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  Post� le jeudi 30 avril 2009 @ 17:05:54 by AnarchOi
Contributed by: AnarchOi
AnarchieSource : H. Bourgin , article �Proudhon�, La Grande Encyclop�die,tome 27e, La Grande Encyclop�die, Paris, Soci�t� anonyme, n.d. (d�but 20e)

La place de Proudhon est consid�rable dans l'histoire de la pens�e fran�aise et du socialisme fran�ais. Il a fait passer � l'�preuve de sa critique s�v�re, g�n�ralement pr�venue, mais presque toujours perspicace, toutes les th�ories �conomiques et sociales notables, produites en France depuis la fin du XVIIIe si�cle; il les a parfois mal jug�es, mais, par une rude analyse, il en a toujours exprim� le contenu et mis en lumi�re les �l�ments constitutifs. La partie de dialectique et de pol�mique de son �uvre pr�sente ainsi le tableau � peu pr�s complet de ces th�ories, rationnellement distribu�es, plac�es � leur rang, dispos�es entre elles selon leurs rapports. Mais, dans ce mouvement d'id�es, dont il ne s'est pas s�par�, il a pris � son compte ou �labor� de lui-m�me un certain nombre de propositions ou de syst�mes que l'�conomie politique ou le socialisme ont regard�s comme des acquisitions positives. Il a donn� au f�d�ralisme et � l'anarchisme une doctrine; il a con�u une organisation d�mocratique du cr�dit; il a, sinon cr��, du moins pr�cis� et fix� les th�ories socialistes de la valeur, de la rente, du droit de l'ouvrier au produit int�gral de son travail: on peut ainsi appr�cier sa part dans la formation ou dans la direction des doctrines contemporaines.

Proudhon n'a pas fait �cole. L'extr�me personnalit� et l'�volution constante de sa pens�e rendaient difficile un groupement net et durable de disciples. Cependant il a eu autour de lui un certain nombre d'hommes m�diocres, mais d�vou�s, qui ont d�fendu les plus communicables, les plus simples et les plus actives de ses id�es. Darimon, Langlois, Chaudey, Duch�ne et une douzaine d'autres, ses collaborateurs et ses amis, ont vulgaris� les conclusions pratiques dont ils ne comprenaient pas toujours les pr�misses et qu'ils d�naturaient parfois. Bakounine doit � Proudhon plus de la moiti� de ses id�es.

Ces r�sultats d'un grand effort paraissent faibles; mais il n'y a l� qu'un insucc�s doctrinal, qui s'explique, Proudhon ayant dit tout ce qu'il avait � dire, et ne laissant: presque rien � d�velopper de ce qu'il avait une fois dit.

Son action directe sur le publie a �t� notable et efficace. Jusqu'en 1848, ses ouvrages, assez peu lus, n'ont int�ress� que le monde savant et les th�oriciens; mais en 1848, entr� dans la lutte, il s'est fait connaitre du peuple, et il a eu sur lui une imm�diate influence. Ses journaux �taient parmi les plus importants de Paris; le Repr�sentant du peuple acquit � la Banque d'�change les adh�sions d'une partie de la presse; le Peuple, presque aussit�t apr�s sa fondation, tira � 30.000 exemplaires, puis r�guli�rement � 50.000, et parfois jusqu'� 70.000; sa propagande attira � la Banque du peuple, en moins de deux mois, plus de 12.000 adh�rents: la Voix du peuple tirait encore � plus de 20.000 exemplaires. �cras�s d'amendes, ces journaux succomb�rent les uns apr�s les autres, mais l'effet produit par eux avait �t� grand. Au contraire, l'action de Proudhon sur les partis politiques fut nulle; ses attaques violentes contre la gauche l'isol�rent � l'Assembl�e nationale et dans le parti d�mocratique tout entier. Il s'effor�a de constituer en France un parti purement socialiste et r�volutionnaire, et peut-�tre e�t-il r�ussi sans le coup d'�tat et la r�action bonapartiste: son incarc�ration n'avait pas diminu� son influence; son Id�e g�n�rale de la R�volution se vendit �plus de 42.000 exemplaires. Le coup d'�tat, en lui r�v�lant l'aveuglement du peuple, non instruit par ses anciens ma�tres, et les dix ann�es d'imp�rialisme autoritaire et cl�rical qui suivirent, en lui d�couvrant la l�chet� et la d�composition morale de la haute bourgeoisie, modifi�rent ses vues politiques: il se proposa de faire l'union entre la petite bourgeoisie, qui touchait au prol�tariat, et la partie sup�rieure et cultiv�e du prol�tariat; c'est � cette classe nouvelle qu'il destinait ses th�ories revis�es et accommod�es � une application imm�diate. Apr�s 1860, par ses amis bourgeois et ensuite par ses publications, ses id�es recommenc�rent � p�n�trer dans le peuple. Le r�veil d�mocratique de 1863 leur fut une occasion de s'affirmer. Des centres d'opposition se form�rent, � Paris et dans quelques d�partements, pour protester contre l'Empire par l'abstention �lectorale, en r�clamant, � d�faut de f�d�ration, la d�centralisation et le mutualisme; il y eut, aux �lections de 1863, � l'occasion desquelles on se compta, environ 4.600 protestataires pour Paris et 63.000 pour les d�partements. Mais la politique de Proudhon continua � faire des adh�rents, et, au mois de mars 1864, la consultation que lui demanda un groupe d'ouvriers de Paris sur la situation �lectorale et le Manifeste des soixante est une preuve des progr�s qu'avaient faits ses id�es dans l'opinion d�mocratique et populaire.

Son influence ne cessa pas � sa mort; elle dure encore, plus ou moins reconnue. Le mouvement important de la mutualit� dans les derni�res ann�es de l'Empire se rattache en partie � lui; la Commune, dont plusieurs des principaux membres avaient �t� les propagateurs de ses th�ories, en fut un essai d'application fragmentaire, incoh�rent et violent; l'Internationale mit en pr�sence et en conflit l'anarchisme proudhonien et le marxisme organis�, qui n'en triompha, aux congr�s, que par l'exclusion et le coup d'�tat; l'esprit de Proudhon s'affirmait encore dans les assembl�es du socialisme fran�ais (congr�s de Marseille, 1889); il dirige � cette heure de nombreuses organisations ouvri�res, qui n'ont pas adh�r� au collectivisme, et ne se disent pas socialistes; ce qu'il reste de lui peut faire pr�voir des transformations peut-�tre profondes du socialisme, sur lequel il n'a pas �puis� sa puissance de critique et d'action.




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