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  Post� le dimanche 25 novembre 2007 @ 12:26:30 by blackcat
Contributed by: blackcat
GuerrePour cette deuxi�me �mission du Monde comme il va, je vous propose, contrairement � une rumeur qui annon�ait quelques nouvelles irakiennes, une tourn�e dans les Balkans. On ne parle plus gu�re de cette r�gion qui a fait les gros titres de l�actualit� entre 1991 et 1999. C�est-�-dire la p�riode qui va de l��clatement de la Yougoslavie titiste n�e en 1945 � l�intervention des troupes de l�OTAN contre la Serbie, officiellement ces bombardements �taient motiv�s par la situation au Kosovo.



Trois guerres ont eu lieu dans cet intervalle de 9ann�es : en Croatie, en Bosnie et au Kosovo et en Serbie pour la derni�re. Trois guerres auxquelles nous n�avons pas compris grand-chose entre autre parce qu�elle ne pouvait pas �tre lu par les grilles id�ologiques habituels. M�me si on y retrouve les m�mes acteurs (les �tats-Unis, la Russie, les �tats d�Europe occidentale), ce sont les premi�res guerres de l�apr�s affrontement Est-Ouest. Les cartes ont �t� brouill�es : certains tiers-mondistes demandaient une intervention militaire de l�OTAN au nom de la protection des civils et de l�ing�rence humanitaire ; d�autres, peu nombreux, r�cusaient compl�tement cette id�e, au nom de l�anti-imp�rialisme ou du pacifisme ; les plus nombreux, ce sont terr�s chez eux. Depuis, ces conflits ont �t� �teints par une s�rie d�accords : ceux de Dayton qui ont mis en terme en 1995 � la guerre en Bosnie, ceux d�Erdut en 1997 qui ont organis� le retour aux fronti�res croates de 1991 et enfin les accords de Kumanovo en 1999 qui ont plac� le Kosovo sous autorit� provisoire de l�ONU. Qu�en est-il aujourd�hui de la situation dans ces diff�rents
pays ? Les interventions militaires ont-elles permis, comme promis, d�installer durablement la paix ?

En fait, pour ne pas tra�ner en longueur et respecter les canons de la rh�torique acad�mique, il faut bien reconna�tre que rien n�est r�gl� et qu�une grande partie de l�ex espace yougoslave reste malheureusement une v�ritable p�taudi�re.

D�un Etat yougoslave on est d�sormais pass� � 6 r�publiques, dont une, la Bosnie, est coup�e en deux entit�s avec chacune leurs propres institutions. Et avec la possibilit� d�en voir na�tre un septi�me : le Kosovo. Mais o� s�arr�teront-ils ? La cr�ation de ces six pays d�passe le simple fait de franchir une fronti�re toutes les trois heures ou de changer de monnaie aussi r�guli�rement. Monnaie dont on se d�barrasse difficilement dans le pays voisin : le Mont�n�grin ne veut pas du dinar serbe mais accepte la kuna croate qui elle est refus�e en Serbie. Le Mac�donien, pour ne pas �tre en reste, refuse le lev bulgare... La multiplication des fronti�res c�est aussi la culture de la mesquinerie et de la connerie.

Par exemple, il ne faut pas oublier de m�nager les susceptibilit�s, au lieu de lancer un � ne govorite srpski � (je ne parle pas serbe), il faut penser � dire d�sormais : � ne govorite cernagoski � ou bosanski ou hrvatski... Seul l�adjectif change mais il s�agit � chaque fois de la m�me langue, la seule diff�rence, c�est l�accent. Entre le serbe et le bosniaque c�est comme entre un toulousain et un tourangeau. On ne fait pas la guerre pour rien pendant quatre ans, d�sormais on parle le bosanski ou cernagorski. C�est vraiment paradoxal parce que mes diff�rents s�jours ici � Sarajevo m�ont justement vaccin� contre ces identit�s �triqu�es et excluantes.

