pus d'Sénat et pus d'Parlement,
Pus d'salauds qui vit à sa guise,
Pendant qu'nous ont un mal de chien...
Pus d'lois, pus d'armé', pus d'église,
Faut pus d'tout ça... faut pus de rien !

Alors c'est nous qui s'ra les maîtres,
C'est nous qui f'ra c'que nous voudrons,
Y'aura pus d'chefs, pus d'contremaîtres,
pus d'directeurs et pus d'patrons !
Minc' qu'on pourra tirer sa flemme,
On f'ra tous les jours el' lundi !
Oui... mais si n'y a pus d'latronspéme,
Qui qui f'ra la paye l'sam'di ?

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RAVACHOLE

Malgrès le droit contre toute injustice
Ils ont dressé le sinistre echaffaud
Elle est debout la sanglante machine
Et l'on attend que la main des bourreaux
Vienne trancher la sublime existence
Du compagnon que nous pleurons tout bas
Le Ravachol qui sourit en avance
En les narguant gaiement va au trépa

Refrain :
De Montbrison gardons la souvenance
Il est tombé martyre de nos idées
Le jour viendra nous avons l'esperance
Oui Ravachol nous saurons te venger
Oui Ravachol nous saurons te venger

Ils étaient là pour accomplir leur crime
Les descendants des bandits versaillais
Pales et tremblants à la face jaunie
A Montbrison commentant leur forfait
Je te salue ho compagnon sublime
Qui fit trembler les tyrans aux abois
Ton souvenir reste dans nos poitrines
Ton nom gravé en lettre de combat

Refrain

Sur ton tombeau que le vent de la guerre
Souffle terrible, que les clameurs du sang
Face surgir devant leur yeux austeres
En l'evoquant nous serrerons nos rangs
Brisons partout leur pouvoir despotique
Les assassins par nous seront (?)
A l'avenir nous prendrons pour devise
Vive Ravachol et vive l'Anarchie

Refrain


RÉVOLTE

Nous sommes les persecutés
De tous les temps et de toutes les races
Toujours nous fumes exploités
par les tyrans et les rapaces
Mais nous ne voulons plus flechir
Sous le joug qui courba nos peres
Car nous voulons nous affranchir
de ceux qui causent nos miseres

Refrain : Eglise, Parlement, Capitalisme, Etat, Magistrature
Patrons et Gouvernants, liberons nous de cette pourriture
Pressant est notre appel, donnons l'assaut au monde autoritaire
Et d'un coeur fratenel nous realiserons l'ideal libertaire

Ouvrier ou bien paysan
Travailleur de la terre ou de l'usine
Nous sommes dès nos jeune ans
Reduits aux labeurs qui nous minent
D'un bout du monde à l'autre bout
C'est nous qui creons l'abondance
C'est nous tous qui produisons tout
Et nous vivons dans l'indigence

Refrain

L'Etat nous ecrase d'impots
Il faut payer ses juges, sa flicaille
Et si nous protestons trop haut
Au nom de l'ordre on nous mitraille
Les maitres ont changés 100 fois
C'est le jeu de la politique
Quelques soit ceux qui font les lois
C'est bien toujours la même clique

Refrain

Pour defendre les interets
Des flibustiers de la grande industrie
On nous ordonne d'etre prets
A mourrir pour notre patrie
Nous ne possedons rien de rien
Nous avons horreur de la guerre
Voleurs, defendez votre bien
Ce n'est pas à nous de le faire

Refrain

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REVOLUTION

Refrain : Révolution ! Pour que la terre
Soit un jour égalitaire !
Révolution ! Pour renverser
Tout ce qui peut nous oppresser !
Révolution ! Pour que les sciences
En paix nous donnent leurs jouissances !
Par la raison et par l'action,
Debout ! Partout, Révolution !

I. Révoltez-vous ! parias des usines,
Revendiquez le fruit de vos travaux.
Emparez vous des outils, des machines,
Comme à la peine, au gain soyez égaux.
C'est par vos bras, vos cerveaux qui fatiguent,
Que le bonheur ici bas se résoud.
Ne criez plus contre ceux qui l'endiguent.
Brisez la digue, il s'étendra partout.

II. Révoltez-vous ! Paysans débonnaires,
Pour cette terre où vous prenez vos biens ;
Ne soyez plus au progrès réfractaires,
Pour vous, pour nous, soyez-en les gardiens.
Défrichez-la de ceux qui l'accaparent,
La terre doit n'être qu'aux travailleurs.
Que les sans-pain du monde s'en emparent ;
A nos efforts unissez vos labeurs.

III. Révoltez-vous ! Les soldatesques masses,
Du chauvinisme abbatez les champions,
Ne soyez plus la désunion des races
Où, dans le sang, crouleront les nations.
Réflechissez qu'en marchant dans les grèves
Vous combattez ceux qui luttent pour vous,
Ne soyez plus victimes de vos glaives,
La crosse en l'air ! Frères, venez à nous !

IV. Révoltez-vous ! Les amantes, les mères,
Ne soyez plus de la chair à plaisir,
N'enfantez plus d'avortons mercenaires,
C'est de l'enfant que dépend l'avenir ;
L'homme n'est pas ici-bas votre maître,
Nul n'a le droit de s'imposer d'ailleurs ;
Libres soyez, mais surtout restez l'être
Qui sait aimer, qui nous rendra meilleurs.

V. Révoltez-vous ! Inconscients crédules,
Quittez la nuit où vous plongent les dieux,
Pour éviter leurs noires tentacules
A nos flambeaux désabusez vos yeux.
La vérité doit vaincre le mensonge,
Dans son grand livre apprenez tour à tour ;
Quand vous saurez, votre néfaste songe
disparaîtra, faisant place à l'amour.

VI. Révoltez-vous ! Enfin, tous ceux qui peinent,
Tous les volés, tous les déshérités,
Unissez-vous pour que les peuples prennent
Les droits, les biens qui leur sont contestés.
Si toujours grands les maîtres vous paraissent,
C'est qu'à genoux vous servez les tyrans,
C'est que la peur et l'erreur vous abaissent,
Relevez-vous, vous serez les plus grands !

Paroles et musique de R. GUERARD.

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SANTE CASIERO

Lavoratori a voi diretto è il canto
di questa mia canzon che sa di pianto
e che ricorda un baldo giovin forte
che per amor di voi sfidò la morte.
A te Caserio ardea nella pupilla
delle vendette umane la scintilla
ed allla plebe che lavora e geme
donasti ogni tuo affetto ogni tua speme.

Eri nello splendore della vita
e non vedesti che lotta infinita
la notte dei dolori e della fame
che incombe sull'immenso uman carname.
E ti levasti in atto di dolore
d'ignoti strazi altier vendicatore
e ti avventasti tu si buono e mite
a scuoter l'alme schiave ed avvilite.

Tremarono i potenti all'atto fiero
e nuove insidie tesero al pensiero
ma il popolo a cui l'anima donasti
non ti comprese eppur tu non piegasti.
E i tuoi vent'anni una feral mattina
gettasti al vento dalla ghigliottina
e al mondo vil la tua grand' alma pia
alto gridando viva l'Anarchia.

Ma il dì s'appressa bel ghigliottinato
che il nome tuo verrà purificato
quando sacre saran le vita umane
e diritto d'ognun la scienza e il pane.
Dormi Caserio entro la fredda terra
donde ruggire udrai la final guerra
la gran battaglia contro gli oppressori
la pugna tra sfruttati e sfruttatori.

Voi che la vita e l'avvenir fatale
offriste sull'altar dell'ideale
o falangi di morti sul lavoro
vittime dell'altrui ozio e dell'oro.
Martiri ignoti o schiera benedetta
già spunta il giorno della gran vendetta
della giustizia già si leva il sole
il popolo tiranni più non vuole.

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LES IRRESPONSABLES

A Léopold LACOUR,

Nombreux comme les grains des sables,
Le nom du maître sur la peau,
Regardez les irresponsables
Passer, là-bas, comme un troupeau.
Dans cette foule, pêle-mêle,
Le bœuf mugit pour son boucher,
Le mouton naïf saute et bêle
Pour le fer qui va l'écorcher.

Marche, bon troupeau, marche !
Au césarisme sers de marche.
Pauvres bestiaux, sans le savoir.
Allez, sans entendre et sans voir,
A l'abattoir! (Bis.)

Va, bœuf stupide, avance et beugle,
Sans voir l'arme dans le fourreau.
Va-t'en vers la mort, pauvre aveugle,
Conduit par le chien du bourreau.
Vieux laboureur de la prairie,
Ami paisible du semeur,
Là-bas, ce n'est pas l'écurie,
Mais le marteau de l'assommeur.

Marche, bon troupeau, marche !
Au césarisme sers de marche.
Pauvres bestiaux, sans le savoir.
Allez, sans entendre et sans voir,
A l'abattoir! (Bis.)

