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  Posté le jeudi 27 fvrier 2014 @ 14:12:20 by blackcat
Contributed by: blackcat
Ce texte est relayé car il présente un intérêt certain pour la compréhension de l'état de l'anarchisme québécois et pour sa critique, applicable aussi en France, de la « tribune publique à tout prix » et de quelques pondeurs de livres sur l'anarchisme.

D'un certain anarchisme et de la gauche québécoise

by Antifascistes Anarchistes Autonomes

Il faut savoir qu'au Québec certains courants anarchistes et sociaux-démocrates sont « main dans la main au nom d'une unité fictive de la gauche[...]. Les anarchistes se font publier chez les sociaux-démocrates, et les sociaux-démocrates tolèrent les anarchistes tant et aussi longtemps que ces derniers ne les critiquent pas. Or, il en résulte peut-être une plus grande diffusion de certaines idées anarchistes (du moins des idées qui n'offusquent pas), mais il en résulte aussi une dissolution du radicalisme anarchiste. »

Ainsi donc, « l'anarchisme est dans le vent », parole de l'Actualité.[1]

Et il faudrait s'en réjouir, et même se laisser surprendre par l'enthousiasme que susciterait cette nouvelle respectabilité des idées révolutionnaires. Comme nous devrions aussi célébrer les percées de Tremblay-Pépin[2], ou encore de Ian Marcil, dans les pages du Journal de Montréal.[3]

Ce serait, dit-on, la preuve d'une avancée irrémédiable de la « gauche » sur le terrain des idées - sur le terrain des idées tolérables et tolérantes (tolérables aux yeux de la Démocratie capitaliste puisque tolérantes de son Ordre, de sa violence et de sa procédure).

C'est en tout cas ce que nous disent plusieurs de nos petites vedettes « dans le vent », jadis starlettes de la grève et maintenant acteurs médiatiques de premier ou second plan : que notre lutte contre le capitalisme peut se gagner dans le confort grassouillet de l'espace public et dans la célébration ostentatoire de leurs chroniques et de leurs livres. Premier pas, disent-ils souvent, de l'élection de leur Parti, le Parti de la rue : Québec solidaire.

Mais laissez-moi pointer le paradoxe de cette avancée irrémédiable de la « gauche », et même de l'anarchisme, sur le terrain des idées : le parallèle recul de notre lutte sur le terrain concret de la rue. Si bien que nous pouvons nous demander si cette percée de la « gauche » dans les médias n'a pas pour condition essentielle la mort du Printemps, ou sinon la force inoffensive de son misérable héritage : de cet héritage qui ne sait même plus manifester sans tolérer sa propre répression, et qui se justifie de son apathie à travers une merveille conceptuelle, faite sur mesure pour les GND de ce monde, la désobéissance civile - ce pacifisme bon chic bon genre pour petits militants privilégiés qui au grand jamais ne souilleraient leur morale d'une violence quelconque, même en cas de répression armée.

Or, que plusieurs sociaux-démocrates se satisfassent de cette apathie et sombrent dans la rhétorique débile de la désobéissance civile - celle qui se porte si bien à chaque matin à la radio de Radio-Canada, cela ne me surprend nullement. Mais j'espère que les anarchistes, qui seraient, dit-on, dans le vent, ne s'en satisfassent point. Et je pense ici à notre ami Francis Dupuis-Déri, l'anarchiste universitaire en chef, que j'interpellerai ici personnellement.

Tu sais, mon cher Francis, c'est bien beau que vous fassiez, toi et ta clique de l'UQAM, des livres d'universitaires sur la situation du milieu anarchiste - des livres où le militantisme de la rue est objectivé comme objet de recherche universitaire. C'est peut-être aussi une bonne idée de procurer à l'anarchisme la douceur du dialogue familial entre un père et son fils. Ce n'est pas commun dans la tradition anarchiste, mais bon, j'imagine que ça sert à quelque chose. J'ose te donner le bénéfice du doute.

Mais il faudrait peut-être aussi mettre les mains dans le cambouis parfois. Je ne sais pas moi : tu pourrais par exemple nous pondre un petit livre prenant vigoureusement position pour la construction d'une organisation autonome qui se défend de la répression policière. Tu pourrais également user de ta tribune afin de prendre parti sans ménagement pour les émeutiers du Printemps, pour célébrer leur courage et leur persévérance. Et même appeler à ce que la question militaire soit une des préoccupations principales lors de l'organisation de la prochaine manifestation, ou même lors de l'organisation de la prochaine occupation.

Ce serait bien. Nous avons justement besoin d'une pensée, respectée et écoutée, qui bouscule notre apathie.

Hein ? Quoi ? Tu me dis que t'as justement peur de perdre ainsi ta tribune ?

Ah, je vois. C'est ça le coût d'être « dans le vent ».

Beauvoir Papineau

[1] http://www.lactualite.com/culture/livres/le-retour-du-drapeau-noir/

SOURCE: http://aaa12.noblogs.org/




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