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  Posté le jeudi 25 avril 2013 @ 14:02:26 by blackcat
Contributed by: blackcat
La véritable histoire du Drapeau Noir et du "A cerclé"


Nos députés entreprennent de sauver les trois couleurs...
Mais d'où nous vient le drapeau noir ?

Nombre de nouveaux militants, sympathisants, ou tout simplement des personnes curieuses, nous demandent, lors des manifs ou pendant les ventes sur les marchés: mais d'où vient le drapeau noir des anarchistes ?

Jusqu'à présent, je répondais par quelques... à peu près. Mais, j'ai décidé d'en savoir plus. Et je ne suis pas allé très loin... chercher la réponse. En effet, Line Roca (de notre groupe) a bien voulu nous éclairer. Elle travaille justement sur le sujet et accepte de nous en livrer la substantifique moelle :

En 1872, à La Haye, la scission est officiellement consommée entre les socialistes autoritaires et les anarchistes (1). Au cours des années 1880 se manifeste cependant, chez les anarchistes, le besoin de se différencier des autres groupes révolutionnaires, et l'adoption du drapeau noir est, symboliquement, une étape importante, dans la naissance de l'anarchisme. En effet, le drapeau rouge était jusqu'alors le drapeau de l'Internationale, également choisi par la Commune, ainsi que par le reste du mouvement ouvrier.

Or, dès 1882, les anarchistes se prononcent pour l'abandon de celui-ci, au profit du noir, celui de la révolte. Le numéro UN du Drapeau noir du 12 août 1883 s'exprime, en effet, sur ce choix : Les événements, les faits de tous les jours, nous ont montré clairement que le drapeau rouge, si glorieux vaincu, pourrait bien, vainqueur, couvrir de ses plis flamboyants, les rêves ambitieux de quelques intrigants de bas étages. Puisqu'il a déjà abrité un gouvernement et servi d'étendard à une autorité constituée. C'est alors que nous avons compris qu'il ne pouvait plus être pour nous, les indisciplinés de tous les jours et les révoltés de toutes les heures, qu'un embarras ou qu'un leurre.
Le 18 mars, Louise Michel s'exclame salle Favié à Paris : Plus de drapeau rouge, mouillé du sang de nos soldats. J'arborerai le drapeau noir, portant le deuil de nos morts et de nos illusions.
(2)
Louise Michel reprend le même discours à Lyon, devant une foule qui, lors de la révolte des Canuts ,avait vu, pour la première fois l'apparition du drapeau noir. Elle était encore dans les mémoires.
Le drapeau noir fait ensuite une apparition "officielle" dans la manifestation des sans-travail aux Invalides à Paris, le 9 mars 1883, lors d'un meeting organisé par le syndicat des menuisiers.
(3)
Louise Michel y arbore, pour la première fois, un drapeau improvisé, à partir d'un vieux jupon noir fixé sur un manche à balai. Plus tard, lors d'un de ses procès, elle affirme : Le drapeau noir, drapeau de la misère, plutôt que celui de la Commune, doit être considéré comme le symbole des ouvriers sans travail.
Quelques mois plus tard, pour la fête du 14 Juillet, les anarchistes invitent la population à manifester "un drapeau noir à la main". À cette époque, un article paru dans le Drapeau noir, rappelle que "seul celui-ci peut convenir pour représenter le combat anarchiste, la guerre de partisans et le combat des tirailleurs dispersés".
En effet, comme ne manque pas de le noter Gaetano Manfredonia, dans la Chanson anarchiste en France : Le drapeau noir signifie la distance vis-à-vis de l'héritage communard et des autres courants socialistes, à un moment où le mouvement anarchiste construit sa spécificité.
Tous nos remerciements à Line Roca.

Patrick Schindler

groupe-claaaaaash@federation-anarchiste.org

1. Le "communisme autoritaire" est défini comme étant celui de l'Internationale et plus particulièrement celui de Marx et d'Engels. Ce dernier, dans une lettre à Paul Lafargue, se plaint que les " bakouninistes " se servent abusivement du mot, pour dénoncer tout ce qui leur est hostile. Cf. Jean Dubois, le Vocabulaire politique et social en France.
2. Cité par Maurice Dommanget dans l'Histoire du drapeau rouge, des origines à la guerre de 1939. Ouvrage dans lequel l'auteur rappelle à quel point le drapeau noir, pour lequel Jules Vallès s'est prononcé, est lié à la personnalité de Louise Michel et au souvenir de la Commune.
3. Le syndicat des menuisiers avait convoqué les sans-travail à un meeting devant l'esplanade des Invalides. La police dispersa les manifestants qui organisèrent alors, une manifestation vers le boulevard Saint-Germain. Menée par Louise Michel, Émile Pouget et Mareuil, elle fut suivie par 500 ou 600 personnes. Des pillages eurent lieu aux cris de: " Du pain, du travail ou... du plomb. " Et Louise Michel et Émile Pouget y furent condamnés, respectivement, à six ans de réclusion.


La Véridique histoire du A cerclé

Le A dans un cercle est un sigle si répandu, si connu et reconnu qu'on a fini par le prendre pour un symbole traditionnel de l'anarchisme, comme s'il avait existé depuis toujours. La rumeur le fait parfois remonter à la Révolution espagnole: l'œil des jeunes anarchistes est plus habitué à voir un A cerclé qu'une cible peinte sur le casque d'un milicien. Certains croient qu'il ferait référence à Proudhon, résumant son idée de l'Anarchie dans l'Ordre. En réalité, il s'agit d'un phénomène récent dans l'iconographie libertaire :
le A cerclé a en effet été inventé à Paris en 1964 et réinventé à Milan en 1966.