Marche, naïf mouton champêtre ;
Va donner ton sang au pressoir.
Les prés sanglants où tu vas paître,
C'est le pavé de l'échaudoir,
Saute et bêle, plein d'allégresse ;
Mais prends bien garde à ton berger ;
Car si ton maître te caresse,
C'est afin de mieux te manger.

Marche, bon troupeau, marche !
Au césarisme sers de marche.
Pauvres bestiaux, sans le savoir.
Allez, sans entendre et sans voir,
A l'abattoir! (Bis.)

Avancez tous, gogos stupides,
Bêtes en quête d'un licou.
Sous l'aiguillon, allez, rapides,
A l'égorgeur tendre le cou.
Mais ne te plains plus, quand tu bouges.
Peuple qui fais des dictateurs,
Si ton César a les mains rouges
Du sang de tous ses électeurs !

Marche, bon troupeau, marche !
Au césarisme sers de marche.
Pauvres bestiaux, sans le savoir.
Allez, sans entendre et sans voir,
A l'abattoir! (Bis.)

17 avril 1888.


LES RESPONSABLES

Les députés renégats,
Les vendus, ex-pamphlétaires,
Les morveux et les gagas,
Prenez garde aux prolétaires !

On les exécutera,
Messieurs les plébiscitaires ;
On les exécutera,
Quand la Rouge reviendra.

Courtisans des ouvriers,
Ralliés aux militaires,
Tous, sur le volet triés,
Vos corps fumeront nos terres.

On les exécutera,
Messieurs les plébiscitaires ;
On les exécutera,
Quand la Rouge reviendra.

Parjure prônant si fort
les soldats autoritaires,
Ton pantalon, Rochefort,
Verra de drôles d'affaires.

On les exécutera,
Messieurs les plébiscitaires ;
On les exécutera,
Quand la Rouge reviendra.

Piètre avocat fanfaron
Qui rêves d'un tas d' ministéres,
Laguerr', nos fusils t'feront
L'effet de plusieurs clystères.

On les exécutera,
Messieurs les plébiscitaires ;
On les exécutera,
Quand la Rouge reviendra.

Quand, à Vergoin sans cercueil,
Les herb's tiendront lieu de suaires,
Mademoisell' de Sombreuil
D'son sang pourra boir' deux verres.

On les exécutera,
Messieurs les plébiscitaires ;
On les exécutera,
Quand la Rouge reviendra.

Laur, Mich'lin, Le Hérissé,
Infidèles mandataires.
Auront le front hérissé,
Quand s'réveill'ront les colères,

On les exécutera,
Mcssicurs les plébiscitaires ;
On les exécutera,
Quand la Rouge reviendra.

Tas de bandits triomphants,
Profitez d'vos jours prospères ;
Car, tôt ou tard, les enfants
Feront ce qu'ont fait leurs pères.

On les exécutera
Messieurs les Plébiscitaires ;
On les exécutera,
Quand la Rouge reviendra.

18 avril 1888


LA MARSEILLAISE DES PROSTITUÉES

Pauvres filles dont les coeurs saignent
D'amour pour le nouveau César,
Que les circonstances contraignent
A fermer, quelques jours, bazar (bis)
Consacrons, humbles volontaires,
Au triomphe de Boulanger,
Le repos, helas ! passager,
Auquel nous forcent les affaires.

Aux armes ! les catins! Formez vos bataillons !
Marchons (bis) ! qu'un sang impur abreuve nos sillons

Dans les dangers et les bagarres,
Sans peur on nous verra courir.
Pour le Bonaparte des gares,
Nous saurons combattre et mourir (bis) !
Vergoin, protégeant nos derrières,
En voyant ce sang couler,
Sur la pince viendra gueuler :
«Horreur ! On égorge nos frères !

Aux armes ! lLes catins ! Formez vos bataillons !
Marchons (bis)! qu'un sang impur abreuve nos sillons !

Boulange, entrant dans la carrière,
Quand l'ennemi sera battu,
Retrouvera, dans la poussière.
les traces de notre vertu (bis) !
Trônant dans son apothéose,
Il ne pourra pas contester,
Que nous avons, sans hésiter,
Versé notrc sang pour la cause.

Aux armes ! les catins ! Formez vos bataillons !
Marchons (bis) ! qu'un sang impur abreuve nos sillons !

Tribuns, écrivains, bandagistes,
Sous notre toit hospitalier,
Que, désormais, les boulangistes
Entrent, sans bourse délier (bis) !
Mais, sous peine de forfaiture,
Égorgeons tous les scélérats
Qui viennent, jusque dans nos draps,
Crier: «A bas la dictature !»

Aux armes ! les catins! Formez vos bataillonsl
Marchons (bis) ! qu'un sang impur abreuve nos sillons !

21 avril 1888



LE GRATTE-CUL

La seule fleur qui vous convienne,
Ligeulards, qu'il vous en souvienne,
Ce n'est pas le sanglant oeillet,
Emblème des farouches meutes
Qu'on voit bondir les jours d'émeutes
Sous l'ardent soleil de juillet.
Ce qu'il vous faut, c'est la fleur bête
Des valets aimant la courbette
Et léchant le ... dos au patron;
La fleur des villes multitudes
Prêtes aux lâches servitudes,
Adoratrices d'un étron;
Croyez moi, bêtes moutonnières,
Enlevez, de vos boutonnières,
Où devrait briller un écu,
Cette couleur républicaine:
La seule fleur qui vous convienne,
Courtisans, c'est le gratte-cul!

29 novembre 1888



VICTIME DU TRAVAIL


A mon ami A. Oskolowicz

Sur un toit que le soleil brûle,
Des moineaux effrayant le vol,
Le couvreur, comme un somnambule,
Marche, à soixante pieds du sol.
Tout à coup son cerveau s'embrase;
Il chancelle, crève un vitrail;
En bas son pauvre corps s'écrase:
Victime du travail.

Sur la voie où vient le train-poste,
Un enfant marche; l'aiguilleur,
Sans hésiter, quittant son poste,
Le sauve et tombe au champ d'honneur.
La machine brûlant l'espace,
L'accroche et l'étend sur le rail...
Comme un tonnerre le train passe:
Victime du travail.

Esclave couché sous la terre,
Mort vivant creusant son tombeau,
Le mineur, héros solitaire,
Pioche, à son côté de son flambeau.
Tout à coup, ébranlant la mine,
Le grisou, sombre épouvantail,
Vient par derrière et l'assassine:
Victime du travail.

Pauvres débris sans nécropole,
Noirs restes d'un peuple martyr,
Le bourgeois grade son obole
Pour les victimes du plaisir.
Devant ces morts-là, la Fortune
Passe, agitant son éventail:
"Pourquoi s'affliger?... ce n'est qu'une
Victime du travail!..."

Héros inconnus de l'usine,
Pauvres broyés de l'atelier,
Humbles étouffés de la mine,
On parle de vous au foyer.
Laissez l'ignoble bourgeoisie,
Pour ses morts dresser un portail.
Le vrai peuple vous glorifie,
Victimes du travail !

7 juin 1887



L'ÉVANGILE DU PATRON
(Extrait des Cantiques du Capital, par M. Tolain)

Air : Jamais tu n'en pourras trop faire.

A mon ami Corréard

Honnête ouvrier de fabriques,
Sois toujours humble et toujours bon;
Le travailleur mange des briques;
Le patron suce du bonbon.
Pour l'aimer, pour le satisfaire,
Redouble d'efforts empressés:
bis:
Jamais tu n'en pourras trop faire
Tu n'en feras jamais assez!

Pauvre ouvrier en redingote,
Que l'État traite en vrai bourreau,
Pour ne pas que l'on te dégote,
Trime pour ton chef de bureau.
Par son travail du ministère,
Le pauvre homme a les reins cassés
bis:
Jamais tu n'en pourras trop faire,
Tu n'en feras jamais assez !

Toi qui déjeune sans vaisselle,
Avec du pain noir pour gâteau,
Dans la pleine ou sur le coteau.
Bon moissonneur, pousse une selle,
Ton maître y trouve son affaire:
Ses terrains en sont engraissés:
bis
Jamais tu n'en pourras trop faire,
Tu n'en feras jamais assez !

20 décembre 1886.


BALLADE DES VIEUX ALMANACHS
Chanson de fin d'année

A Jean Salis

Mais où sont les neiges d'antan ?
François Villon
Où tombent-elles, les années
Que, sur terre, sème le Temps?...
Où s'en vont les roses fanées,
Les automnes et les printemps?.,.
Où s'envolent les feuilles sèches,
Les billets bleus des anciens krachs?...
Crânes chauves, où sont vos mèches ?...
Mais où sont les vieux almanachs ?...

Où gisent, beauté délicate,
Tes jolis yeux, ton petit nez ?...
Où sont les pieds des culs-de-jatte ?...
Les têtes des guillotinès ?...
Gros éléphants morts centenaires,
Où sont vos trompes, vos cornacs ?...
Dieux déchus, où sont vos tonnerres ?...
Mais où sont les vieux almanachs ?

