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  Posté le lundi 13 juillet 2009 @ 18:43:01 by fuckedup
Contributed by: fuckedup
JusticeIl y a quelques temps, j’ai été irrité de voir un magazine anarchiste bien connu utiliser le support aux prisonniers/ères comme un exemple de politiques a question unique.  (“single-issue” politics) Le commentaire était peut-être simplement irréfléchi, mais le fait qu’il semble être passé inaperçu, et certainement non contesté, reflète la pauvreté de la pensée anarchiste actuelle en ce qui concerne la lutte des prisons, ainsi que la marginalisation de ce qui a déjà été une question centrale pour les révolutionnaires en général et pour les anarchistes en particulier.

Alors que certains anarchistes peuvent voir la lutte des prisons comme une simple question unique de plus, pour un nombre croissant de gens de la classe ouvrière, la prison est une partie centrale de la vie.

            La fonction du système judiciaire et pénal britannique est de mettre en taule les gens de la classe ouvrière—chose qu’il fait exceptionnellement bien. Presque personne de la classe moyenne ne va en prison, et dans les cas extrêmement rares où ces gens y vont, ils se font donner des sentences plus courtes, et de façon marquée sont traitéEs différemment des gens de la classe ouvrière. La classe moyenne est heureuse de demander des sentences plus longues ainsi que la détérioration des conditions d’incarcération, en ayant la conviction que les chances qu’eux-mêmes ou que leur famille ou amiEs aient jamais en prison sont presque nulles ( regardez Billy Straw). À cause de leur (réelle) position de classe, les gens qui dominent tous les mouvements politiques dans ce pays (la classe moyenne) voient la lutte des prisons comme une question marginale, et conséquemment les mouvements qu’ils infestent sont à leur tour marginalisés de cette lutte. Ceci est présentement aussi vrai du mouvement anarchiste anglais que de la gauche en général, et en pratique (et cela peut être pénible à entendre) le mouvement anarchiste est pire que d’autres à ce propos.

            Malgré ce qu’ils peuvent prétendre, les pseudo-révolutionnaires de la classe moyenne entretiennent encore la majorité de leurs préjugés anti-classe ouvrière tenus par leurs mamans et papas. Ces préjugés se manifestent de toutes sortes de façons, incluant leurs attitudes envers les prisonniers/ères. Ce n’est pas une coïncidence si la gauche et le mouvement anarchiste anglais ont généralement été bien plus confortables de publier des histoires de prisonniers/ères qui sont incarcérés assez loin d’eux pour que ceux-ci ne se retrouvent probablement jamais à leur porte. Ils peuvent prétendre autre chose, mais la majorité des anarchistes de la classe moyenne semblent avoir des préjugés innés lorsqu’il s’agit d’accepter que tellement d’erreurs judiciaires aient lieu dans ce pays, et peu croient sincèrement que l’État met les gens en dedans (fits people up), certainement pas résultant directement de leur activisme politique- cela n’arrive que dans les autres pays.

 

Aucun groupe d’individus isolé ne peut lutter contre un ennemi infiniment plus fort, et nous voici aussi isolés que possible 

 

En ce moment, il y existe peut-être réellement quelques activistes dans ce pays que l’État voit comme une menace réelle (ou au moins comme une sérieuse épine au cul), ce qui est plutôt une triste réflexion sur l’état des politiques révolutionnaires. Croyez-moi, si et lorsque les anarchistes deviennent des opposantEs dignes de l’État, ils le trouveront plus que disposé à se défendre. Plusieurs prolétaires l’ont réalisé à leurs dépens dans le passé, et alors qu’à cause de leur statut de classe les pseudo-révolutionnaires de la classe moyenne sont protégéEs de tout cela, les gens de la classe ouvrière ressentent de plus en plus le talon de fer de l’État sur leur faces. L’emprisonnement devient une part de plus en plus centrale de la vie des gens de la classe ouvrière; peu d’entre nous sont sans frères, soeurs, mères, pères, fils, filles, amiEs ou amantEs qui n’ont pas été incarcérés, et souvent pour rien. Les sentences deviennent plus longues, et il devient de plus en plus facile pour la Police and Crown Prosecution Service (service de prosécution de la police et de la couronne) de mettre les gens en taule.

