Hier, au cours d'une allocution télévisée, le président Hosni
Moubarak annonce qu'il a l'intention de rester au pouvoir jusqu'à la
fin de son mandat. Depuis 17 jours, ce sont des millions d'égyptiens
qui réclament son départ et, de plus en plus, les chefs d'états du
monde entier qui se joignent à leur appel.
Dans la nuit du 10 ou 11, la colère des manifestants monte d'un cran
et leur nombre est suffisant pour que des dizaines de milliers gardent
la place Tahrir tandis que d'autres marchent sur le palais présidentiel
de El Orouba, dans le quartier d'Heliopolis. Le quartier est
entièrement bouclé et sous la protection des chars et des troupes de
l'armée.
En marchant sur le palais d'El Orouba, les égyptiens obtiennent la
confirmation qu'ils cherchent à obtenir depuis hier. Que fera l'armée
en pareil cas? Réponse: l'armée laisse faire et les manifestants par
centaines prennent place dans la nuit et sont rejoints, ce matin, par
des milliers de manifestants supplémentaires. L'armée s'adresse aux
manifestants dans des termes polis. Elle recommande aux manifestants de
retourner place Tahrir et met à leur disposition des bus de l'armée.
Les manifestants qui veulent rester n'en sont pas empêchés, mais
l'armée prévient que, pour leur sécurité, il plus sûr qu'ils retournent
place Tahrir.
Il ne faut pas pour autant s'empresser de conclure que l'armée
menace la population de représailles. D'autres menaces semblent plus
plausibles. Tout d'abord, l'envoi possible de forces de police; l'envoi
d'hommes de mains armés; et enfin une intervention agressive de la
garde présidentielle.
La situation est intéressante à observer car il est probable que le
Conseil Supérieur des Forces Armées (CSFA) soit en train de laisser
faire dans le but de s'appuyer sur l'intensification et le
"rapprochement" de la colère des manifestants pour presser Hosni
Moubarak de quitter le pouvoir.
Le bâtiment de la Radio Télévision du Caire, également sous la
protection de l'armée est, ce matin (et depuis hier soir aussi),
encerclé par une dizaine de milliers de manifestants.
Mais ce n'est pas qu'au Caire que la pression sur l'armée est forte.
La crise de Suez et la grève de 6000 ouvriers responsables de la
gestion quotidienne du canal est de nature à justifier un durcissement
du ton du CSFA à l'égard de Moubarak et de son entourage.
Le CSFA annonce ce matin qu'il fera déclaration importante ce matin.
Des millions d'égyptiens sont attendus aujourd'hui dans les rues de l'Egypte, pour un troisième vendredi de la colère.
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