Du 13 au 19 novembre 2010, s’est tenu à Hambourg
une espèce de contre-sommet pour faire comprendre aux ministres de
l’Intérieur allemands qui s’y réunissaient qu’ils n’étaient pas les
bienvenus dans la ville. Cette réunion impliquait des ministres en
fonction, à savoir que chaque Land (région) a son propre ministre de
l’Intérieur. En effet, en Allemagne, la police est très largement de la
compétence des Länder. D’où des tenues parfois assez variées lors de
rendez-vous réunissant plein de flics (G8, Castor anti-nucléaire,
etc.).
Précisons que la conférence des ministres de l’Intérieur
est une "événement" semestriel, qui se déroule chaque fois dans un
différent Land et que depuis quelques années, il y a régulièrement des
mobilisations pour s’y opposer.
Bon, les fameux ministres se
réunissaient bien sûr pour peaufiner leurs saloperies (sur la
répression en général, visant l’immigration en particulier).
Parmi les activités diverses
et variées prévues au programme, des manifs bien sûr, quelques actions
surprises, des conférences et des fêtes.
Pendant la semaine, deux
lieux-ressources sont restés ouverts quotidiennement, l’infokiosque
Schwarzmarkt et le local LIZ où un resto vegan était proposé chaque
soir.
Samedi 13 novembre
Gros jour de manifs, avec une
première manif (antiraciste) à 14h, partant de la gare centrale pour
s’arrêter tout près du centre-ville et laisser libre cours à un "Jump
an run" prometteur, suivi d’une autre manifestation (anti-répression)
partant du centre-ville pour aller vers le Schanze, un des quartiers
"alternatifs" de Hamburg, de plus en plus gentrifié...
La première
manif réunit plus d’un millier de personnes, principalement habillées
en style "black bloc", mais rien ne déborde. Des flics anti-émeutes
encadrent complètement la manif, laissant seulement la queue de manif
"ouverte". Le parcours n’est pas bien long, la manif passe notamment
dans un quartier turc, des gens acclament la manif depuis leurs
fenêtres, on voit même une banderole suspendue depuis deux fenêtres
d’un bâtiment, symbole d’une jonction entre manifestant-e-s et
habitant-e-s (la manif réunissant principalement des autonomes
allemand-e-s).
Dispersée à deux pas du centre-ville, tout le monde
se rue dans le centre, sans grandes difficultés, pour un temps libre
"jump and run" supposé pouvoir laisser libre cours à l’imagination de
chacun-e pour toutes sortes d’actions. Mais pas grand-chose n’aura
lieu, hormis quelques rares tags, des brefs blocages de grands magasins
par la simple présence de groupes en noir criant des slogans devant
l’entrée, ou par la présence de groupes de flics anti-émeutes
"protégeant" le magasin, au choix. Le centre-ville étant complètement
blindé de consommateur-ice-s, il y aurait vraiment eu moyen d’y semer
un joueux chaos, mais bon, ce sera pour une prochaine fois... La
plupart des manifestant-e-s plus ou moins éparpillés se contentant de
distribuer des tracts et de crier des slogans ici et là.
Bref, très peu d’actions menées pendant le temps laissé entre les deux manifs, dommage.
A
signaler toutefois qu’un groupe de gens a quand même audacieusement
réussi à s’attaquer à un bâtiment du principal groupe de presse
allemand, Axel Springer Verlag, y cassant une quinzaine de vitres. Ce
groupe de presse est notamment connu pour avoir participé activement au
débat raciste mené par des politiciens et médias ces derniers mois.
La
deuxième manif a réuni encore plus de monde, jusqu’à plus de 2000
personnes, encore en mode black bloc (mais pas masqué, parce que c’est
interdit et que les flics sont capables de stopper la manif pour une
personne masquée... le rapport à la loi est autrement plus coincé ici
qu’ailleurs). Là aussi, encerclement total de la manif (ce qui indique
le nombre impressionnant présent dans la ville à ce moment-là),
sensation bien oppressante de rien pouvoir faire, avec des flics
dressant des caméras de chaque part de la manif, la démocratie à la
sauce Big Brother vous souhaite la bienvenue.
