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  Posté le mercredi 17 octobre 2007 @ 00:37:38 by AnarchOi
Contributed by: AnarchOi
SantéL'oncologie a toujours coexisté avec les thérapies parallèles, voguant hors des traitements conventionnels contre le cancer, et basées sur des théories non fondées par la biomédecine. Un des exemples en est le Laetrile, proposé par des cliniques "alternatives" au Mexique ou ailleurs. Le raisonnement à la base du Laetrile (drogue extraite des noyaux d'abricot et de pêche) est que le cancer est causé par une déficience d'une vitamine nommée "B-17", apporter cette vitamine sous la forme de Laetrile conduirait à la rémission du cancer. Inutile d'ajouter que la vitamine B-17 n'apparaît nulle part dans la littérature biomédicale.

Les traitements contre le cancer comme le Laetrile sont souvent décrits en tant que traitements "non prouvés". Probablement, l'exemple le plus célèbre était le Committee on Unproven Methods of Cancer Treatment (Commission sur les Méthodes de Traitement contre le Cancer non prouvées) de l'American Cancer Society qui a étudié des traitements comme le Laetrile, et a publié une série d'articles dans ce journal dans les années 1980. La difficulté avec le terme de " non prouvé " est que cela ne distingue pas les cures alternatives contre le cancer, inhabituelles et invraisemblables, des nouvelles thérapies en phase d'essais terminaux. C'est ce qui a conduit certains à utiliser des termes tels que traitements contre le cancer "non-conventionnels", ou thérapies contre le cancer "alternatives et complémentaires". Cette dernière dénomination est particulièrement populaire et a été adoptée par l' American Cancer Society . Pourtant, même en utilisant cette terminologie, il est important de faire la distinction entre les thérapies "alternatives" et les thérapies oncologiques, ou encore avec les thérapies "complémentaires" utilisées à côté de la médecine scientifique, pour traiter des symptômes et améliorer la qualité de la vie.

Dans cet article, nous poserons la question de savoir si "alternatifs" et "non prouvés" sont réellement interchangeables. Nous argumenterons sur le fait que, contrairement à la plupart des écrits scientifiques, beaucoup de traitements alternatifs contre le cancer ont été étudiés avec soin, et pour lesquels il a été conclu en une totale inefficacité, dans de bonnes conditions de tests cliniques. En d'autres termes, les cures alternatives contre le cancer ne sont généralement pas seulement "non prouvées", mais ont bien été "réfutées". Il ne s'agit pas purement d'un problème sémantique, le conseil que nous donnons aux patients, au regard d'une thérapie, devraient différer de manière importante s'il a été montré que celle-ci n'est d'aucun bénéfice, comparé à une autre dont les bénéfices sont inconnus.

Comme dans tous les domaines de la science, la recherche dans les thérapies alternatives contre le cancer impliquent une séquence de preuves et de réfutations. Pour certaines thérapies alternatives, il y a de fortes preuves négatives provenant de plusieurs études; pour d'autres, le poids des données suggère une absence de bénéfices. Ceci est dû en partie parce que les enquêteurs ne ressentirent pas le besoin de reproduire les résultats négatifs d'une hypothèse de traitement improbable. En effet, il serait contraire à l'éthique de multiplier les patients pour de tels essais. Ainsi, "non prouvé" apparaît comme une expression inappropriée concernant un traitement dont des données fiables montrent qu'il est en réalité inefficace.