Petit Thiers, où sont tes lunettes ?....
Bonaparte, où sont tes chapeaux ?...
Matelots, où sont vos dunettes ?...
Soldats, où gisent vos drapeaux?...
Gourmands défunts, où sont vos tripes ?...
Fumeurs, où sont-ils vos tabacs,
Vos cigarettes et vos pipes ?...
Mais où sont les vieux almenachs ?...

Ici-bas, tout lasse et tout passe,
La mer, la rue ou la forêt,
Comme l'étoile dans l'espace,
Un siècle file et disparaît.
Ouvriers, généraux, évèques,
Caron, nous irons, sur tes bacs,
Dans l'oubli des calendes grecques.
Rejoindre les vieux almanachs.

31 décembre 1888



TOUT A L'ÉGOUT !

A Édouard Norès

«Tout à l'égout !» c'est la devise
De l'éternel Monsieur Alphand.
C'est là le but auquel il vise
Et que, sans répit, il défend.
Brodant à l'envi sur ce thème,
Il dépense tout son bagout,
Pour faire adopter son système :
Tout à l'égout !

Ce système simple, j'avoue
Que j'en suis assez partisan :
Notre époque, à l'égout, se voue ;
C'est le Panthéon d'à présent.
Notre temps trouve à l'infamie
Un irrésistible ragout.
L'infection est son amie :
Tout à l'égout !

A l'égout ! l'impeccable juge,
L'inattaquable magistrat,
Offrant sa robe pour refuge
A la terreur d'un scélérat
L'ex-président de République,
A l'Élysée, en vrai grigou,
Faisant de l'usure publique,
Tout à l'égout !

A l'égout ! toutes ces crapules,
Du peuple hypocrites amis;
Élus, reniant, sans scrupules,
Ce que, jadis, ils ont promis !
A l'égout ! ce monde fossile,
Du mort ayant déjà le goût,
Traînant sa vieillesse imbecile :
Tout à l'égout!

Un jour l'orage populaire
Viendra fondre sur les pavés.
Par les bras du peuple en colère,
Tous les faubourgs seront lavés,
Poussant des biceps et du buste,
Il enverra, plein de degoût,
D'un seul coup de balai robuste,
Tout à l'égout !

24 janvier 1888



LOUISE MICHEL

A Louis Montégut

Louise, c'est l'impersonnelle
Image du renoncement.
Le «moi» n'existe plus en elle ;
Son être est tout au dévouement.
Pour ce cœur vaste et secourable,
Ivre de solidarité,
Le seul air qui soit respirable,
C'est l'amour de l'Humanité.

On la condamne: elle défie
Son juge, féroce et pourri.
Qu'importe, à qui se sacrifie
Le poteau noir de Satory?
A ses bourreaux, près de la tombe,
Elle parle fraternité.
Que lui fait la mort ? Elle tombe,
Pour l'amour de l'Humanité.

On la déporte: Elle ne souffre
Que pour ceux, près d'elle blottis :
Combien doit pleurer, dans ce gouffre,
Le père, éloigné des petits !
Captive auguste, elle ne pense,
Qu'aux frères en captivité.
Leurs blessures, elle les panse,
Pour l'amour de l'Humanité.

On l'amnistie : elle se lève
Et revient, le front calme et doux.
Grave et lente, sa voix s'élève
Et son cœur parle parmi nous.
De son repos faisant litière,
Bravant le pouvoir irrité,
Elle se donne tout entière,
Pour l'amour de l'Humanité.

On l'emprisonne: Comme au bagne,
Elle règne par la douceur,
La proxénète est sa compagne ;
La prostituée est sa sœur ;
De la voleuse elle est complice ;
Aux froides sœurs de charité
Elle parle de la Justice,
Pour l'amour de l'Humanité.

Une brute, sur elle tire
(Bien mieux qu'Aubertin sur Ferry)
Mais, loin de poser au martyre,
Elle s'arrête, puis sourit:
«C'est à moi ! Qu'on me l'abandonne !»
Dit-elle, «qu'il soit acquitté !
Il s'est trompé ; je lui pardonne,
Pour l'amour de l'Humanité.»

Plus d'un la traite, en vrai Jocrisse,
D'«hystérique», journellement.
Crétins ! folle de sacrifice !
Hystérique de dévouement !
Écrivains aux longues-oreilles,
Jadis, Plutarque eût souhaité
Beaucoup d'héroïnes pareilles,
Pour l'honneur de l'Humanité !

26 janvier 1888.



HAUT-LE-CŒUR

A Clovis Hugues.

Air : On les guillotinera. (A. Potney)

«—Ma concierge sait cela.»
(Paroles de Clovis Hugues dans la discussion Wilson à la Chambre).

Parlement vil et traqueur,
Qui protèges les canailles,
La France a des haut-le-cœur ;
Faudra bien que tu t'en ailles.

Refrain :

On les déménagera
Messieurs les parlementaires ;
On les déménagera
Et le peuple applaudira.

Sur nos députés pourris.
Leurs parjures et leurs fugues,
Tout le monde est de l'avis
D'la «concierge à Clovis Hugues.»

(Au refrain.)

Modérés ou radicaux,
Se disant socialistes,
Tous ne sont que des fourneaux,
Des traîtres ou des fumistes.

(Au refrain.)

Soumis et fermant les yeux,
lls tendent tous leurs derrières
Aux coups de pied furieux
De Wilson et de Fallières.

(Au refrain,)

Pour vomir ces scélérats
Faut un remède énergique.
Par le haut ou par le bas
On nettoiera la boutique.

On les déménagera,
Messieurs les parlementaires ;
On les déménagera
Et le peuple applaudira !

5 février 1888.



LA CARMAGNOLE DES CORBEAUX

A Philippe Gilles

Noirs dans la neige les corbeaux (Bis.)
Attendent les morts sans tombeaux (Bis.)
En cercle se pressant
lls tournent croassant :
«— De partout à la ronde
Vive le son ! (Bis.)
La guerre approche et gronde.
Vive le son
Du canon !

Dansons la Carmagnole
Vive le son ! (Bis.)
Dansons la Carmagnole !
Vive le son
Du canon !

Les coteaux auront au beau temps (Bis.)
Moins de fleurs que de combattants (Bis.)
D'un sang jeune empourprés
Pour herbes les grands prés
Auront des baïonnettes
Vive le son ! (Bis.)
Adieu les alouettes !

Vive le son
Du canon !

Dansons la Carmagnole !
Etc., etc.

Les bois par les obus brisés (Bis.)
Seront sans oiseaux sens baisers (Bis)
Où l'amour roucoulait
Passera le boulet.
Sous les feuiles nouvelles,
Vive le son ! (Bis.)
Jailliront des cervelles !
Vive le son
Du canon !

Dansons la Carmagnole !
Etc., etc.

Dès l'aube, à l'abri des combats (Bis.)
Dans l'azur, loin des cris d'en bas (Bis.)
Au ciel formant des ronds,
Corbeaux, nous planerons.
Sans craindre la mitraille,
Vive le son ! (Bis.)
Nous verrons la bataille,
Vive le son
Du canon !

Dansons la Carmagnole !
Etc., etc.

Puis, le soir, lorsque les prés verts, (Bis.)
Dc cadavres seront couverts, (Bis.)
Graves, nous attendrons
L'ombre et nous descendrons
Sur le champ solitaire,
Vive le son ! (Bis.)
Manger les morts, par terre,
Vive le son
Du canon !

Dansons la Carmagnole !
Etc., etc

Nous leur mangerons, tout joyeux, (Bis.)
Le ventre, la tête et Ies yeux. (Bis.)
Corbeaux, tenons-nous préts
Pour le temps des cyprès.
Au loin, l'horizon bouge ;
Vive le son ! (Bis.)
Voici le Printemps Rouge!
Vive le son
Du canon !

Dansons la Carmagnole !
Vive le son! (Bis.)
Dansons la Carmagnole !
Vive le son
Du canon !»

8 février 1885.



LE CHARRETIER ET LE CHEVAL

A Armand Masson

Charretier brutal et féroce
Qui tapes sur ta maigre rosse,
Au lieu de lui faire du mal,
Aime plutôt l'humble animal.
Les mêmes tâches sont les vôtres ;
Tous deux, sans répit, pour les autres,
Vous travaillez dans le brancard :
Viande à patron, viande à Macquart.

Oui, pour ton cheval, sois plus tendre ;
Vous êtes faits pour vous entendre.
Lui, la rue est son atelier ;
Ta blouse, à toi, c'est ton collier.
Du même cuir on vous harnache ;
Du fardier où l'on vous attache,
Vous haletez dans le brancard :
Viande à patron, viande à Macquart.

Pendant votre triste existence,
Tous deux, vous trimez d'importance.
C'est ton compagnon, ton copain
Et son avoine vaut ton pain.
Tes cheveux, comme sa crinière,
Blanchissent en la même ornière.
Vous vieillissez dans le brancard :
Viande à patron, viande à Macquart.