Mais pour en revenir � l�espace yougoslave, il faut pr�ciser qu�il est d�sormais coup� en deux ou plus pr�cis�ment, il s�est r�duit : la Slov�nie et la Croatie en sont sorties. La Slov�nie est membre de l�Union europ�enne depuis 2004 et le 1 er janvier dernier, l�euro y a remplac� le tolar. Pour les Slov�nes, la Yougoslavie c�est loin tr�s loin, un autre univers. Lorsqu�ils se rendent en Mac�doine, ils ont du mal � se convaincre qu�ils appartenaient au m�me pays il y a dix ans. Les �carts de richesse, qui avaient d�j� pr�valu en 1991 � la d�claration d�ind�pendance de la Slov�nie (on ne m�lange pas les torchons et les serviettes, les milieux dirigeants slov�nes ont pr�f�r� bouleverser l��quilibre politique yougoslave plut�t que de partager leurs richesses avec les r�publiques du sud), les �carts de richesse donc, ne se sont pas combl�es, loin de l�. Pour le bonheur des entreprises slov�nes, l�ex espace yougoslave est rest� un d�bouch� �norme pour leur industrie manufacturi�re et agro-alimentaire.

Quant � la Croatie, au-del� de la candidature � l�UE, elle est redevenue une destination touristique de premier ordre, Italiens, Autrichiens, Allemands et Fran�ais viennent en masse arpenter les rues de Zadar, Split, Korcula et Dubrovnik. Ils ont finalement avantageusement remplac� les Serbes, Bosniaques et autres Mac�doniens.


La sph�re yougoslave s�est donc r�duite mais elle existe toujours. Elle existe par la force des choses : d�sormais cette poign�e de pays balkaniques est entour�e par l�Union europ�enne. Tous les pays voisins en sont membres : l�Italie, la Slov�nie, la Hongrie, la Roumanie, la Bulgarie et la Gr�ce. Pour sortir, il faut un visa europ�en assez compliqu� � obtenir pour le commun des mortels. L�enclavement dans l�Union europ�enne renforce l�isolement de l�ex espace yougoslave.


Et puis c�est aussi un sentiment : la Yougostalgie est � la mode, en Bosnie, en Serbie, en Mac�doine et au Mont�n�gro. Il existe un parti titiste toujours communiste, l�anniversaire de la naissance de Tito est f�t�, les effigies de Tito se vendent bien et s�affichent dans les maisons et les boutiques� Le titisme et la Yougoslavie qui allait avec, c�est le souvenir des vacances heureuses � la mer pour les ouvriers des usines de Novi Sad, Belgrade ou Sarajevo� qui profitaient des maisons de vacances socialistes : � Plavo se more talasa, odmara se radnička klasa � (il y a des vagues sur la mer, se repose la classe ouvri�re). C��tait avant la crise de la fin des ann�es 1980 o� tout le monde se pr�cipitait dans la rue d�s que les salaires tombaient pour les changer en marks face � une inflation sup�rieure � 1 000%.

Aujourd�hui, commun�ment et par facilit�, plut�t que de parler de Bosnie, Mont�n�gro, Serbie, Mac�doine, les gens utilisent toujours le terme ex-Yougoslavie ou Yougoslavie tout court. Et tout un chacun se d�sole de l��clatement et des guerres qui ont suivi. Dans la gare routi�re d�Herceg Novi au Mont�n�gro, personne n�a encore song� � enlever les affiches /Jugoslavija/ et la carte routi�re est toujours celle de la Serbie Mont�n�gro. �a correspond � une certaine r�alit� : au moins la moiti� des cars viennent ou vont en Serbie. Et les Serbes n�ont pas besoin de passeport pour tremper leurs pieds dans la mer Adriatique.

On pourrait se f�liciter que cet espace existe toujours malgr� les guerres, les morts, les d�placements de population� On pourrait r�ver. Le probl�me c�est que cette yougostalgie se conjugue avec une haine du voisin ou dans le meilleur des cas une m�fiance enracin�e. L�espace yougoslave est avant tout morcel�. C�est une mosa�que avec une multitude d�identit�s locales divergentes et des conflits en attente.

Parce que oui il s�agit bien de conflits en attente. Rien n�a �t� r�solu par les diplomates occidentaux par les diff�rents accords.

Premier constat : les troupes de l�OTAN sont toujours pr�sentes dans la r�gion, on les croise en Mac�doine, au Kosovo et en Bosnie. Certes leur nombre a fortement d�cru, il fallait trouver de la main-d��uvre pour aller en Irak et en Afghanistan mais elles sont toujours-l�. 16 000 hommes au Kosovo, 7 000 en Bosnie-Herz�govine. La pr�sence en Mac�doine est r�duite � une repr�sentation � Skopje. Mais les convois de la KFOR circulent largement en Mac�doine. Il faut rajouter 2 000 casques bleus de la Minuk au Kosovo.