Revue des essais cliniques de traitements alternatifs contre le cancer

Les hautes doses de vitamine C : la thérapie des hautes doses de vitamine C contre le cancer a été popularisée par Linus Pauling. Ce dernier publia un essai non randomisé, rapportant que des patients traités avec de la vitamine C vivaient plus longtemps que ceux traités dans l'hôpital voisin dont la thérapie ne contenait pas de vitamine C 9. Il spécula sur le fait que la vitamine C améliorait la "résistance de l'hôte" au cancer 10 . Etant donné l'intérêt du public pour le régime vitamine C comme anti-cancer, une étude randomisée fut conduite dans laquelle 150 patients atteints de cancers avancés reçurent soit de la vitamine C, soit un placebo. Le temps de vie fut court dans les deux groupes , plus de 80% des patients décédèrent en l'espace de 12 semaines, et il n'y avait aucune différence entre les groupes 11. L'étude a été critiquée par Pauling, qui déclarait que l'inclusion de patients passés par une chimiothérapie, et qui pouvaient de ce fait être immunodéficitaires, invalidait l'évaluation d'une thérapie censée agir grâce au système immunitaire. Un autre essai fut dirigé avec 100 patients ayant un cancer colorectal avancé mais non soignés par chimiothérapie. De nouveau, les résultats échouèrent à trouver des différences entre les groupes, tous les patients ayant pris de la vitamine C décédèrent dans les deux ans. L'intervalle de confiance de 95% exclut la possibilité que la vitamine C puisse améliorer la survie de 25% ou plus 12. Certains chercheurs ont argumenté en disant que les résultats négatifs pouvaient avoir été causés par la prise orale plutôt qu'en intraveineuse de la vitamine C 13. Cependant, la prise de vitamine C promue dans les thérapies alternatives est généralement sous la forme orale, selon la littérature sur le sujet, mais il apparaît fortement improbable que cela soit d'un quelconque bénéfice.


Le laetrile : Le laetrile est une substance glucoside naturelle dérivée des noyaux d'abricots, devenue populaire dans les années 1970. Une étude a été dirigée sur 179 patients ayant un cancer intraitable et des lésions mesurables qui ont été traités avec du Laetrile. Comme il était de coutume à l'époque, ils reçurent aussi des vitamines et des enzymes pancréatiques. Seul un patient réunissait les critères d'une réaction partielle au traitement, 90% des sujets virent une progression de la maladie dans les 3 mois. La durée de vie moyenne n'était que de 4.8 mois 19.


Le cartilage de requin : Le cartilage de requin est devenu populaire, et considéré comme traitement anti-cancer, au début des années 1990. Il le doit notamment à la publication d'un livre Shark Don't Get Cancer (les requins n'ont pas le cancer) et à un documentaire à la télévision qui prétendait obtenir de bons résultats avec le cartilage de requin sur des patients cubains atteints de cancer 20, 21. Au milieu des années 1990, on estimait à 50000 le nombre d'américains ayant recours à ce traitement contre le cancer. C'est ce qui motiva la conduite d'une étude où 60 patients atteints de tumeurs au cerveau, au sein, au colon, aux poumons, de lymphomes, de tumeurs à la prostate et autres. Cinquante patients ont pu être évalués. Aucun ne fit l'expérience d'une réponse complète ni partielle, cinq décédèrent pendant la thérapie, cinq autres se retirèrent à cause d'intoxication, 27 virent leur maladie se développer et 13 avaient un état stable. Le temps médian de la progression de la maladie dans le groupe tout entier était de 50 jours. 90% virent leur maladie progresser en six mois et aucun patient ne vécut de temps de répit de plus d'un an. Aucune amélioration ne fut observée pour ce qui est de la qualité de vie 22.

L'histoire du cartilage de requin est cependant intéressante. Il existe une raison biologique pour utiliser des produits à base de cartilage comme agents anticancéreux : le cartilage est un tissu dénué de vaisseaux sanguins et contient des substances antiangiogéniques (qui bloquent la formation de vaisseaux sanguins). En effet, la capacité du cartilage à inhiber la neovascularisation à été démontrée il y a 25 ans environ 23. Les propriétés antiangiogéniques ne sont pourtant pas spécifiques à certaines espèces, ainsi, des extraits de cartilages de différents animaux ont montré leur capacité à inhiber la formation de vaisseaux sanguins 24 . Une compagnie pharmaceutique canadienne a développé une méthode d'extraction de segments de cartilage de requin ayant des propriétés puissamment antiangiogénique (le requin est une bonne source de cartilage parce q'une bonne proportion de son corps est cartilagineux). Ces différentes fractions ont été comparées en laboratoire et la partie la plus prometteuse a été identifiée. Connue sous le nom de Neovastat, cette formule contient une haute concentration de molécules biologiquement utiles, contrairement aux produits vendus dans les magasins diététiques, les parapharmacies ou sur internet, et a été étudiée par des essais cliniques. Batist et al. ont rendu compte d'une étude sur le Neovastat. Bien que le but initial était de déterminer la sûreté à long terme de cet agent, la dose a été augmentée pendant l'étude. Ce qui donna aux auteurs l'opportunité d'évaluer le taux de réponse des doses. Ils rapportèrent les résultats pour 22 patients avec des cellules carcinomes rénales. Il n'est pas mentionné clairement si d'autres patients furent étudiés. Ceux ayant reçu de hautes doses de Neovastat vécurent plus longtemps (14.4 contre 7.1 mois) que ceux ayant reçu de plus faibles doses 25 . L'essai était non randomisé et les résultats ne peuvent donc être considérés comme définitifs. D'autres études se poursuivent afin de déterminer si le Neovastat est réellement bénéfique à long terme 24.