Quand vous succombez à la tâche,
Sous les yeux de la foule lâche,
Vos corps, de misère crevés,
Fraternisent sur les pavés.
On vous decoupe, ou l'on vous scie :
L'équarrissage, ou l'autopsie,
Quand vous tombez dans le brancard :
Viande à patron, viande à Macquart.

6 mars 1888



LES FONCTIONNAIRES
A Adolphe Bonnet,
«Sans sortir de la métropole, il est facile de constater combien le fonctionnariat s'est developpé et se développe de jour en jour, avec ses exigences, son autoritarisme mesquin, son impertinence aussi traditionnelle que son inutilité, dans la plupart des cas.»
John Labusquière, Cri du Peuple d'hier).


Monsieur, avant de se coucher,
A la lueur d'une chandelle,
Féroce, est en train de chercher
L'insecte, au bois de lit fidèle.
Le fatal soufflet, braqué sur
Les coins, refuges ordinaires,
Il massacre, d'un coup d'œil sûr,
Des masses de fonctionnaires.

Madame, montrant ses appas,
Examine, pleine d'astuce,
Son corps blanc, où prend son repas,
Cynique, une invisible puce.
Elle inspecte chaque côté
Avec des airs peu débonnaires.
La coquette, sur sa beauté,
Fait la chasse aux fonctionnaires.

Bébé, dans ses beaux cheveux blonds,
Passe sa main douce et se gratte.
D'insaisissables bataillons
Marchent sur sa peau délicate.
Le môme, inquiet et nerveux,
Se plaint de ses «pensionnaires».
Dans l'épaisseur de ses cheveux,
S'engraissent des fonctionnaires.

11 février 1888.



LES OUVRIERS DE FRANCE

Air des: Pioupious d'Auvergne

A Jules Joffrin

Maigres prolétaires,
Modestes héros,
Gare aux militaires !
Aux «brav's généraux» !
L'fusil, la giberne
N'aim'nt pas les outils.
L' peuple, à la caserne,
N'eut jamais d'amis.

Quand, dans la ru', nous descendrons, tout blêmes,
Seuls, nous nous batt'rons ;
Chassant les patrons,
Dans les fournils, nous f'rons not' pain nous-mêmes
Et, pour le manger,
Nous nous pass'rons bien d' Boulanger,

De mêm' qu'il se cabre
D'vant les avocats,
Le peuple, du sabre,
N' fait non plus grand cas.
Tout ça, ça jacasse.
Sous différents noms ;
Faut d'abord qu'on casse,
La gueule aux canons.

Quand, dans la ru', nous descendrons, tout blêmes,
Seuls, nous nous batt'rons ;
Chassant les patrons,
Dans les fournils, nous f'rons not' pain nous-mêmes
Et, pour le manger,
Nous nous pass'rons bien d'Boulanger.

Amants d' I'épaulette
Et d' la corde au col,
Sachez-le, la bête,
Brisant son licol,
Malgré les épates
De Clermont-Ferrand,
N'veut plus, pour ses pattes,
D'maréchal-ferrant.

Quand, dans la ru', nous descendrons, tout blêmes
Seuls, nous nous batt'rons ;
Chassant les patrons,
Dans les fournils nous f'rons not' pain nous-mêmes
Et, pour le manger,
Nous nous pass'rons bien d'Boulanger.

7 avril 1888.



LA QUESTION DES CHIENS

Opinion de Bibi

A Toumine John
M'sieu Loze, not' préfet d'police,
Contre les cabots entre en lice.
Il paraîtrait que tous les maux
Nous vienn'nt de ces brav's animaux.
J'dis qu'il a tort de fair' des niches
A nos bons amis les caniches.
Y' a qué'qu'un qu'offre plus d' danger :
C'est l' brav'général Boulanger.

Les chiens, errant à l'aventure,
N'aspirent pas à la dictature.
Quelque temps qu'il fass', chaud ou frais,
lls ne voyag'nt pas à nos frais.
Ils ont un' conduit' polissonne ;
Mais, quoi, ça n' fait d'mal à personne.
Y' a qué'qu'un qu'on d'vrait attacher :
C'est l' brav' général Boulanger.

«Les chiens mord'nt», dit-on ; c'est un' craque :
I's n'mord'nt que c'lui qui les attaque,
Et puis, i's sont très rigolos,
Quand ils se dis'nt bonjour dans l'dos.
Leur voix, à tort' on la critique :
I's n'aboient pas d' la politique.
Y' a qué'qu'un qu'on devrait mus'ler :
C'est l'brav' général Boulanger.

La polic' les pig' par derrière,
Pour les conduire à la fourrière.
D'vant la rousse, i's sont nos égaux,
Car, leurs bêt's noir's c'est les sergots.
Au lieu de conduire à la chaîne,
Ces copains de la race humaine,
Y' a qué'qu'un qu'on devrait piger :
C'est l'braY' général Boulanger.

De pitié j' sens mon cœur se fendre,
Quant, comm' des bandits, j'les vois pendre.
S' passant d' cour d'assis's et d' jurés,
On les execut' sans curés.
L' bourreau, sans tambour ni trompette,
Leur-y serre la margoulette.
Y' a qué'qu'un qu'on d'vrait nettoyer:
C'est l' brav' général Boulanger.

12 juillet 1888.


LA BASTILLE

Air de : La ronde du Veau d'or, (Faust)

A Paulard.

La Bastille est toujours debout !
Sa grande ombre / S'étend, sombre, (Bis.)
D'un bout du monde à l'autre bout
Son nom infâme est l'Usine.
Les exploiteurs confondus,
Autour, dansent, éperdus,
Conduits par l'âpre lésine,
La ronde du Capital, (bis.)
Et l'argent mène le bal,
Mène le bal ;
Et l'argent mène le bal !
Mène le bal !

La Bastille est toujours debout !
Sa grande ombre / S'étend, sombre, (Bis.)
D'un bout du monde à l'autre bout.
Son nom féroce est l'Armée.
Autour d'elle, l'arme en main,
Les fléaux du genre humain
Dansent, parmi la fumée,
leur ronde, au rythme brutal, (bis.)
Et la mort mène le bal,
Mène le bal !
Et la mort mène le bal !
Mène le bal !

la Bastille est toujours debout !
Mais la ronde / Là bas, gronde (Bis.)
D'un bout du monde à l'autre bout.
Sinistres, les ventres vides,
Au lointain, au nom du Droit,
Farouches, montrent du doigt,
A leurs exploiteurs livides,
Le Waterloo social; (bis.)
Bourgeois, gare au dernier bal !
Au dernier bal !
Bourgeois, gare au dernier bal !
Au dernier bal !

14 juillet 1888



LA CHANSON DE LA GRÈVE

Air: C'est ta poire !

A Léopold Dauphin.

Effrontés marchands de nègres,
Bourgeois exploiteurs, patrons,
Qui faites nos ventres maigres
Pour que les vôtres soient ronds,
Nous vous chanterons sans trève,
A la barbe du sergot,

Oh ! oh ! oh ! oh !
C'est la grèv, la grèv', la grève !
C'est la grève qu'il nous faut !

Nous qui trimons sans relâche,
Ainsi que des animaux,
Sans gagner, à notre tâche,
De quoi nourrir les marmots ;
Nous qui n'avons que la fève,
Quand d'autres ont le gâteau,

Oh ! oh ! oh ! oh !
C'est la grév', la grèv', la grève !
C'est la grève qu'il nous faut !

Au nez des capitalistes,
Jetant nos outils brisés,
Déclarons, socialistes,
La guerre des bras croisés.
Que la montagne, à la grève,
Réponde, comme un écho:

Oh ! oh ! oh ! oh !
C'est la grèv', la grèv', la grève !
C'est la grève qu'il nous faut !

Déshérités de la plaine
Et de la rue, halte-là !
Esclaves, la coupe est pleine ;
Sur la terre brisons-la !
Qu'un seul cri partout s'élève,
De la ville ou du coteau :

Oh l oh ! oh ! oh !
C'est la grèv', la grèv', la grève !
C'est la grèv' qu'il nous faut !

8 août 1888.



CHANT DE GUERRE DES SERGOTS
Air: Le Midi bouge !

A Maxime Xissonne

En avant les sergots ! / Mieux qu'avec des flingots, (Bis.)
Chargeons la foule !
Dans tout Paris à seaux,
Que le sang coule
A même les ruisseaux !

Cognons !
Le drapeau bouge,
Noir et rouge !
Cognons !
Rangés en rangs d'ognons !

La Marianne est là ! Frappons-la, saignons-la ! (Bis)
Sus aux femelles,
Aux enfants en maillots !
Gare aux mamelles,
Aux ventres, aux boyaux !

Cognons !
Le drapeau bouge,
Noir et rouge !
Cognons !
Rangés en rangs d'ognons!