Deux dates, deux lieux de naissance? Voyons-y de plus près.
C'est en avril 1964, sur la couverture du bulletin Jeunes Libertaires qu'apparaît le dessin d'un sigle que le groupe JL. de Paris propose "à l'ensemble du mouvement anarchiste" par delà les différents courants et les divers groupes ou organisations. Deux motivations principales nous ont guidés : d'abord faciliter et rendre plus efficace les activités pratiques d'inscriptions et affichages, ensuite assurer une présence plus large du mouvement anarchiste aux yeux des gens, par un caractère commun à toutes les expressions de l'anarchisme dans ses manifestations publiques. Plus précisément, il s'agissait pour nous d'une part de trouver un moyen pratique permettant de réduire au minimum le temps d'inscription en nous évitant d'apposer une signature trop longue sous nos slogans, d'autre part de choisir un sigle suffisamment général pour pouvoir être adopté, utilisé par tous les anarchistes. Le sigle adopté nous a paru répondre le mieux à ces critères. En l'associant constamment au mot anarchiste il finira, par un automatisme mental bien connu, par évoquer tout seul l'idée de l'anarchisme dans l'esprit des gens.
Le sigle proposé est un A majuscule inscrit dans un cercle ; Tomás Ibañez en est l'initiateur, René Darras le réalisateur. D'où vient l'idée, de la simplicité de réalisation (en particulier avec la méthode d'impression par stencils de l'époque !), du sigle antimilitariste déjà répandu du CND (Campaign for Nuclear Disarmament), d'autres inspirations ? L'Alliance ouvrière anarchiste affirme l'avoir utilisé dans sa correspondance dès la fin des années 1950 ; mais il ne figure dans son bulletin qu'à partir de juin 1968.
La proposition des Jeunes Libertaires de 1964 n'a eu aucun succès, hormis quelques graffitis dans les couloirs du métro parisien - n'oublions pas qu'alors on imprimait soit sur stencils, soit en typographie classique, et qu'il aurait donc fallu réaliser un cliché au plomb figurant un A inscrit dans un cercle. En décembre de la même année, le A cerclé apparaît en titre d'un article signé Tomás [Ibañez] dans le journal Action libertaire. Le réseau des Jeunes Libertaires, qui comptait au début des années 60 plusieurs groupes dans toute la France, s'est affaibli : les bulletins régionaux ne paraissent plus et le bulletin parisien sera en sommeil de 1965 à 1967 ; plusieurs " J. L. " seront par la suite aux premiers rangs du mouvement de Mai 68.
Fin du premier chapitre.

Il faut attendre 1966 pour que le symbole du A cerclé soit repris et utilisé, d'abord à titre expérimental puis régulièrement, par la Gioventù libertaria de Milan, qui avait des rapports fraternels avec les jeunes Parisiens. Ces deux groupes ont été à l'origine du Comité européen de liaison des jeunes anarchistes (CLJA). C'est alors que commence la vie publique du sigle.
Les premières fois qu'on le voit, c'est justement à Milan, où il sert de signature habituelle aux tracts et aux affiches des jeunes anarchistes, parfois associé au signe antinucléaire et à la pomme des provos hollandais. Puis il s'étend en Italie et dans le monde entier ; mais on n'a presque point vu de A cerclés pendant le mai parisien en 1968, les premières traces n'apparaissent guère qu'en 1972-73. C'est en effet au début des années 70 qu'explose la mode du A cerclé, que s'approprient et qu'imitent les jeunes anars dans le monde. Il connaît un tel succès que, selon un avis autorisé, si son inventeur l'avait breveté il serait milliardaire aujourd'hui. Pourquoi ce succès si rapide, si frappant ? Il est dû aux motifs mêmes qui avaient fait proposer le sigle par les J.L. : d'une part il est extrêmement facile à dessiner, aussi simple que la croix, plus simple que la croix gammée ou la faucille et le marteau ; d'autre part, un mouvement nouveau, jeune, en plein développement, avait appris à écrire sur les murs et se cherchait un signe de reconnaissance. C'est ainsi que le A cerclé s'est imposé de fait, sans qu'aucune organisation ni groupe n'ait jamais songé à en décréter l'utilisation, et en l'absence d'un autre symbole graphique international des anarchistes (qui utilisaient parfois une symbolique désuète, comme la torche en Italie).
Voilà donc la véridique histoire du A cerclé, faite de volonté consciente et de spontanéité : un cocktail typiquement libertaire. Toute autre histoire est légende.

  Amédéo Bertolo, Marianne Enckell
ou cira@plusloin.org
Pour plus de précisions, nous vous renvoyons au bulletin n° 58 du CIRA (Centre international de recherches sur l'anarchisme) mars-octobre 2002 d'où est extrait ce texte. CIRA, av. de Beaumont, 24, CH-1012 Lausanne, Suisse.
http://www.anarcabolo.ch/cira/ ou cira@plusloin.org Cette histoire a été très régulièrement confirmée par Yves Peyrault membre des jeunes libertaires du groupe Sébastien Faure de Bordeaux dans les années 1960 ... Le Monde libertaire n°1307 (13-19 févr. 2003)

SOURCE: http://www.increvables-anarchistes.org




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