Ha oui, cet
après-midi, le club de foot de Sankt-Pauli jouait, alors au début de la
manif, un groupe assez imposant de supporters a rejoint la grande manif
en mode manif sauvage, c’était sympa à voir.
La manif a été
bloquée près du palais de justice, et a pu repartir de longues minutes
après suite à des négociations (dont les tenants et aboutissants m’ont
complètement échappé) entre la tête de manif et la flicaille.
Dans
le Schanze, la présence policière massive permet aux flics de bloquer
la manif à nouveau, et de continuer d’encercler la totalité des
manifestant-e-s malgré la fin officielle de la manif. Tout ou presque
est sous contrôle, pas loin des 2000 manifestant-e-s sont contraint-e-s
de quitter la manif en passant tou-te-s par le même côté d’une rue...
Belle démonstration de force policière.
Alors que
"traditionnellement" ce genre de grosse manif se termine quelques
heures plus tard par des émeutes de plus ou moins grande ampleur autour
du squat d’activités la Rote Flora, la présence policière est cette
fois tellement massive qu’elle empêche tout débordement dans un
périmètre hallucinant (une zone rouge était de toute façon prévue,
incluant le centre-ville et les quartiers du Schanze et de
Sankt-Pauli). Tout le Schanze est en état de siège, il y a des groupes
de flics anti-émeutes à chaque coin de rue. Des canons à eau et un
bulldozer blindé ont pris place juste devant la Rote Flora.
Mais
plus tard dans la soirée, dans le quartier d’Altona, des émeutes ont
éclaté, assez brièvement, mais il est clair que les quelques cent
personnes qui se sont attaquées à des vitrines l’ont fait en réaction à
l’occupation policière du Schanze. Bien joué !
Bilan répressif du
jour : une ou deux arrestations en centtre-ville, une dizaine
d’arrestations dans le Schanze, et une vingtaine à Altona. Je ne sais
pas s’il y a eu des suites judiciaires pour certain-e-s...
Dimanche 14 novembre
Assemblée
ouverte à la Rote Flora, en début de soirée, réunissant près d’une
centaine de personnes. Retours critiques sur la journée de manifs de la
veille.
Lundi 15 novembre
18h30, manif-balade non
déclarée mais annoncée publiquement, cette fois encore sous haute
surveillance policière (encercelement total). Environ 200 personnes
partent de devant la Rote Flora et marchent à travers le Schanze.
Pendant les deux heures de manif, plusieurs personnes prennent la
parole à différentes reprises pour expliquer l’état de la
gentrification ici et là, comment la bourgeoisie réussit au fil des
années à détruire ce désormais "ancien" quartier populaire.
Après la manif, retour à la Rote Flora où une soixantaine de personnes assistent à une conférence consacrée à Frontex.
Mardi 16 novembre
Vers
18h, action-surprise du côté de la prison du centre d’Hamburg. Près
d’une centaine de personnes font craquer divers feux d’artifice à
quelques mètres des murs de la taule. Une personne essaie de
communiquer vers l’intérieur avec un mégaphone. Rapide intervention
policière, une trentaine de personnes sont encerclées sur un pont.
S’ensuivent contrôles et fouilles, quatre personnes sont arrêtées à ce
moment-là.
Vers 20h30, à la Rote Flora, près d’une centaine de
personnes assistent à une conférence sur la guerre sociale en France,
notamment à travers le mouvement en cours contre la réforme des
retraites (et le reste).