Topons, à qui mieux mieux ! / Sur les jeunes, les vieux.(Bis)
Saignons la bande,
Sans entendre et sans voir:
Le peuple est viande,
La rue est échaudoir !

Cognons !
le drapeau bouge,
Noir et rouge !
Cognons !
Ranges en rangs d'ognons !

16 août 1888.


LE COUCHER DU SOLEIL

Air: Combien j'ai douce souvenance (Chateaubriand.l

A Arthur Taire

De rubis ourlant les nuages,
Là-bas, là-bas, loin des rivages,
Dédaigneux du monde indécent
Des plages,
Dans la mer, l'astre incandescent
Descend.

De la terre on le voit qui bouge.
ll se laisse tomber, tout rouge.
Pour boire son sang, I'Océan,
Sa gouge,
L'attire en son gosier géant,
Béant.

C'est fini ; l'eau vient de le prendre.
L'embrasement se fait plus tendre.
Comme des charbons cachés sous
La cendre,
Les nuages ont des tons roux,
Très doux.

Se chargeant comme une palette,
et rose, et bleue et violette,
La vase, miroir transparent,
Reflète
Les feux de l'astre indifférent,
Mourant.

L'ombre enveloppe toute chose ;
Seule, sur l'Océan morose,
Une voile, là-bas, se teint
De rose.
Puis le couchant, flambeau lointain,
S'éteint.

Et maintenant c'est la nuit noire,
Les baigneurs, monde bassinoire,
Faisant, bien que bas de plafonds,
Leur poire ;
Les cocottes et leurs griffons
Bouffons,

La plage est pleine d'imbéciles,
Du Casino moutons dociles :
Vieux ramollis, jeunes aux troncs
Fossiles ;
Après les roses, les étrons.
—Rentrons !

Fouras, 2 septembre 1888.



MONSIEUR FERROUILLAT

Air de: Cadet-Rousselle.

A Forain.

Ferrouillat, ministre ingénu, (bis)
Professe la terreur du nu. (bis)
Ainsi que Joseph le pudique,
Devant Putiphar il abdique.
Ah ! ah ! C'est renversant !
Ce que Ferrouillat est décent !

Quand, le soir, il se met au lit, (bis)
Craignant de commettre un délit, (bis)
Pour ne pas voir son corps modèle,
Il souffle d'abord la chandelle.
Ah ! ah ! C'est renversant !
Ce que Ferrouillat est décent !

Sombre, il furète, sur les quais, (bis)
Dans les bouquins effiloqués. (bis)
Il tremble devant les estampes
Et pleure sur les culs-de-lampes.
Ah ! ah ! C'est renversant !
Ce que Ferrouillat est décent !

Innocent comme Calino (bis)
Aux jambes de son piano (bis)
Il a fait mettre une culotte,
Défendant que jamais on l'ôte.
Ah ! ah ! C'est renversant !
Ce que Ferrouillat est décent !

Un crâne chauve le fait choir: (bis)
Devant lui tirant son mouchoir, (bis)
Comme Tartufe, il crie: «Arrière !
Éloignez de moi ce derrière !»
Ah ! ah ! C'est renversant !
Ce que Ferrouillat est décent !

Il rougit d'un propos gaillard. (bis)
Chez lui quand il joue au billard, (bis)
Il blêmit, ses yeux s'effarouchent,
Lorsque les deux billes se touchent,
Ah ! ah ! C'est renversant !
Ce que Ferrouillat est décent !

29 septembre 1888.



L'ABBÉ ROUSSEL
Air de : Cadet-Rousselle.

A mon ami Georges Montorgueil

L'abbé Roussel a trois maisons (bis)
Pleines d'orphelins, bruns et blonds; (bis)
Dans des dentelles de Malines,
Il recueill' mêm' les orphelines ;
Ah ! ah ! ah ! mais vraiment,
L'abbé Roussel est bon enfant !

L'abbé Roussel a trois wagons (bis)
Pleins d' redingott's et d' pantalons; (bis)
Ses orphelins il les habille,
Moins cher qu'aux Phar's de la Bastille.
Ah ! ah ! ah ! mais vraiment,
L'abbé Roussel est bon enfant !

L'abbé Roussel a trois rabats. (bis)
Les deux premiers, i' n' les met pas. (bis)
Chez lui, quand il fait la dînette,
Le troisièm' lui sert de serviette ;
Ah! ah ! ah ! mais vraiment,
L'abbé Roussel est bon enfant !

L'abbé Roussel a trois bannièr's. (bis)
Le jour i' s' sert des deux premièr's. (bis)
Oui. mais, le soir, après l'église,
la troisièm' lui tient lieu d' chemise
Ah ! ah ! ah ! mais vraiment,
L'abbé Roussel est bon enfant !

L'abbé Roussel a trois enfants (bis)
Qui n'ont jamais eu de parents; (bis)
Pour qu' son pensionnat soy' prospère,
I' sem' des orphelins sur terre.
Ah ! ah ! ah ! mais, vraiment,
L'abbé Roussel est bon enfant !

6 décembre 1886



LES ACCAPAREURS

Air : Le Midi bouge

A Edouard Drumont

C'est nous les financiers; / Gros oiseaux carnassiers, (Bis.)
Notre bec fouille,
A la barbe des lois,
Dans la dépouille
Du bon pays gaulois.

Un ! deux !
Le veau d'or trône ;
Tout est jaune !
Un ! deux !
Nous nous foutons bien d'eux !

Les juges, pantins vils / Dont nous tenons les fils, (Bis)
Pleins d'insolence
Pour le pauvre aux abois,
Dans leur balance,
Pour nous ont de faux poids.

Un ! deux !
Le veau d'or trône ;
Tout est jaune !
Un ! deux !
Nous nous foutons bien d'eux !

Pressurons, sans souci / Ce riche pays-ci. (Bis.)
Serrons la meule !
Poussons sur Ie ressort !
Quand la faim gueule,
C'est de l'argent qui sort !

Un ! deux !
Le veau d'or trône ;
Tout est jaune !
Un ! deux !
Nous nous foutons bien d'eux I

Tranquilles, jouissons, / Mangeons, buvons, pissons, (Bis.)
Vivons sans masque
Jusqu'à satiété ;
Car qui qui casque ?
C'est la société !

Un ! deux !
Le veau d'or trône ;
Tout est jaune !
Un ! deux !
Nous nous foutons bien d'eux !

5 novembre 1888.



LES FORAINS

Air de: Paillasse (Béranger)

A François Bidel

«Une pétition contre les forains circule en ce moment à Montmartre. Cetto pétition, où figurent le noms de MM. Gérôme, William Busnach, Sarcey, G. Ohnet, Lenepveu, etc., etc., demande l'expulsion des banquistes. actuellement installés boulevard Rochechouart.»
(Extrait des journaux. )


Forains, roulant votre tonneau
Ainsi que Diogène,
Que l' beau mond' ferme son piano,
Si vot' fanfar' le gêne.
Vos spectacl's, vos jeux
Ne sont pas pour ceux
Chez qui l'argent abonde.
Paillass', mon ami,
N'saut' pas à demi :
Saut'pour le petit monde !

Saut' pour que Gérôme, aux abois,
Désertant la peinture,
N' nous montre plus d' bonshomm's en bois,
Couleur de confiture.
Brav'mont, criant: «Zut !
A tout l'lnstitut,
Critique, blague et fronde
Paillass', mon ami,
N' saut' pas à demi :
Saut' pour le petit monde !

Saute ! pour que William Busnach,
Renonçant au théâtre,
De Zola n' se fass' plus l' cornac,
Changeant son marbre en platre
Tout' son œuvre en toc,
Même prise en bloc,
Ne vaut pas ta faconde.
Paillass', mon ami,
N' saut' pas à demi :
Saut' pour le petit monde.

Saute pour que monsieur Lenepveu
Ne fass' plus de musique.
Pour que Sarcey, sans feu ni lieu,
Abandonn' la critique.
Pour que Georg's Ohnet,
Dans son cabinet,
N' fabriqu' plus d' guimauv' blonde.
Paillass', mon ami,
N' saut'pas à demi :
Saut' pour le petit monde !

Le seul banquiste qu'on devrait
Chasser d' la plac' publique,
Un saltimbanque, un chouette, un vrai,
C'est Roch'fort, c'te sal' clique ;
Il excit' les gens
Et quand les agents
Cogn'nt su' l' peuplc, à la ronde,
Pour n' pas voir de sang
I' s' débin', laissant
Assommer l' petit monde I

23 novembre 1888.



LES OPPORTUNISTES ET LES INTRANSIGEANTS
Scie politique dédiée aux électeurs
de la prochaine Chambre
Air : Ah ! mesdam's, voilà du bon fromage !

A mon ami Sutter Lauman

Quelle sci', vraiment ! Il est temps qu'on en finisse !
Ce qu'on nous rase avec les opportunisses !
Pour les électeurs, vrai, c'que c'est em...bêtant
d'entendre toujours parler d'intransigeants !