L�avenir du Kosovo est abord� quotidiennement par la presse locale et les sentiments nationalistes sont loin d��tre �teints. Il ne faudrait pas croire que le discours nationaliste est minoritaire. Ce n�est pas l�apanage de quelques nationalistes excit�s qui ressassent la grandeur pass�e. Le sentiment national est encore tr�s pr�sent et les embl�mes tchetniks sont brandis sans aucun probl�me dans les f�tes en Serbie.

Pour rappel, le Kosovo est officiellement une partie de la Serbie plac�e sous mandat de l�ONU. Ce statut a �t� vot� par la r�solution 1244 de l�ONU. Dans les faits, m�me s�il ne faut plus de permis sp�cial pour s�y rendre, cette r�gion est devenu un protectorat international o� le gouvernement serbe n�a aucun contr�le : la monnaie utilis�e est l�euro et c�est l�OTAN qui g�re int�gralement la province. Les deux communaut�s serbe et albanaise se regardent toujours en chien de fa�ence et se tirent dessus d�s qu�elles le peuvent. Le mandat de l�ONU arrive � �ch�ance et on voit mal le Kosovo retourner � la Serbie ou devenir ind�pendant ou �tre rattach� � l�Albanie sans que cela ne soul�ve la moindre vague. Je pense que personne ne sait comment se sortir de ce merdier et la solution qui reste est celle de faire tra�ner les choses.

Quel marchandage pourrait avoir lieu pour convaincre les uns et les autres de n�importe quelle solution ? Dans l��tat actuel des choses, c�est statu quo ou ind�pendance.


L�ensemble des populations albanaises (c�est-�-dire de Mac�doine, du Kosovo et d�Albanie) est s�r d�obtenir l�ind�pendance du Kosovo. Dans les rues de Tetovo au nord-ouest de la Mac�doine, l�identit� albanaise est clairement revendiqu�e : la seule langue utilis�e au quotidien est l�albanais, les vendeurs de rue proposent des drapeaux albanais, un monument est d�di� � la gloire de l�U�K, l�arm�e de lib�ration du Kosovo�

Les nationalistes serbes quant � eux, se sentent d�j� trahis par la communaut� internationale et ne jurent que par Vladimir Poutine, dernier rempart contre l�ind�pendance du Kosovo.

Le futur statut du Kosovo passionne aussi les Mac�doniens slaves qui se demandent comment va �voluer leur pays : l�ind�pendance possible du Kosovo ne va-t-elle pas provoquer une hausse des revendications s�paratistes de la communaut� albanophone de Mac�doine qui repr�sente aujourd�hui 30% au moins de la population du pays ? La population mac�donienne craint un effet domino, un remaniement g�n�ral des fronti�res et se retrouve � d�fendre au c�t� des Serbes une identit� slave et orthodoxe face � l�islam. Et chacun r�cite le nombre de monast�res ou d��glises d�truites ou ab�m�s par l�autre, le barbare.

D�truire une �glise est un acte politique, mais la sacraliser en est un autre. Et ici, dans les Balkans chaque groupe s�emploie � marquer son territoire � travers les traces du pass�. S�il apparaissait � certains douteux a certains de � mourir pour Dantzig �, ici c�est une certitude : � il faut mourir pour une �glise �.


On pr�pare d�j� la prochaine guerre entre eux et nous. Eux ce sont les musulmans d�origine slave ou les albanais, et nous les Serbes ou les Mac�doniens. C�est selon.

Eux ne sont pas comme nous, eux prennent l�enseignement religieux au pied de la lettre, eux sont tous fondamentalistes. Eux sont accus�s de prolif�rer comme des lapins, ont tous au moins dix gamins... Eux sont intol�rants, ne disent jamais la v�rit�, et servent un discours sp�cial aux occidentaux� Ce discours d�lirant cache la peur des Mac�doniens slaves de devenir minoritaire en Mac�doine. Pour eux, les Albanais ne sont pas ici chez eux. Ce discours nationaliste oublie un peu rapidement que les fronti�res actuelles sont un h�ritage de la premi�re guerre mondiale et qu�en 1918, les vainqueurs ont s�par� la communaut� albanaise sur trois Etats pour les punir d�avoir choisi le camp germano-autrichien.