Livingston-Wheeler : La méthode Livingston-Wheeler est l'exemple classique du traitement alternatif contre le cancer, parce qu'il est pratiqué dans une clinique spécialisée, et non dans un centre traditionnel, qui repose sur une croyance située hors du champ et de la connaissance biomédicale. La fondatrice de la thérapie, Virginia Wheeler, croyait que tous les cancers étaient causés par une bactérie, Progenitor cryptocide, une entité qui n'a jamais été décrite ailleurs que dans ses "travaux". Le traitement proposé à la clinique Livingston-Wheeler de San Diego, Californie, consiste en des tentatives de renforcer le système immunitaire par une "désintoxication", grâce à des régimes et des lavements et par l'administration de vaccins spéciaux. Cassileth et al. comparèrent 78 patients traités à Livingston-Wheeler à des patients soignés avec des thérapies anti-cancéreuses standards, avec une attention toute spéciale ou par l'intermédiaire de moyens spécifiques (interleukine-2 par exemple) à l'Université de Pennsylvanie sous la surveillance d'un oncologue. Les variables comparées comprenaient la race, le sexe, l'âge, l'emplacement de la maladie et la date du diagnostic. Tous les sujets avaient des cancers colorectaux avancés, cancer du poumon, du pancréas ou des mélanomes. Le diagnostic de leur espérance de vie ne dépassait pas un an et ils sentaient qu'il n'existait pas d'options de traitement conventionnel dont l'efficacité était avéré pour les sauver. En plus de leurs thérapie alternatives, plusieurs des patients du Livingston-Wheeler avaient aussi fait de la chimiothérapie, de la radiothérapie et/ou furent opérés avant et après leur adhésion à l'étude.

Il n'y eut aucune différence en ce qui concerne la durée de vie entre les groupes, la période de survie médiane dans les deux groupes était proche d'une année, avec 85% des patients ayant survécu moins de deux ans. Les patients traités à Livingston-Wheeler eurent une qualité de vie significativement plus mauvaise telle que mesurée par le Functional Living Index–Cancer 1. Quoi que l'on puisse penser de la valeur relative d'un modèle non randomisé, l'étude est parfaite pour ce qui est du contrôle de l'espérance de vie de patients traités à Livingston-Wheeler. Les résultats de l'étude réfutent les déclarations, trop souvent répétées, selon lesquelles la clinique obtiendrait 82% de taux de guérison, même dans les cas de cancers avancés 2.