Qui qu'aim' le pouvoir ? Qui qui veut êt' minisses ?
Ah ! mes bons amis, c'est les opportunisses.
Dans le fond d'son cœur qui qui l'aime égal'ment ?
Soyez-en certains, c'est les intransigeants.

Qui qui plac' rich'ment ses neveux et ses fisses ?
Ah ! mes bons amis, c'est les opportunisses.
Dans des sinécur's qui qui plac' ses parents ?
Soyez-en certains, c'est les intransigeants.

Qui qui trait' partout l'ouvrier d'immondices ?
Ah ! mes bons amis, c'est les opportunisses.
Dans l'intimité. qui qui l'trait' de faignant ?
Soyez-en certains, c'est les intransigeants.

Qui qu'a la terreur des affreux communisses ?
Ah ! mes bons amis, c'est les opportunisses.
Devant la Commun' qui qu'a des tremblements ?
Soyez-en certains, c'est les intransigeants.

Qui qui s'fich' pas mal que le peuple pâtisse ?
Ah ! mes bons amis, c'est les opportunisses.
Dans l' for intérieur, qui qui s'en fiche autant ?
Soyez-en certains, c'est les intransigeants.

Tout's ces élections, oh ! la ! la ! quel supplice !
Électeurs, votons tous pour des socialistes.
Bien loin de la Chambre envoyons pareill'ment
Les opportuniss's et les intransigeants.

11 décembre 1886.



LE REVEILLON DES GUEUX

Air : Digue, digue, digue, diguedidou
(Cloches de Corneville)

A mon ami Jean Richepin

Dans Paris glacé, les cloches des églises
Sonnent, à minuit, la chanson de Noël,
Et les vagabonds, sans pain et sans chemises,
S'en vont, greloytant et maudissant le ciel.
Blême et muselant l'appétit qui l'assiège,
Le rôdeur se dit qu'il n'ira plus bien loin,
Et, loin des sergots, s'étendant sur la neige,
Comme un chien galeux va crever dans un coin. —(bis)

Digue, digue, digue, diguediguedon,
Sonne, sonnz, sonnez, joyeux carillon !
Digue, digue, digue, diguediguedon, `
Sonne l'heure du Réveillon !
Digue, digue, digue, digue,
Etc., etc.

Les fils de famille et les filles de joie,
Les maigres viveurs et les bourgeois tout ronds,
Près d'un clair foyer s'en vont manger de l'oie :
Le Peuple, pour eux, a tiré les marrons.
L'on boit, l'on s'empiffre, et l'on bat la campagne,
Les catins en rut dépouillent les michés,
Et le cliquetis des verres de champagne
Répond en sourdine à l'hymne des clochers. —(bis)

Digue, digue, digue, diguediguedon,
Sonne, sonnez, sonnez, joyeux carillon !
Digue, digue, digue, diguediguedon, `
Sonne l'heure du Réveillon !
Digue, digue, digue, digue,
Etc., etc.

Gros bourgeois repus, nocez, faites ripaille !
Nous, les meurt-de-faim, nous nous réveillerons !
Près d'un clair foyer, rôdeurs sans sou ni maille,
Nous viendrons un jour pour manger les marrons !
Oui, les vagabonds sans pain et sans chemises,
Viendront démolir vos Noëls et vos dieux !
Et vous entendrez les cloches des églises
Sonner à minuit, le réveillon des gueux (bis)

Digue, digue, digue, diguediguedon,
Sonne, sonnz, sonnez, joyeux carillon !
Digue, digue, digue, diguediguedon, `
Sonne l'heure du Réveillon !
Digue, digue, digue, digue,
Etc., etc.

26 décembre 1886



LA MÉLINITE

Air : Ça vous coup' la gueule à quinze pas

A mon ami Henri d'Arsay

I' faut le r'connaître, un' jolie invention
C'est celle do la mélinite.
Ça fait honneur à la civilisation,
D' produir' des matières de c' mérite.
C'est joli, ça r'ssemble à du miel ;
Mais ça fait sauter vingt maisons jusqu'au ciel.
Un simple choc et patatras !
Ça vous coup' la gueule à quinz' pas !

Nous avions déjà découvert la nitro-
Glycérine et la dynamite ;
L' Prussien, sentant v'nir la guerre au petit trot,
Inventa la douc' panclastite.
Monstres, prenez pas c't air rupin,
Car la mélinit' c'est le coup du lapin ;
Réunis, vous ne la valez pas :
Ça vous coup' la gueule à quinz' pas !

Chauvins d'outre-Seine et soudards d'outre-Rhin,
En dépit' de vos airs terribles,
Les peupl's couvriront, de leurs grand's voix d'airain,
Le bruit d' vos matièr's explosibles.
Gar' si nous nous en emparons,
Un jour, contre vous, nous nous en servirons.
C'est drôl' que vous n' le sentiez pas :
Ça vous coup' la gueule à quinz' pas !

11 janvier 1887



LA SOCIÉTÉ PROTECTRICE DES ANIMAUX
«Tout Paris était hier soir à l'hyppodrome pour la seconde représentation des courses de taureaux...
«Quelques fanatiques de la Société Protectrice des animaux ont cru devoir protester, mais sans grand succès.»

Air : aimez-moi au moins comme vos bêtes
Lachambaudie.

A mon ami Henri Brissac

A l'aube, je vais à l'usine ;
En sueur, sans jamais m'asseoir,
Je me surmène, je turbine,
Depuis le matin Jusqu'au soir.
Philanthropes, soyez plus chouettes ;
Je vaux bien tous vos animaux.
Bis :
Aimez-moi du moins comm' vos bêtes,
Vos chiens, vos chats et vos taureaux !

Pour rien je travaille sans trêve ;
L'exploiteur est mon picador ;
Et lorsqu'à bout je me soulève,
César est mon toréador.
Hommes sensibles que vous êtes,
Protestez contre mes bourreaux !
Bis :
Aimez-moi du moins comm' vos bêtes,
Vos chiens, vos chats et vos taureaux !

Quand j'attrape soixante ans d'âge,
Le patron dit: «Il est trop vieux !»
Il m'envoie à l'équarrissage
Comme un pauvre cheval boiteux.
Au lieu de faire des courbettes
Devant mes cruels toreros,
Bis :
Aimez-moi du moins comm' vos bêtes,
Vos chiens, vos chats et vos taureaux !

Le sort me garde en récompense
La mort, sans rien dans le fanal ;
L'autopsie, au nom de la science,
Sur un triste lit d'hopital.
Les travailleurs ont leurs squelettes
Dans les cabinets medicaux.
Bis :
Aimez-moi du moins comm' vos bêtes,
Vos chiens, vos chats et vos taureaux !

23 janvier 1887.




LA MÉLINITE

Air : Ça vous coup' la gueule à quinze pas

A mon ami Henri d'Arsay

I' faut le r'connaître, un' jolie invention
C'est celle do la mélinite.
Ça fait honneur à la civilisation,
D' produir' des matières de c' mérite.
C'est joli, ça r'ssemble à du miel ;
Mais ça fait sauter vingt maisons jusqu'au ciel.
Un simple choc et patatras !
Ça vous coup' la gueule à quinz' pas !

Nous avions déjà découvert la nitro-
Glycérine et la dynamite ;
L' Prussien, sentant v'nir la guerre au petit trot,
Inventa la douc' panclastite.
Monstres, prenez pas c't air rupin,
Car la mélinit' c'est le coup du lapin ;
Réunis, vous ne la valez pas :
Ça vous coup' la gueule à quinz' pas !

Chauvins d'outre-Seine et soudards d'outre-Rhin,
En dépit' de vos airs terribles,
Les peupl's couvriront, de leurs grand's voix d'airain,
Le bruit d' vos matièr's explosibles.
Gar' si nous nous en emparons,
Un jour, contre vous, nous nous en servirons.
C'est drôl' que vous n' le sentiez pas :
Ça vous coup' la gueule à quinz' pas !

11 janvier 1887




LA SOCIÉTÉ PROTECTRICE DES ANIMAUX
«Tout Paris était hier soir à l'hyppodrome pour la seconde représentation des courses de taureaux...
«Quelques fanatiques de la Société Protectrice des animaux ont cru devoir protester, mais sans grand succès.»

Air : aimez-moi au moins comme vos bêtes
Lachambaudie.

A mon ami Henri Brissac

A l'aube, je vais à l'usine ;
En sueur, sans jamais m'asseoir,
Je me surmène, je turbine,
Depuis le matin Jusqu'au soir.
Philanthropes, soyez plus chouettes ;
Je vaux bien tous vos animaux.
Bis :
Aimez-moi du moins comm' vos bêtes,
Vos chiens, vos chats et vos taureaux !

Pour rien je travaille sans trêve ;
L'exploiteur est mon picador ;
Et lorsqu'à bout je me soulève,
César est mon toréador.
Hommes sensibles que vous êtes,
Protestez contre mes bourreaux !
Bis :
Aimez-moi du moins comm' vos bêtes,
Vos chiens, vos chats et vos taureaux !

