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  Posté le vendredi 12 avril 2013 @ 13:35:53 by blackcat
Contributed by: blackcat
Aux Assemblées Populaires , des anarchistes, des travailleurs locaux et travailleuses locales, et même des employé-e-s municipaux et de bureau ont tous et toutes collaboré à cette grille politique dans l'administration démocratique des besoins, dans la redistribution des ressources disponibles et dans le renforcement des luttes existantes contre l'austérité et la menace rampante du fascisme.

Une révolution en construction en Grèce

Une manifestation anarchiste à Athènes.
Traduit d'Anarkismo.net : « Au premier jour de révolte, nous avons attaqué les postes de police », un anarchiste de Thessalonique m'a raconté le printemps dernier. « Au deuxième, nous avons attaqué les banques. Au troisième, il n'y avait plus rien à attaquer, et nous avons soudainement eu à faire face au fait que nous ne savions pas vraiment quoi faire ». Cela semble avoir été une colère très répandue. Les occupations d'institutions scolaires et politiques qui sont survenues pendant la révolte ont donné lieu à ce qui est appelé les Assemblées Populaires dans quelques 70 quartiers à travers Athènes. Près de la moitié de celles-ci fonctionnent toujours, composées d'un spectre parfois étrange de participants et participantes. Des anarchistes, des travailleurs locaux et travailleuses locales, et même des employé-e-s municipaux et de bureau ont tous et toutes collaboré à cette grille politique dans l'administration démocratique des besoins, dans la redistribution des ressources disponibles et dans le renforcement des luttes existantes contre l'austérité et la menace rampante du fascisme.

Leur stratégie peut être lue dans un court article de 1958 de Colin Ward dans le journal anarchiste anglais Freedom, intitulé « The Unwritten Handbook » : « Le choix entre les solutions libertaires ou les solutions autoritaires en est un de tous les jours et dans tous les sens et, la mesure dans laquelle nous choisissons, ou acceptons... ou manquons d'imagination et de créativité pour découvrir les alternatives aux solutions autoritaires aux petits problèmes est la mesure à laquelle nous sommes d'impuissantes victimes des grandes affaires ». Lorsqu'une ronde de mesures d'austérité a inclue une nouvelle et même inabordable taxe dans les coûts de l'électricité, plusieurs grecs et grecques ont vu leur courant soudainement coupé. Les assemblées populaires ont commencé à compiler des listes de ménage sans courant, les classant sur la base de la vulnérabilité (âge, présence d'enfants, etc...), et ont déployé des gens qualifié-e-s pour leur redonner l'électricité, illégalement.

Par une froide soirée d'avril, dans le quartier de Peristéri, les participants et participantes de l'assemblée ont débattu de modèles pour développer à l'échelle locale des transactions économiques à travers des devises alternatives et des programmes non-monétaires comme les banques du temps. Autour de verres à la suite de l'atelier que j'ai donné le printemps dernier, la plupart des questions des anarchistes locaux et locales, connu-e-s mondialement pour leur courage et la guerre de rue, étaient à propos des programmes d'Agriculture Supportée par la Communauté, un phénomène très libéral chez moi [NDT. aux États-Unis], difficilement considérés politiques (très peu radicaux en fait). En Grèce toutefois, forger des rapports directs avec le secteur agricole est un clair affront au Fond Monétaire International et ses menaces de seuils d'importation, émis pour forcer le passage des mesures d'austérité. 

Durant mes quelques jours sur le terrain à Athènes, j'ai été invité à une manifestation antifasciste organisée par les Assemblées Populaires du sud d'Athènes. Celle-ci marqua ce qui me sembla être une expansion de leur rôle dans la confrontation directe de Golden Dawn, où l'État s'est prouvée soit involontaire, soit incapable d'agir. « Si nous ne résistons pas dans chaque quartier, ils vont bientôt devenir nos prisons » pouvait être entendu, réverbérant sur les façades d'immeuble. En comptant par dizaines, j'ai estimé la foule à près d'un millier, marchant du centre commercial adjacent au métro Dafni, défilant à travers plusieurs quartiers avant d'atteindre un ex-bâtiment militaire occupé et rebaptisé Asyrmatos - mot grec pour « sans fil », en référence aux immenses antennes dépassant de ce qui est maintenant un assez grand jardin communautaire et un conservatoire géré par la communauté.