La multithérapie Di Bella : La multithérapie Di Bella a été développée par Luigi Di Bella, un médecin italien. Proposée dans une clinique privée, la thérapie consiste en une prise importante de différents médicaments, dont plusieurs ne sont ni considérés ni utilisés comme agents anticancéreux. Les versions les plus récentes de la thérapie comprennent de la mélatonine, de la bromocriptine, octréotide, des rétinoïdes mélangés et du cyclophosphamide. Bien que Di Bella déclare que son approche fut développée au moyen d'essais empiriques, il semble que l'accent soit mis sur des agents qui régulent la production d'hormone de croissance, ce qui est un motif tout à fait inhabituel et insolite pour une thérapie anti-cancéreuse. La multithérapie de Di Bella a été évaluée à la fin des années 1990 suite à une jurisprudence controversée, une intense exposition aux médias et des démonstrations publiques. Onze essais séparés de Phase II ont été dirigés pour des cas de lymphomes, de leucémies, de cancer du sein, cancer du poumon, cancer colorectaux, cancer du pancréas, cancer du cou et de la tête, glioblastomes et des tumeurs avancées. Un essais supplémentaire sur un cancer du sein précoce échoua et fut arrêté. Le nombre de patients pour chaque test allait de 20 (glioblastome) jusqu'à 65 (cancer du poumon avec traitement chimiothérapique antérieur). Un total de 395 patients a été étudié sur les 11 tests dont 386 avaient eu des réactions éligibles à l'évaluation. Aucun patient ne fit l'expérience d'une réaction complète au traitement et seuls trois (moins de 1%) montrèrent une réponse partielle. Sur une durée de 3 à 8 mois, 57% des patients moururent, et seuls 4% recevaient toujours un traitement 3. En plus de cette phase d'étude, des chercheurs conduisaient une évaluation rétrospective des enregistrements de la clinique Di Bella. L'analyse se limitant aux patients vivant dans des régions de l'Italie avec des données sur les cancers telles qu'il était possible de connaître la région du corps malade et la date du diagnostic afin de les confirmer. Les enregistrements cliniques, pour près de la moitié des patients éligibles, ne comprenaient pas de documentation adéquate du traitement, et 10% des cas furent abandonnés. L'analyse se focalisa donc sur 248 patients. La durée de vie de ces patients fut plus pauvre que dans d'autres cas enregistrés par ailleurs. Par exemple, seulement 21% des enfants atteints de leucémie et traités par Di Bella survécurent cinq ans, à comparer avec les 70% enregistrés nationalement. Bien qu'il y ait des biais évidents dans ce genre de comparaison (des patients qui ne se sentaient pas bien après leur thérapie initiale peuvent s'être tournés vers celle de Di Bella), il n'y a aucune preuve que la thérapie Di Bella soit active, avec une probabilité de survie de cinq misérables années pour tous les diagnostics. Les auteurs ont aussi rapporté que le nombre de patients traités par Di Bella était bien moindre que ce qui était déclaré (approximativement 1500 à comparer aux 10000 affichés) et le régime du traitement utilisé variait dans le temps et selon les patients, contrairement aux déclarations publiques de Di Bella 4.


Revici : Tout comme la multithérapie Di Bella, le traitement Revici tire son nom du médecin qui l'a développé. La thérapie d'Emanuel Revici repose sur une théorie patho-physiologique pour le moins insolite : toutes les conditions, y compris le cancer, résulteraient d'un "déséquilibre" métabolique. Les patients peuvent soit avoir un déséquilibre de type "catabolique" soit de type "anabolique", et seront traités par des agents anti-anaboliques ou anti-cataboliques, pour la plupart sans se soucier des signes et symptômes en présence. Le type de déséquilibre est quant à lui déterminé par une analyse d'urine, de sang et la température corporelle. Par exemple, un pH urinaire élevé, un bas niveau de potassium et une haute température corporelle seront associés à un déséquilibre anabolique; une basse "pression" d'urine, un taux de calcium sanguin peu élevé et une température corporelle basse se verront associés avec un déséquilibre de type catabolique. Les agents utilisés par Revici sont eux aussi complètement différents de ceux utilisés en oncologie, ils comprennent des glycérols, de l'alcool n-butylique et de l'huile végétale sulfurée. En 1965, le Journal of the American Medical Association publia une étude sur 33 patients atteints de tumeurs avancées, qui reçurent le traitement de Revici 5. Vingt-deux de ces patients décédèrent pendant le traitement, huit quittèrent l'étude et trois restèrent sous la surveillance de Revici à la fin de l'étude. Parmi les huit qui quittèrent l'essai, quatre décédèrent et deux étaient perdus. Les chercheurs déclarèrent qu'aucun patient ne montra de preuve objective de rémission de la tumeur et que même les trois patients restés sous la surveillance de Revici montraient des signes de progression tumorale. Bien que Revici contesta les données, il est clair que seulement 15% des patients survécurent jusqu'à la fin de l'étude. Ce qui contredit la déclaration selon laquelle, dans un livre à ses louanges, Revici serait le "docteur qui guérit le cancer" 6.