Quand j'attrape soixante ans d'âge,
Le patron dit: «Il est trop vieux !»
Il m'envoie à l'équarrissage
Comme un pauvre cheval boiteux.
Au lieu de faire des courbettes
Devant mes cruels toreros,
Bis :
Aimez-moi du moins comm' vos bêtes,
Vos chiens, vos chats et vos taureaux !

Le sort me garde en récompense
La mort, sans rien dans le fanal ;
L'autopsie, au nom de la science,
Sur un triste lit d'hopital.
Les travailleurs ont leurs squelettes
Dans les cabinets medicaux.
Bis :
Aimez-moi du moins comm' vos bêtes,
Vos chiens, vos chats et vos taureaux !

23 janvier 1887.



POUR LA GRÈVE !
(A tous les travailleurs de France)

Air des Pins (de Pierre Dupont)

A mon ami Vialla
Tous les esclaves du Chantier,
Tous les écorchés de l'Usine,
Tous les martyrs de l'Atelier,
Tous les enterrés de la Mine !
Ceux du dessus et d'en-dessous !
Alerte ! amis, on nous affame !
En chœur envoyez vos gros sous
Pour les petits et pour la femme !

Travailleurs on vous tend la main !
Donnez toujours ! Donnez sans trève !
Pour ceux qui souffrent de la faim,
Que le bronze se change en pain :
Le pain, c'est l'arme de la Grève !

La Grève, c'est le grand combat
Des rouges contre les livides
Des poitrines où le cœur bat
Contre les poitrails qui sont vides,
C'est le combat où, pour lutter,
Le pauvre n'a pas de mitrailles :
Il lui suffit, pour résister,
D'un peu de blé dans les entrailles !

Travailleurs on vous tend la main !
Donnez toujours ! Donnez sans trève !
Pour ceux qui souffrent de la faim,
Que le bronze se change en pain :
Le pain, c'est l'arme de la Grève !

Donnez encore ! Donnez toujours !
Des liards, faites la récolte !
Cette farine dans les fours,
C'est la poudre de la Révolte
Tire ta bourse, citoyen !
Celui qui bataille est ton frère ;
Ton gros sou, c'est un biscaïen
Qui tombe dans sa cartouchière !

Travailleurs on vous tend la main !
Donnez toujours ! Donnez sans trève !
Pour ceux qui souffrent de la faim,
Que le bronze se change en pain :
Le pain, c'est l'arme de la Grève !

8 mars 1887



POISSON D'AVRIL

Air : On les pendra !

A mon ami Eugène Riffey

Peuple crédule qu'on lanterne
Et qui coupe dans tous les ponts,
Allume un peu mieux ta lanterne ;
Tu démasqueras les fripons,
Les renégats et les capons.
Du candidat sur son affiche,
N'écoute plus le vilain babil ;
Ses promesses, ce qu'il s'en fiche !
Poisson d'avril ! (4 fois)

Ce blagueur, afin qu'on l'élise,
Dans sa longue profession,
Voulait, de l'Etat, de l'Eglise,
Pour toujours sans rémission,
Faire la séparation.
Candidat, il fit la promesse
D'envoyer le prêtre en exil ;
Honorable, il sert la messe ;
Poisson d'avril ! (4 fois)

Cet effronté, pourri de vice,
De faire four ayant le trac,
Au villageois simple et novice
Sur son affiche, sans mic-mac,
Promet un bureau de tabac.
Pour un autre, garde ton vote,
Bon gogo, car ce bureau qu'il
Te promet, c'est une carotte :
Poisson d'avril (4 fois)

Ce troisième dans ses affiches,
Sur un ton protecteur et fier,
Promet aux électeurs godiches
Un grand canal, un port de mer,
Des routes, des chemins de fer.
Conclusion accoutumée :
Le pays n'a même pas un fil ;
Le railway s'envole en fumée :
Poisson d'avril (4 fois)

Bon peuple, à Lille comme à Tarbes,
Ne crois plus aux politiqueurs ;
Imberbes ou bien vieilles barbes,
Forts en paroles, mais traqueurs.
Tous les tribuns sont des truqueurs,
De grands mots ils tiennent boutique ;
Un jour, quand t'auras un fusil,
Tire dessus la politique :
Poisson d'avril (4 fois)

2 avril 1887



LES ANTI-PROPRIÉTAIRES
Air : On les guillotinera, messieurs les propriétaires...
A. POTHEY.

A mon ami Alexandre Pothey

Refrain :
On les déménagera
Les malheureux locataires ;
On les déménagera ;
Le concierge en crèvera.

Vous qui n'avez pas d'argent,
Demandez les pauvres hères,
L' coup d'épaule intelligent
Des antipropriétaires

(Au refrain.)

Honnêt's filles sans le rond,
Pâl's et tristes ouvrières,
Lugubre chair à patron,
Nous sauv'rons vos pauv's affaires.

(Au refrain.)

Pauvres vieillards aux abois
Dont les fils sont militaires,
Appelez la cloch' de bois :
Elle sonn' pour tous nos frères.

(Au refrain.)

Tristes veuves sens emploi,
Petits goss's restés sans pères,
A la barbe de la loi
Nous soulag'rons vos misères.

(Au refrain.)

Vous qui rôdez sous le ciel
En r'gardant l'eau des rivières
De vos maqu'reaux maîtr'-d'hôtel
Nous défonc'rons les caf'tières.

(Au refrain.)

Du rez-d' chaussé' jusqu'en haut
Sur los pip'lets délétères
Nous cogn'rons et, s'il le faut,
Nous ouvrirons los portières.

On les déménagera
Les malheureux locataires ;
On les déménagera ;
Le concierge en crèvera.

9 avril 1887



LA MARSEILLAISE DE LA JEUNESSE

Air : La Marseillaise

A mon ami Louis Jeannin

Allons ! Jeunesse de la France,
Fils de la rue et du pavé,
Par nous, des arts, do la science,
Le drapeau sublime est levé ! (bis)
Entendez-vous, dans nos écoles,
Les maîtres parler aux enfants?
A leurs jeunes fronts triomphants,
Le savoir met des auroles !

Aux livres ! citoyens ! Sans répit travaillons !
Lisons ! (bis) que le savoir guide nos bataillons !

Que veulent ces porte-soutanes,
Contre le progrès conjurés ?
Pour qui ces honteux bonnets d'ânes,
Pour des fronts étroits préparés (bis)
Enfants ! Pour nous ! Ah ! quelle offense !
Apprêtons-nous à résister !
C'est nous qu'on ose méditer
de rendre à l'antique ignorance !

Aux livres ! citoyens ! etc., etc.

Eh quoi ! cette horde de prêtres
Mettrait sur nous son mantenu noir !
Quoi ! sur l'Esprit, cec mauvais maîtres
Placeraient l'ignoble éteignoir ! (bis)
Sous l'effort de ces mains impures,
Nos Crânes se déformeraient!
Ces cancres débiliteraient
Les générations futures !

Aux livres ! citoyens ! etc., etc.

Pour l'intolérance passée,
Gardant un trop juste mépris,
Enfants, que la Libre-Pensée
Dirige seule nos esprits ! (bis)
Parcourant Montaigne et Molière,
Ces prophètes des temps nouveaux,
Camarade, que nos cerveaux
S'ouvrent enfln à la Lumière !

Aux livres ! citoyens ! etc., etc.

Instruction obligatoire,
Viens lutter avec tes soldats !
Donne-nous la seule victoire
Qui soit féconde en résultats ! (bis)
A l'école, que la Jeunesse
Accoure è ton sublime appel !
Au nez des Buffet, des Freppel,
Que, par toi, la France renaisse !

Aux livres ! citoyens ! etc., etc.

14 juin 1887



LA QUESTION DE l'EAU

Air : C'est la poire

A mon ami Raoul Ponchon

LES VAGABONDS

L'eau de source, pure ot saine,
Coule pour tous les richards.
En revanche l'eau de Seine
Empoisonne les déchards.
La situation est noire
Pour nous autres, buveurs d'eau !
Oh ! oh ! oh ! oh !
Bis :
C'est à boire, à boire, à boire,
C'est à boire qu'il nous faut !

LES BÉBÉS

Bébé en maillots, en robes.
Qu'on coiffe d'un bourrelet,
Prenons bien garde aux microbes :
Y' a de l'eau dans notre lait !
Dans le biberon d'ivoire
La mort guette le marmot !
Oh ! oh ! oh ! oh !
Bis :
C'est à boire, à boire, à boire,
C'est à boire qu'il nous faut !

LES TRAVAILLEURS

Nous tous qui mangeons sans nappes
Dans les gargot's d'ouvriers ;
A qui, comme jus de grappes,
On verse des vins mouillés ;
Camarades, l'infusoire
Peut s'échapper du goulot !
Oh ! oh ! oh ! oh !
Bis :
C'est à boire, à boire, à boire,
C'est à boire qu'il nous faut !