Mercredi 17 novembre
Nouvelle
(longue) manif antiraciste (des "JOG", soit "Jugend ohne Grenzen", en
français "Jeunesse sans frontières") qui part de la gare centrale,
réunissant près de 3000 personnes. Cette fois, tout le monde n’est pas
en mode black bloc, mais les flics encadrent la manif comme le samedi
précédent. L’ambiance est pourtant plus détendue, avec des ballons
gonflés à l’hélium, de nombreuses banderoles et un camion sono où des
rappeur-euse-s plus ou moins improvisé-e-s s’expriment à tour de rôle
(plusieurs d’entre eux/elles étaient directement concerné-e-s par le
thème de la manif puisque pour certain-e-s ils/elles avaient été
expulsé-e-s et sont revenu-e-s et racontent ces expériences dans les
chansons). Dans cette manif, la présence de sans-papiers était
numériquement importante.
Les deux jours suivants, les jeunes
sans-papiers de JOG ont continué leurs conférences-rencontres qui
servent entre autres d’outil d’auto-organisation.
Jeudi 18 novembre
Entre
50 et 100 personnes participent à une série d’actions-surprises, plus
ou moins organisées sous le mode du "flash mob" (genre "hop je te donne
un p’tit papier avec un rendez-vous à tel endroit pour y faire un truc
surprise concernant tel sujet").
Une série de cinq actions
collectives est tentée, avec fort peu de réussite : un collage
d’affiches a lieu sur des statues bordant une route... Cinquante
personnes pour coller laborieusement quatre affiches, avec rapide
intervention policière, les condés encerclent puis laissent repartir
tout le monde tranquillement, terrible sensation d’humiliation épisode
1. Deuxième rendez-vous, face au bâtiment du principal syndicat de
flics... Intéressant. Que s’y passe-t-il ? Une lecture de texte
(anti-flic) avec cierges allumés, pour railler le projet des flics de
faire des rassemblements de soutien à la police avec des cierges
allumés depuis l’attaque du commissariat du Schanze de décembre 2009.
Mais bon, il n’y avait personne dans la rue pour entendre le texte, pas
même des flics. Alors lire un texte provoc’ juste pour se faire
plaisir, j’aurais autant aimé que ça se fasse au chaud, par exemple au
café universitaire d’où les actions sont parties... Terrible sensation
d’inutilité épisode 2. Le troisième rendez-vous passe à la trappe parce
que les flics y sont avant nous. Quatrième rendez-vous, face à un
bâtiment préfectoral où les demandeurs d’asile sont priés de se
présenter pour se faire ficher, etc. Là, il y a une quarantaine de
personnes, et des stickers sont collés sur la façade. Ouah, quelle
action ! Là encore, les flics arrivent rapidement, on se barre, et
après ce nouvel épisode de sensation d’humiliation et d’inutilité, je
décide de sécher le cinquième et dernier rendez-vous.
Vous allez
me dire "dommage, peut-être qu’ils sont partis crâmer un comico, après
avoir fait autant diversion", mais malheureusement je ne crois pas...
Dans la soirée, dub-soli-party à la Rote Flora.
Vendredi 19 novembre
En
début de soirée, projections de films et discussions au 3001-Kino. Et
plus tard, re-teuf à la Rote Flora, en soutien aux No-IMK.
Voilà, ce sera mieux la prochaine fois...
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Quelques autres sources d’information, en allemand :
http://de.indymedia.org/2010/11/294235.shtml
http://de.indymedia.org/2010/11/294305.shtml
http://de.indymedia.org/2010/11/294580.shtml
http://de.indymedia.org/2010/11/294590.shtml
http://de.indymedia.org/2010/11/294862.shtml
Et qques images :
http://www.n-tv.de/img/19/1928171/O_1000_680_680_2ufc2133.jpg8551160339222348092.jpg
En jaune : Organiser la lutte de classe
En
noir : Pour les mouvements sociaux et la rage dans les villes / Nous
sommes une image du futur / Contre la folie sécuritaire, les théories
de l’extrémisme et les violences policières
http://www.n-tv.de/img/19/1928166/Img_16_9_680_2ufc4221.jpg6267004021476299396.jpg
Panneau de signalisation : Déviation (barré)
http://2010.jogspace.net/files/2010/11/7.jpg
I love "Bleiberecht = J’aime le droit d’installation (de rester) / Nous sommes venu-e-s pour rester !
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