Burzynski et les antinéoplastons : Stanislaw Burzynski s'occupe de patients dans une clinique privée ayant recours à ce qu'il appelle des antinéoplastons : des mixtures de peptides, d'acides aminés et d'autres substances organiques simples supposées stimuler les défenses naturelles du corps contre le cancer. Bien qu'il ait publié plusieurs études lui-même, elles restent plutôt obscures 7. Une expérience en Phase II sur les gliomes, conduite sous les auspices du National Cancer Institute s'arrêta à cause d'une pauvre accumulation de preuves, et après que Burzynski ait échoué à s'entendre avec les enquêteurs sur un possible développement des critères d'éligibilité. Neuf patients furent étudiés, dont six pouvaient fournir une réaction évaluable. Il n'y avait aucune réaction objective au traitement, et tous les six montrèrent une progression de leurs tumeurs après le traitement sur une durée comprise entre 16 et 66 jours. Le temps moyen de l'échec du traitement (progression ou interruption due à la toxicité) était de 29 jours. Les neuf patients décédèrent avant que l'étude soit menée à son terme, tous sauf un moururent à cause de la progression de leur tumeur. Bien que les auteurs de l'article affirmèrent que ce petit échantillon empêche toute "conclusion définitive", les résultats sur les patients de l'étude sont évidemment extrêmement décevants et parlants 8.


Le Chaparral : Les extraits de chaparral, un arbuste du désert, étaient utilisés comme panacée polyvalente par les guérisseurs américains indigènes. C'est devenu un médicament anti-cancer populaire au 20° siècle, en partie sur la base de théories selon lesquelles il serait capable d'éliminer les "toxines" causant le cancer du foie ou du pancréas. S'ensuivait une présentation d'un cas d'un homme de 87 ans ayant "vécu" une régression d'un mélanome facial après un traitement au chaparral. Smart et al. rassemblèrent des cas de patients avec des cancers avancés pour une étude sur le chaparral. Seulement trois des 44 patients, sujets de l'analyse qui étaient évalués, virent une régression de leurs tumeurs, bien que ce ne fut pas généreusement (une réduction de la taille de la tumeur de 25%), un des patients a eu une réaction seulement 10 jours plus tard. Ce faible taux de réponse poussèrent les auteurs à se prononcer contre le recours du chaparral en tant que traitement contre le cancer 14.


Le sulfate d'hydrazine : Bien que le sulfate d'hydrazine soit un médicament synthétique, il entre dans la catégorie car il est consommé par des patients atteints de cancers comme thérapie alternative, et parce qu'il repose sur des concepts thérapeutiques allant à l'opposé des autres médicaments validés et autorisés contre le cancer. Plusieurs essais cliniques semblaient indiquer un possible bénéfice du sulfate d'hydrazine. Chlebowski et al. étudièrent 65 patients randomisés, ayant des cellules cancéreuses afin de leur donner du sulfate d'hydrazine en plus d'une chimiothérapie, ou une chimiothérapie seule. L'ensemble des patients ayant survécu aux traitements n'était pas significativement plus haut dans le groupe de ceux ayant reçu le sulfate (médian de 292 contre 197 jours, p=0.11). Il y avait par contre des différences statistiquement significatives en ce qui concerne des points finaux secondaires, comme celui de l'assimilation de calories, mais pas d'autres comme une prise de poids 15. Sur la base de cette tendance à l'augmentation de l'espérance de vie constatée dans cette étude, trois études, contre placebo, ont été conduites pour déterminer si le sulfate d'hydrazine pouvait réellement améliorer la qualité ou la durée de la vie. Les études comprenaient, respectivement, 243 patients pour lesquels il avait été récemment diagnostiqué des cellules cancéreuses au poumon, traités par étoposide et cisplatine 16, 128 patients atteints d'un cancer colorectal ne bénéficiant d'aucune autre thérapie oncologique 17, et 291 patients recevant du cisplatine et du vinblastine pour traiter des cellules cancéreuses au poumon 18. Le sulfate d'hydrazine n'a amélioré la durée de vie dans aucune des études. Les courbes de vie étaient essentiellement imbriquées dans les deux essais de cancer du poumon, l'essai avec les patients atteints de cancer colorectal fut arrêté rapidement à cause des importants taux de décès dans le groupe recevant l'hydrazine (P=0.034). Le nombre de personnes ayant survécu est resté relativement pauvre dans les trois études, avec plus de 90% de patients décédés un à deux ans plus tard.