Dans le quartier adjacent de Aghios Dimitrios, où cette manifestation a été en grande partie organisée, l'Assemblée Populaire se rencontre toutes les semaines dans l'espace théâtral d'un bâtiment municipal local. En apparence, tout semble assez paisible, au point où c'est prévu à l'agenda à travers un arrangement avec la municipalité. J'ai été surpris d'apprendre que chaque réunion hebdomadaire est une micro-occupation en quelque sorte; les participants et participantes entrent simplement et prennent l'espace, sans aucun signe visible de refus des employé-e-s, ni réaction policière. « En 2008 (durant la révolte), nous avons occupé le bâtiment pendant un mois », un habitant local m'a conté. Ainsi, je crois que, pour ces autorités, 2 heures par semaine est une occasion.

La plus vieille Assemblée Populaire d'Athènes fonctionne dans le quartier de Petralona, qui a été le lieu d'un récent, et bien connu, meurtre d'un homme pakistanais des mains de fascistes. Quand j'ai visité l'assemblée le printemps dernier, ils et elles ouvraient un espace de cuisine et de café pour informer les gens sur l'alimentation et la production alimentaire, et faisaient fonctionner un calendrier chargé d'événements sur la santé et la santé mentale donné par des paires, inspiré en partie par les Zapatistes au Mexique. Aujourd'hui, ils et elles opèrent des cliniques médicales, dentaires et pour les yeux, en coordination avec les autres Assemblées Populaires sur une base non-monétaire d'aide mutuelle.

Alors que nous serpentions dans les corridors commerciaux et les étroites artères du quartier la semaine dernière, tout cela semblait changer du tranquille mode de survie dans une affirmation déclarée de pouvoir. L'action prenait l'attention des passants et passantes. Des tracts étaient jetés à travers les vitres ouvertes de bus, dans les supermarchés et même dans la douce brise du jour. Deux jeunes femmes masquées s'élançaient périodiquement en dehors de la foule, peinturant à la canette un pochoir sur les murs présentant l'image frontale d'un garçon le poing levé avec l'inscription : « Les fils d'Adolf vont recevoir un coup de poing noir et rouge » (une référence aux couleurs du drapeau anarchiste classique).

L'odeur de peinture fraiche restait suspendue dans l'air, le feu à sa fumée apparaissant sur les murs, les bords des bus, et une nouvelle cible favorite dans le pays, les établissements de crise mises en place pour acheter l'or des gens. Ces entrepreneurs sont qualifiés de mavragoriters [NDT. Reproduction du terme tel qu'apparaissant dans sa version anglophone], un terme créé durant les années d'occupation nazi de la Grèce. « C'était des grecs, habituellement amis ou sympathiques aux nazis, et ils prenaient avantage de la crise et de la famine qui affectait le pays », m'expliquait une jeune femme qui a tenu à conserver l'anonymat. « Ça a atteint un point où ils achetaient des maisons en échange de deux bouteilles d'huile d'olive ou de quantités de riz ».

Ce que sous-tend la description de cette jeune femme semble correspondre à l'esprit des Assemblées Populaires : la dignité. Elle me référa plus tard à un communiqué posté sur Indymedia Athènes, dans lequel des anarchistes de la ville dénonçaient le mantra néolibéral entendu dans tout le pays et l'éthique des mavragoriters : « Il n'y a pas de travail honteux ». Les Assemblées Populaires semblent fonctionner à l'inverse de ce qui apparaît dans ce communiqué : « La honte n'est pas un travail ». Survivre simplement pour faire revivre des histoires d'occupation étrangère ou de fascisme maison, pour eux et elles, est une voie sans espoir.

Joshua Stevens

* Joshua Stephens est un membre du comité de l'Institute for Anarchist Studies, et a été actif au sein de mouvements anticapitalistes, de solidarité internationale et de coopératives de travailleurs et travailleuses au cours des deux dernières décennies. Il occupe présentement son temps dans le nord-est américain et dans différentes parties de la Méditerranée.

source: http://ucl-saguenay.blogspot.ca



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