 

La lutte derrière les barreaux est une part intrinsèque de la lutte révolutionnaire plus large, et les prisonniers ont besoin d’organisations qui sont capables de donner concrètement du support et de la solidarité révolutionnaire, et non de la rhétorique vide.

 

Nous avons vu dans les dernières années une vague de répression croissante dans les prisons britanniques, mais malgré le fait que plusieurs aspects de la lutte politique soient presque inexistants dans ce pays, la lutte contre l’oppression dans les prisons anglaises perdure. Les prisonniers méritent du support dans cette lutte. Aucun groupe d’individus isolés ne peut lutter contre un ennemi largement plus fort, et nous voici plus isolés que jamais.

            Lorsque ça en vient au travail de support des prisonniers/ères, nombreux anarchistes croient trop à notre propre propagande, qui sur cette question est au mieux de prendre des désirs pour des réalités, et au pire de pures mensonges. La vérité fait mal, mais le fait est que, parmi les anarchistes de ce pays aujourd’hui, la solidarité est un bien peu commun.  J’ai pris part au mouvement anarchiste pendant 20 ans avant d’être mis en taule par l’État, mais pendant les premiers 4 ans de mon emprisonnement, je n’ai reçu qu’un soutien limité de la part de quelques camarades.

            Les anarchistes ont pendant longtemps été forts à encourager une résistance active dans les prisons anglaises, cependant ils sont rarement disposés à fournir la solidarité et l’aide financière requise/demandée par les prisonniers/ères qui sont brutalisés et isolés pour avoir résisté en prison. Cela reflète l’attitude de la soi-disant gauche “révolutionnaire” en général, très axé sur des slogans appelant au militantisme et à la révolution, mais choqués et envieux par des actes de résistance, même relativement mineurs. Comme les anarchistes de la classe moyenne ils voient tout individu tenant le cocktail molotov pour appuyer les mots avec l’action comme de dangereux lunatiques. Ce n’est pas surprenant si de nombreux prisonniers (comme la classe ouvrière en général) considèrent les politicos avec suspicion, ou même un mépris absolu.

            Alors qu’on nous informe dans certains quartiers qu’il n’y a jamais eu autant d’anarchistes dans ce pays, le fait est que les organisations et structures qui ont traditionnellement fait le mouvement sont en lambeaux, et que tout le mouvement semble être en désarroi idéologique, avec plusieurs camarades tellement honteux de l’état des choses qu’ils/elles en ont assez. Même l’ABC (Anarchist Black Cross), auquel plusieurs anarchistes prennent intérêt à temps partiel, a été réduit a un petit nombre d’individus et de groupes minuscules, avec peu de cohésion et de direction, et apparemment sans volonté d’aborder leurs évidents problèmes organisationnels.

            Le désarroi courant dans le mouvement de solidarité aux prisonniers ne pouvait pas apparaître à un pire moment pour ceux d’entre nous derrière les barreaux, car nous en sommes à un point critique dans la lutte des prisons anglaises. Des batailles prennent maintenant place, qui décideront des conditions des prisonniers pour les plusieurs années à venir. À l’intérieur, les forces Étatiques ont l’intention de se débarrasser des concessions par rapport aux conditions humaines qu’ils étaient forcés à faire dans les années 80 et d’écraser la résistance des prisonniers une fois pour toutes, alors qu’à l’extérieur le Gouvernement Travailliste  intensifie ses attaques sur la classe ouvrière à travers l’érosion des libertés civiles et la construction d’un État policier incroyablement déguisé, enfermant plus d’entre nous que jamais.

            La lutte derrière les barreaux est une part intrinsèque de la lutte révolutionnaire plus large, et les prisonniers ont besoin d’organisations qui sont capables de donner concrètement du support et de la solidarité révolutionnaire, et non de la rhétorique vide. Si nous sommes sérieux-euses en tant que révolutionnaires nous devons construire un mouvement de solidarité efficace qui s’opposera de façon cohérente à la répression croissante de l’État, et qui est capable d’aider efficacement la résistance des prisonniers-ères et même d’aller vers l’offensive pour son support. Comme le dit le prisonnier anarchiste Ojore N Lutalo, “Tout mouvement qui ne supporte pas ses prisonniers-ères politiques est un mouvement feint.”

            Full Sutton Prison, Février 1999


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