Les thérapies métaboliques : Gerson et Gonzales : Les thérapies alternatives contre le cancer sont souvent pratiquées au Mexique, là-bas les cliniques pouvent échapper à la réglementation en vigueur aux USA. De nombreuses cliniques mexicaines, y compris celles fondées par le médecin allemand Max Gerson, proposent des thérapies métaboliques. Le traitement repose sur la croyance que le cancer est un symptôme d'accumulation de toxines. Une "désintoxication" est alors nécessaire et primordiale, impliquant des lavements au café ou du côlon, des régimes spéciaux, des jus crus, des enzymes et des suppléments. Une étude rétrospective de patients atteints de mélanomes, traités dans une clinique Gerson, conduite par des médecins travaillant dans la clinique, a conclu que l'espérance de vie à 5 ans de patients ayant été traités par la thérapie Gerson, était plus importante que celles rapportées par d'autres études26. Cette analyse était faussée par les analyses des sous-groupes (les hommes avaient des pourcentages de survie exceptionnellement élevés), l'utilisation de comparaisons non ajustées de contrôles non randomisés, et les exclusions (40% des patients sous la thérapie Gerson ont été exclus de l'analyse). En réponse aux critiques, les auteurs acceptèrent le fait qu'une étude non randomisée, telle que celle publiée, n'apportait pas de preuves irréfutables d'un effet du traitement 27. Un résultat plus prometteur a été rapporté d'une étude sur 11 patients touchés par un cancer du pancréas traités par Nicholas Gonzales, un médecin pratiquant à New York, qui a recours à des régimes métaboliques incluant des enzymes pancréatiques. Gonzales rapporta 81% de taux de survie à un an et 45% sur 2 ans et déclarait que de tels résultats étaient de loin supérieurs à la moyenne nationale28. L'étude était petite est manifestement encline à de nombreux biais. Non seulement la comparaison avec des moyennes nationales est inadaptée, mais les principaux résultats reposent sur une sélection de patients, 12 patients qui ne se conformaient pas au traitement ont été exclus de l'analyse. Néanmoins, les résultats généralement positifs rapportés par Gonzales suffisaient à mettre en place une étude du NIH en cours.


L'étude Risberg : En 1992, Risberg et ses collègues examinèrent près de 1000 Norvégiens touchés par un cancer et ayant recours à un traitement alternatif contre le cancer. Leur but initial était de déterminer la fréquence et les déterminants de l'utilisation des thérapies alternatives 29. Les enquêteurs réalisèrent plus tard qu'il serait possible de rattacher leurs données au registre des statistiques Norvégiennes pour obtenir des informations sur l'espérance de vie. Ils trouvèrent que le recours aux médecines alternatives s'associait avec une espérance de vie très pauvre. 79% des utilisateurs de médecine alternative décédèrent pendant l'étude, à comparer aux 65% de non utilisateurs. Cette analyse a stupéfié par le pauvre état clinique des utilisateurs à l'époque de l'enquête. Comme on pouvait s'y attendre, un patient atteint d'un cancer débutant et traitable sera moins enclin à se tourner vers une cure alternative qu'un patient avec une maladie bien avancée, à qui il reste peu d'options de traitement possibles. Il y avait une tendance, chez les utilisateurs de médecines alternatives, à avoir une espérance de vie plus courte. Les auteurs présumaient que l'espérance de vie plus courte pouvait être expliquée par "une perception correcte par les patients de la gravité de leur maladie". Quelle que soit l'explication, l'étude n'a jamais fait la preuve que le recours à la médecine alternative améliorait l'espérance de vie 30.


