Mes chers,
Le 25/10/2009, à 7h50 j’étais cerné dans la rue,
alors que je sortais mon chien, par trois membres de la SRN, la Service
Nationale de Recherche. Je devais les accompagner au commissariat pour
un interrogatoire. Au coin de la rue, un escadron d’intervention
spéciale attendait dans un combi blindé au cas où je résisterais. Ces
enfoirés ne m’ont même pas laissé dire au revoir à ma fille qui allait
à l’école à ce moment-là.
La veille, le même service de police avait perquisitionné mon domicile
en mon absence. Ils ont confisqué mon ordinateur portable et ont pris
toute une série de photos d’affiches politiques etc.
Au poste,
ils m’ont demandé un alibi pour la nuit de 6 au 7 octobre et ils m’ont
posé toute une série de questions à propos de numéros de portables et
d’un ami. Après lui avoir montré des photos, un témoin m’aurait reconnu
comme une des deux personnes qui auraient incendié un conteneur de
chantier cette nuit-là. *
Après l’interrogatoire, ils m’ont
arrêté judiciairement. A 14h, je passais devant un juge d’instruction
qui a décidé de m’arrêter, accusé d’incendie volontaire pendant la nuit
contre des biens mobiliers. J’ai été transféré à la prison où j’ai été
mis en isolement jusqu’au jeudi soir. Ceci probablement pour éviter que
je prenne contact avec Jürgen, qui avait été arrêté et placé en
détention préventive deux semaines auparavant, avec la même accusation
plus celle d’incendie de nuit contre des biens immobiliers. Plutôt
rigolo que maintenant, ça fait une semaine qu’on est dans la même
cellule.
Après cinq jours, je suis passé devant la Chambre de
Conseil. Le procureur m’a dit que je suis aussi soupçonné d’autres
faits. Le juge d’instruction est venu le jour même avec de nouvelles
données sur un portable. Mon avocat avait pourtant dit que ceci n’était
pas possible le jour de la comparution devant la Chambre. Donc je me
suis fâché. (Pas une très bonne idée dans la Chambre de Conseil, haha).
Ca, et le fait que je refuse de collaborer à l’enquête sont des choses
qu’ils ne supportent pas : détention préventive prolongée d’un mois.
Maintenant, ça fait deux semaines que je suis dedans et je me suis «
habitué » au régime carcéral, dans la mesure où c’est possible bien
sûr. Tu te retrouves dans une situation où l’Etat a le contrôle complet
sur ton existence physique et t’isole physiquement du reste de la
société. Là où, « dehors », il y a une petite possibilité de te
soustraire à l’autorité dominante de l’Etat et du capital, ici tu es
confronté à une cristallisation des rapports sociaux.
Si tu vis
dans l’Occident riche et si tu fais partie de la bonne section de la
population, tu peux te faire l’illusion que tu es relativement libre.
Tu peux consommer à volonté, te perdre dans toutes sortes de réalités
virtuelles et, si tu as du fric, tu peux même aller voyager un peu et
garder l’illusion que tu disposes d’une liberté (de mouvement).
«
Dedans », l’illusion est écrasée par l’omniprésence de l’appareil
répressif qui contrôle tous tes mouvements et les note convenablement
dans de petits rapports. Et si tu ne respectes pas leurs petites
règles, ils te donnent un mauvais rapport et/ou ils te jettent au
cachot, te placent en régime strict et t’enlèvent certaines « libertés
» comme téléphoner, la visite etc. Tout à fait comme dehors, où les
privilèges qu’on a (ces libertés artificielles) sont vus comme de la
vraie liberté, dedans tu t’habitues après un certain temps à quelques
privilèges (comme la promenade, téléphoner, etc.) et tu ne conçois plus
le fait d’être enfermé comme le problème, mais bien la sauvegarde de
certains privilèges comme solution à tes problèmes. Finalement, aussi
ici, tu peux, si tu as de l’argent, consommer à volonté et te sentir
mieux à cause de ça. Te sentir comme si tu te trouves dans un hôtel bon
marché avec la seule différence que tu ne peux pas aller te promener
sur la plage pour regarder des singes, mais où tu dois rester tout ce
temps de merde en cellule, sans grogner…
Ca va bien avec moi,
et aussi avec Jürgen, en dehors du fait qu’on est donc traité comme des
mouflets (on ne peut même pas avoir de briquet ou d’allumettes en
cellule). Pour le reste, c’est souvent ta propre attitude qui détermine
comment les autres prisonniers et les matons te traitent, bien sûr
qu’il y a des enfoirés et des conasses partout. Le plus difficile,
c’est de rester hors de la hiérarchie qui règne ici (la même qui, à
l’extérieur, est seigneur et maître du sort des milliards). Et ceci
dit, je ne veux pas seulement dire la hiérarchie entre l’Etat (matons,
flics) et les prisonniers, mais aussi entre prisonniers eux-mêmes. Car
cette hiérarchie est bien dessinée ici et tu ne dois pas penser, en
petit anarchiste, à attaquer cette structure ou sinon, pour ainsi dire,
ils te mettent une fourchette dans l’estomac.
Tant que les
rapports de pouvoir dans toute la société ne sont pas bouleversés, ces
structures ici resteront debout. La destruction des prisons, de toutes
ses structures et de toutes ses formes, comme une partie d’un appareil
répressif et totalitaire, ne peut prendre corps que dans une lutte
totale qui vise à détruire le capitalisme et son outil, l’Etat. Amen.
Normalement, je devrais passer à nouveau fin novembre devant la Chambre
de Conseil, mais ça a été avancé vers le 9 novembre, la date où Jürgen
aussi doit comparaître devant la Chambre. Bien sûr nous voulons tous
les deux sortir d’ici au plus vite possible, mais le fait que nous ne
collaborons pas à l’enquête leur donne bien sûr une bonne occasion de
nous emmerder et de garder le plus longtemps possible en détention
préventive.
Jusque là, nous restons aux frais de l’Etat,
généralement avec un sourire, mais avec de temps un temps une larme,
mais toujours libres dans la pensée !
POUR UNE SOCIETE SANS CLASSES ET SANS PRISONS !
Paolo
Prison de Gand
début novembre 2009
* Cette nuit là, un débat a eu lieu à Gand avec entre autres Filip
Dewinter [leader du parti fasciste] et J.M. Dedecker [leader d’un parti
de l’extrême-droite]. Le sujet était, comment il est possible
autrement, le débat sur la voile. En temps de soi-disant crise
économique (car les riches ne mangeront pas une tartine de moins), le
capital (et ses mercenaires, les fascistes et partis de droite) tient
toujours prêt le mouton noir pour déclencher une chasse à l’homme.
Ainsi, il dévie l’attention des problèmes réels comme la division
inégale et criminelle des richesses. Les partis sociaux-démocratiques
de « gauche » ont participé volontiers à cette campagne calomnieuse
pour maintenir et augmenter leur électorat. Ils n’ont pas d’autre
stratégie contre (l’extrême) la droit de reprendre les points de vu et
la propagande de haine contre les clandestins et les étrangers (sous le
couvert d’une guerre contre le terrorisme et, susurrant, contre
l’islam). Cette même nuit, le Palais de Justice à Gand a été attaqué et
quelques étudiants de droite ont été rossés. Ici et là, des feux ont
été allumés.
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