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International : L'Europe, l'Afrique et la stratégie néolibérale de cooptation
Posté le lundi 05 novembre 2007 @ 11:58:02

La stratégie d'ensemble, au niveau des gouvernements, pour le Sommet Europe - Afrique, de 7 et 8 décembre, présente un aspect très clair : la franche cooptation des ONG, soit internationale, soit de pays européens ou africains, dans une série de partenariats stratégiques.



Il s'agit, en fin de compte, du développement logique du modèle d'assistanat pour l'Afrique, une politique qui omet les promesses d'aides des états de l'Union européenne (UE) par rapport à l'Afrique dans d'innombrables sommets, qui omet d'éliminer le protectionnisme européen, les plus qu'évidents obstacles à l'expansion des produits agricoles africains dans le marché européen, qui omet le pardon de la dette, la réalisation des dits «objectifs du millénaire»…. C'est une stratégie qui a pour but que quelques pays européens de plus grand poids (beaucoup sont des ex-puissances coloniales) puissent continuer à bénéficier de parts de marché, presque en régime de monopole. Même le débile capitalisme portugais à d'importants intérêts économiques et des groupes qui parient dans des partenariats stratégiques, par exemple en Angola, dans la construction civile, le pétrole et maintenant aussi dans la banque privée. Cette stratégie permet que les structures des ONG soient la face visible d'une dépendance accrue des pays d'Afrique, au capitalisme de l'Union européenne. Ceci,  après que les infrastructures de santé publique, d'éducation, etc. furent démantelées, dans les années 90, par le truchement de politiques criminelles du FMI et de la Banque Mondiale, avec le plein accord des pouvoirs européens, pour rembourser la dette, les tristement fameux «plans d'ajustement structurel». Elle permet aussi l'enrôlement des institutions de la société civile à la logique des États, pour œuvrer aux objectifs que les gouvernements «acceptent généreusement» de leur assigner.

Il faut souligner l'importance dans la préparation du sommet Europe–Afrique, de la rencontre des syndicats tenue, à huis clos, le 26 -27 octobre à Lisbonne. Cette rencontre se réalisa sous les auspices conjointement de la CES (Confédération européenne de syndicats) et de la présidence de l'UE (le gouvernement portugais),  avec la CIS (Confédération internationale syndicale) et les syndicats africains. Les syndicats de la CES (où siègent les confédérations portugaises UGT et CGTP) ont l'habitude de faire une série de «recommandations» à ces sommets. Mais, d'autre part, il y aura un ancrage (encore plus fort) de ces syndicats aux objectifs des gouvernements et instances intergouvernementales respectives, la Commission européenne d'un côté et des associations d'États africains, de l'autre. Pratiquement la même chose peut se dire de la rencontre «para officielle» des ONG,  qui se déroulera à Lisbonne, durant la seconde moitié de novembre. Les propositions et recommandations présentées par les ONG et syndicats, que les gouvernements retiendront, seront seulement celles qu'ils voudront bien, pendant le sommet de décembre. Mais, par contraste, les institutions de la société civile, elles, seront cooptées pour réaliser les politiques que les gouvernements jugent intéressantes. Soit dans les rencontres ou forums informels, soit dans le sommet des chefs d'État et de gouvernement, il n'y aura pas de réel engagement de réaliser quoi que ce soit, tant au niveau des questions économiques, comme sociales et humanitaires. Certains iront se montrer "concernés" par les constantes violations des droits humains, dans les divers pays africains, comme dans l'«Europe forteresse», où les immigrants sont extradés, poursuivis, humiliés, exploités par tous les moyens. Il est bien connu que la majorité de ceux-ci provient des pays d'Afrique. Cependant,  les moyens efficaces de pression pour obliger les États à remplir leurs obligations ne seront pas mises en jeu.

Ce sera un théâtre de plus pour l'exhibition des acteurs institutionnels: ils feront semblant de faire quelque chose. Certaines figures viendront seulement pour faire la promotion de leur image personnelle et pour faire passer leur politique. Ces sommets sont des cérémonies, avec peu d'effet concret au niveau des conversations, puisque les vraies négociations ont lieu des mois avant la signature des protocoles. Les sommets ne sont importants qu'au niveau du «marketing politique», en perpétuant l'illusion que quelque chose est en train de se faire,  «pour en finir avec la faim en Afrique». Des mensonges répétés et que les gens finissent par accepter comme des vérités, malgré les évidences de que rien de significatif n'a été fait!
Au-delà de la dénonciation de cette farce, il est temps de renforcer les liens de collaboration entre les militants sociaux des deux continents.

Récemment, en avril/mai, à paris eut lieu la Conférence internationale I-07, avec la présence de syndicats alternatifs et de collectifs de plusieurs continents, don't un grand nombre d'organisations d'Afrique. Les 16-18 septembre dernier, ce fût l'occasion d'une rencontre de syndicats alternatifs et de groupes d'intervention sociale des deux rives de la Méditerranée,  Algérie et Maroc, et Europe (Espagne, France, Italie, Portugal). En coopération ouverte et fraternelle avec tous les collectifs et groupes d'intervention sociale qui le désire et dans la continuité du travail réalisé, il serait du plus grand intérêt de réaliser une rencontre ou conférence pour coordonner les stratégies, face à l'attaque néolibérale et néocoloniale dans nos pays et pour le respect des droits des travailleurs immigrants et leurs familles. Une rencontre qui ait un suivi et qui puisse atteindre, soit au niveau des organisations du Portugal, soit des autres pays participants, les objectifs suivants:
- Une évaluation et accompagnement des flagrantes
- Une évaluation et accompagnement des politiques menées par l'UE et ses états membres, notamment, les violations des droits humains en sol européen ou africain.
-La programmation de rencontres régulières entre militants sociaux de nos pays. Ceci suppose des échanges fréquents d'information et une coordination régulière entre nos organisations.
-La création de structures d'appui aux immigrants africains et la dynamisation de celles-ci, là où elles existent déjà.

Les organisations (syndicats, associations, collectifs, etc.) présentes dans le terrain social, notamment, à l'appui des immigrants et d'autres situations de précarité, devraient unir leurs efforts, mais en se conservant hors de l'hégémonie politique néolibérale. Si elles se laissent coopter, elles seront bientôt neutralisées,  bureaucratisées, et perdront, tout á fait, leur raison d'être.

Manuel Baptista




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