La psychothérapie pour guérir du cancer : La théorie selon laquelle un état mental modifié peut affecter le cours d'un cancer a été popularisé par des auteurs comme Bernie Siegel et Deepak Chopra. Dans leurs bouquins visant le grand public, ces auteurs font des déclarations péremptoires selon lesquelles les patients pourraient "contrôler le cours du cancer en utilisant la pensée", ou en devenant un "patient exceptionnel" les patients pourraient développer une volonté de vivre très forte et ainsi vaincre leur cancer. D'autres affirmations sont faites par des auteurs comme Louise Hay, qui propose que l'état psychologique est un facteur causal important. Hay, par exemple, déclare que les "causes probables" du cancer comprennent "les blessures profondes, le ressentiment de longue durée (...) la peine qui ronge progressivement, la haine récurrente."

Le programme de Bernie Siegel, pour les patients atteints de cancer, a été évalué lors d'une étude. Trente quatre femmes ayant un cancer du sein, se soignant par ce programme, ont été comparées avec des patients comparables identifiés. Un suivi sur 10 ans ne montra aucune différence pour ce qui est de l'espérance de vie entre les deux groupes, avec approximativement 40% des patients dans les deux groupes toujours en vie à la fin de l'étude 31.

Plusieurs études, cependant, semblaient montrer des bénéfices chez les patients recevant un traitement psychologique. A la fin des années 1970, David Spiegel mena une étude randomisée visant à examiner les effets d'un groupe de soutien psychosocial sur la qualité de la vie et les symptômes chez des femmes souffrant de cancer du sein métastatique. Comme toute analyse post hoc, les enquêteurs regardèrent les différences de temps de vie et rapportèrent une prolongation statistiquement significative de l'espérance de vie dans le groupe recevant le support psychosocial 32. Cette étude a été publiée et fréquemment citée, une recherche dans Science Citation Index de novembre 2003 fait état de 800 citations pour l'étude Spiegel (étrangement, l'étude négative n'a été citée que 65 fois). Il a rarement été mentionné que l'analyse des durées de vie n'était pas prévue et que, en tant que tel, elle devrait être considérée comme une hypothèse provoquée. Un essai randomisé postérieur ne trouva aucun impact du traitement psychosocial sur la survie 33 mais il a été critiqué par Spiegel comme une "mauvaise reproduction", essentiellement pour la raison que l'intervention était différente entre les études 34. Une étude par Goodwin et al. ne peut être critiquée pour les raisons identiques. Spiegel a été impliqué dans le processus et la formation des individus fournissant le traitement psychosocial, il jouait en outre un rôle de premier plan dans toute l'expérience de manière générale. Dans cette étude, 235 femmes souffrant de métastases cancéreuses au sein, furent réparties au hasard dans des groupes pour une thérapie de groupe hebdomadaire ou des soins normaux. Bien que, comme attendu, le groupe support ait tiré des bénéfices en ce qui concerne la douleur et l'humeur, il n'y avait aucune différence pour ce qui était de leur espérance de vie. Le temps de survie médian était proche de 18 mois dans les deux groupes 35.


Discussion

Il y a un intérêt croissant de la part des oncologues pour les thérapies alternatives. Pourtant, il est important de faire une distinction entre les thérapies complémentaires utilisées à côté de la médecine conventionnelle pour ce qui est des symptômes et de la qualité de la vie, et les thérapies alternatives qui sont utilisées à la place des thérapies oncologiques dans le but de traiter le cancer.