A la question mais vous ne pensez pas que vos voisins pourraient en dire autant sur vous ? La r�ponse est d�sarmante : Mais bien s�r que non puisque nous disons la v�rit�. Il suffisait d�y penser. Pourtant, c�est extr�mement facile d�entendre des personnes affirmera que les Serbes sont fourbes, qu�il est impossible de savoir ce qu�ils pensent, qu�ils prennent en tra�tre, qu�il ne faut pas leur faire confiance�

La situation n�est gu�re plus brillante en Bosnie qui a h�rit� du compromis des accords de Dayton : un pays deux entit�s. D�un c�t� la f�d�ration de Bosnie-Herz�govine commod�ment appel�e f�d�ration croato-musulmane, avec son propre gouvernement et son d�coupage cantonal cr�� afin de faire accepter aux nationalistes croates l�id�e de ne pas avoir d�entit� propre. En face, la r�publique serbe de Bosnie avec son gouvernement et un fonctionnement centralis�. Au dessus de ces deux entit�s, une pr�sidence coll�giale, un gouvernement et un parlement pour l�ensemble de la Bosnie. Enfin, le haut repr�sentant de la communaut� internationale, un europ�en, fait la pluie et le beau temps, d�met les responsables politiques, fait passer des d�crets� Douze ann�es apr�s la fin de la guerre, chacun fonctionne dans son coin en �vitant d�avoir affaire � l�autre.

Cette coupure se vit au quotidien : les cartes t�l�phoniques de la f�d�ration ne sont pas valables en r�publique serbe. Pour se rendre en r�publique serbe ou en Serbie � partir de Sarajevo, inutile d�attendre sur les quais de la gare centrale. Tous les cars partent de Dobrinja 1, le quartier serbe le plus �loign� de la ville. Les transports urbains s�arr�tent � 200 m�tres de cette deuxi�me gare routi�re. Toutes ces fronti�res s�inscrivent plus ou moins dans le paysage. Pour n�importe qui, l�existence de ces deux gares pourrait para�tre simplement incoh�rente. Ici non, tout le monde sait que la gare de Dobrinja est de l�autre c�t�, chez les autres. J�ai demand� na�vement pourquoi le trolley n�allait pas jusque l�, on m�a vaguement r�pondu que c��tait sans doute politique. Oui sans doute. Et il convient de passer � pied cette fronti�re sans doute pour souligner le passage d�un monde � l�autre. Passage plac� sous la surveillance � l�est d�une mosqu�e et � l�ouest une �glise orthodoxe. Voil� un quartier prot�g� par la divine providence. D�cidemment Sarajevo n�a pas chang� et cela laisse songeur sur la reconstruction du pays

En dehors de Sarajevo, il n�y a qu�une ville qui a des relations normales avec la Serbie et la r�publique serbe de Bosnie, c�est Tuzla. Partout ailleurs, il est inutile d�attendre un bus pour aller de l�autre c�t�.

Tout le monde cultive ces oppositions. A un kilom�tre de Gorazde, les Serbes ont cr�� Novo Gorazde, parfois certains panneaux indiquent plus prosa�quement Gorazde serbe pour ne pas confondre avec l�autre.

Mais les antagonismes sont plus compliqu�s que cela en Bosnie, chaque ville a son propre pass� li� � la guerre. Pour un habitant de Gorazde il est hors de question de croiser un Serbe dans sa ville et les Croates peuvent y venir sans probl�me. A Mostar o� la guerre s�est jou�e � trois entre Serbes, Bosniaques et Croates, c�est l�inverse. La r�alit� est encore diff�rente � Tuzla o� peu de Serbes ont quitt� la ville pendant la guerre.

Au vu de ces diff�rentes situations il est peu probable que les forces de l�OTAN quittent la r�gion prochainement. Leur d�part remettrait les ennemis d�hier face � face avec des situations conflictuelles en suspens. La situation actuelle au Kosovo et en Bosnie r�sulte de la volont� d��teindre les conflits sans proposer de solution politique. Les diplomaties n�ont fait que pousser la poussi�re sous le tapis.


Texte issue de l'�mission de radio "Le Monde comme il va" Hebdo libertaire d'actualit� politique et sociale, nationale et internationale

Tous les jeudis de 19h � 19h50
Alternantes FM 98.1 Mgh (Nantes) / 91 Mgh (Saint-Nazaire)
Alternantes FM 19 rue de Nancy BP 31605 44316 Nantes cedex 03

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