LES COLLÉGIENS

Esclaves de la science,
Triste chair à professeurs,
Oui buvons de l'abondance,
Loin des mamans et des sœurs !
Pour nous tous, le réfectoire
Peut devenir le tombeau !
Oh ! oh ! oh ! oh !
Bis :
C'est à boire, à boire, à boire,
C'est à boire qu'il nous faut !

LES RICHES

Riches, heureux de la vie,
Nous pour qui tout est azur,
Nous que la Misère envie,
Grisons-nous de bon vin pur !
Amis, comme un saint-ciboire,
Levons le verre bien haut !
Oh ! oh ! oh ! oh !
Bis :
C'est à boire, à boire, à boire,
C'est à boire qu'il nous faut !

26 juin 1887



V'LA-Z-UN GENDARME !

A mon ami Lunel

Un gendarme passait, M. Josselin eut la malencontreuse idée de fredonner :
«V'là un gendarme, sauvons-nous !»
Le scandale de Saint-Cloud.
Vieilles, sur les seuils accroupies,
Assises à l'ombre des toits ;
Pauvres fileuses à roupies,
Chantonnant des airs d'autrefois :
Sentez ces odeurs de maroles,
De bottes, quand les temps sont mous...
Grand'mères, gare à vos paroles :
V'là-z-un gendarme, taisez-vous !

Joyeuses rondes enfantines,
Qui, par la rue ou les buissons,
insouciantes et mutines,
Tournez au rythme des chansons;
Sentez-vous dans le frais bocage,
Ces fades relents d'hommes saoûls ?
Oiseaux, rentrez dass votre cage:
V'là-z-un gendarme, envolez-vous !

Gais amoureux qui, sous les branches,
Fuyant l'averse de soleil,
Parmi les paquerettes blanches,
Marchez vers l'horizon vermeil,
Dans les fourrés montant la garde,
Quand voue vous faites les yeux doux.
Cabis est là qui vous regarde:
V'là-z-un gendarme, sauvez-vous !

«Fatal oracle d'Épidaure»,
Docteur Castaing, qui dans Saint-Cloud
Conquit la gloire, avant Pandure ;
Campi, Gamahut. Ménesclou,
Prévost, Troppmann et Lacenaire,
Corps sana têtes, têtes sans cous,
Les assassins, sortez de terre :
V'là-z-un gendarme, embrassez vous !

4 juillet 1887



LA «VEUVE»

A mon ami Octave Mirbeau

La veuve, auprès d'une prison,
Dans un hangar sombre, demeure.
Elle ne sort de sa maison
Que lorsqu'il faut qu'un bandit meure.
Dans sa voiture de gala
Qu'accompagne la populace,
Elle se rend, non loin de là,
Et, triste, descend sur la place.

Avec des airs d'enterrement,
Qu'il gèle, qu'il vente, ou qu'il pleuve,
Elle s'habille lentement,
La Veuve.

Les témoins, le prêtre et la loi,
Voyez, tout est prêt pour la noce.
Chaque objet trouve son emploi :
Ce fourgon noir, c'est le carrosse.
Tous les accessoires y sont:
Les deux chevaux, pour le voyage,
Et les deux paniers pleins de son :
la corbeille de mariage.

Alors, tendant ses longs bras roux,
Bichonnée, ayant fait peau neuve,
Elle attend son nouvel époux,
La Veuve.

Voici venir son prétendu,
Sous le porche de la Roquette,
Appelant le mâle attendu,
La Veuve, à lui, s'offre, coquette.
Pendant que la foule autour d'eux,
Regarde, frissonnante et pâle,
Dans un accouplement hideux,
L'homme crache son dernier râle.

Car ses amants, claquant du bec,
Tués dès la première épreuve,
Ne couchent qu'une fois avec
La Veuve.

Cynique, sous l'œil du badaud,
Comme, en son boudoir, une fille,
La Veuve se lave à grande eau,
Se dévêt et se démaquille.
Impassible, au milieu des cris,
Elle retourne dans son bouge.
De ses innombrables amants
Elle porte le deuil en rouge,

Dans sa voiture se hissant,
Gouge horrible, que l'homme abreuve,
Elle rentre cuver son sang,
La Veuve.

30 août 1887.



LA LIBERTÉ DU TRAVAIL

Air du Rêve du Paysan (Pierre Dupond)

A mon ami Bernard Fau.

— Travaillez, dit un vieil adage,
Le travail, c'est la liberté !
— Non ! le travail c'est l'esclavage !
Riposte, aujourd'hui, l'exploité.
Le Capital vous extermine,
Du pouvoir bravant les fusils ;
Quittez la fabrique et la mine,
Frères, laissez là vos outils !

Grève ! travailleurs ! grève !
Que, de la montagne à la grève,
Ce cri, par vous tous répété,
Donne au travail ressuscité,
La liberté ! (Bis)

Le travail, laboureur du monde,
Engraissant son fermier brutal,
Patient, récolte à la ronde,
Pour enrichir le Capital.
Tandis qu'enfermé dans ses chambres,
Ronfle le patron, son tuteur,
Il fauche, ayant aux quatre membres
Les chaînes d'or de l'exploiteur.

Grève ! travailleurs ! grève !
Que, de la montagne à la grève,
Ce cri, par vous tous répété,
Donne au travail ressuscité,
La liberté ! (Bis)

Hercule doux et sans révolte,
Oubliant son manteau royal,
Le travail soutient l'archivolte
De l'édifice social.
Usant la vigueur qul l'embrase
Et sans revendlquer son bien
Du lourd monument qui l'écrase
Il est le colossal soutien.

Grève ! travailleurs ! grève !
Que, de la montagne à la grève,
Ce cri, par vous tous répété,
Donne au travail ressuscité,
La liberté ! (Bis)

Exploiteurs ! gare à la révolte !
Le faucheur brisera ses liens.
L'Hercule, lâchant l'archivolte,
Sonnera l'assaut de vos biens.
Il vous faudra bien vous soumettre
Et cracher tout l'or du vol, quand
Le travail, devenu son maître,
Sortira, rouge, du volcan !

Grève ! travailleurs ! grève !
Que, de la montagne à la grève,
Ce cri, par vous tous répété,
Donne au travail ressuscité,
La liberté ! (Bis)

30 septembre 1887.



LES ANARCHISTES DE CHIGAGO

A mon ami Ernest Laumant

«Si l'hommage rendu à la vérité est un crime capital, eh bien ! pour si cher qu'en soit le prix, nous le paierons.»
(Paroles de Spiees à ses juges)

Ceux qui meurent pour leurs idées,
Sans crainte affrontent le trépas.
Pour ces légions décidées,
la potence n'existe pas.

Fières victimes du mensonge,
Ils dédaignent le ver qui mord.
Le martyr, à l'avenir, songe
Avant la mort !

Quand sonne l'heure du supplice
Quittant son radieux séjour,
En dépit de l'ombre complice,
La vérité brille au grand jour.
du patient qui se balance,
Âme lumineuse, elle sort.
De l'échafaud elle s'élance
Pendant la mort !

Ombrageant la fosse comblée,
Arbre, des exploiteurs maudits.
D'affronts et d'insultes criblée,
Aux yeux de tous elle grandit.
De la sève des martyrs pleine,
Vers l'azur prenant son essor,
Elle couvre toute la plaine
Après la mort !

17 octobre l887.



LE MEILLEUR PRÉSIDENT
Air : Mon père était pot.

A mon ami Georges Duval

Que l' président soit Freycinet,
Sadi-Carnot ou d'autres,
C'est bonnet blanc et blanc bonnet:
Ces gens n'sont pas des nôtres,
Pour l'os des bourgeois
Tremblants, aux abols,
Bon peuple, aboie ou gronde :
L'fait est évident :
L' meilleur Président
C'est l'Président Tout-l'-Monde.

De vot' maîtr' quel que soit le nom,
Pauvr's, c'est toujours vot' maître.
Sur vous il fera tirer l' canon,
Afin de vous soumettre.
Il vous exploit'ra
Et l'on rigol'ra
d'vos bobin's à la ronde.
L'fait est évident :
L' meilleur Président
C'est l'Président Tout-l'-Monde.

Au lieu d' voter pour le bedon
Des richards a bell' mise,
Travailleur naïf, vote donc
Pour l'homm' qu'est dans ta ch'mise.
Sortant d' sous ton toit,
Ne t' bats plus qu' pour toi,
Quand souffle un vent de Fronde.
L'fait est évident :
L' meilleur Président
C'est l'Président Tout-l'-Monde.

Des présidents, il n'en faut plus ;
Moi j' trouv' ça ridicule :
C'est des soliveaux superflus
Qul gên'nt quand on circule.
I's n'veul'nt foutr' le camp
D' leur fauteuil que quand
L' mépris public débonde.
L'fait est évident :
L' meilleur Président
C'est l'Président Tout-l'-Monde.

3 décembre 1887.




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