Lorsque ces cures contre le cancer ont été testées, elles ont généralement montré leur inefficacité. Ceci dit, un nombre extraordinaire de différentes sortes de cures alternatives contre le cancer ont été décrites 36, et seule une minorité est passée par les essais cliniques. Que devrions-nous donc croire au sujet des thérapies alternatives qui devrait néanmoins être évalué ? Nous répondrions qu'il ne faut pas être agnostique en l'absence d'essais cliniques, d'autres preuves peuvent être utilisées pour parvenir à des conclusions raisonnables mais temporaires. Par exemple, il serait rationnel d'avoir davantage foi dans une nouvelle thérapie pour laquelle il y a une bonne compréhension du mécanisme, des études sur les cellules et des données animales prometteuses, que dans une thérapie alternative reposant entièrement sur des notions fantaisistes n'ayant aucune efficacité ni aucune preuve du tout.

Il n'est pas facile d'évaluer les thérapies alternatives. Les cliniques qui leur sont consacrées possèdent souvent une pauvre documentation. Celle Di Bella par exemple, n'enregistre les traitements que pour seulement la moitié de ses patients atteints de cancer. Les relations entre les enquêteurs et les praticiens ont souvent été tendues, en partie parce que les praticiens sont généralement méfiants envers les motivations des enquêteurs. En effet, il est remarquable que la réaction typique de la communauté médicale alternative face aux résultats négatifs a été de prendre ces derniers simplement comme une preuve de biais existants chez les chercheurs conventionnels. Dans plusieurs cas, ceci s'est même traduit en accusations de suppression délibérée ou de falsification de données. Le motif généralement donné est que les chercheurs chercheraient à protéger les intérêts de l'industrie pharmaceutique, menacés qu'ils seraient s'il arrivait aux oreilles du monde entier qu'une thérapie alternative contre le cancer très peu chère, existait.

Il y a aussi des problèmes méthodologiques inhérents à la recherche sur les thérapies alternatives. Les traitements alternatifs contre le cancer, visant à renforcer la réaction du corps face aux agressions du cancer, ne devraient pas s'attendre à provoquer une rapide régression des tumeurs requis par le modèle de Phase II avec réaction finale. Les modèles de phase II, qui mesurent la durée de vie, sont communs mais nécessitent des comparaisons implicites ou explicites ouvertes à la critique. Des essais randomisés réclament des patients disposés à accepter des choix de traitement déterminés par le hasard. Ceci devient problématique si les choix de traitement sont très différents, comme la chimiothérapie contre un régime diététique. En effet, l'étude de phase III sur les thérapies métaboliques contre chimiothérapie a changé de modèle, passant de randomisé en non randomisé, à cause du manque de patients ayant accepté de voir leurs traitements choisis au hasard.

Les thérapies complémentaires, pour ce qui est des symptômes relatifs au cancer, ne font pas partie de cet examen critique. Il y a quelques pistes suggérant que des thérapies comme l'hypnose 37, la relaxation 38, les massages 39, la musicothérapie 40 et l'acupuncture 41, 42 (bien que ces études posent de sérieux problèmes de méthodologie et de reproduction) peuvent être, dans une certaine mesure, efficaces pour soulager des symptômes.

Cette revue n'inclut pas non plus la plupart des traitements botaniques contre le cancer. Ceci vient du fait que, tout comme la pharmacologie anticancéreuse conventionnelle, la plupart des produits végétaux sont censés agir soit par cytotoxicité ou par immunomodulation. Tandis que la meilleure preuve suggère que certains produits populaires à base de plantes, comme le gui 43, 44, 45 sont complètement inefficaces contre le cancer, il y a des preuves que d'autres, comme le lycope 46 ou le polysaccharide K (PSK) tiré du Coriolus versicolore 47, 48 peuvent être bénéfiques. En outre, le mécanisme d'action de plusieurs végétaux anti-cancer a été élucidé, menant vers un développement rationnel de combinaisons avec des agents conventionnels. Par exemple, le PSK et des végétaux contenant du glucane-ß, qui ont montré favoriser une immunité anti-tumorale en activant les récepteurs complémentaires 3 49. Ceci suggère qu'ils puissent agir synergiquement avec des anticorps thérapeutiques tels que le trastuzumab ou le rituximab, un effet a été démontré sur des souris 50.

L'association de la connaissance biomédicale dans le développement thérapeutique de végétaux anticancers populaire est un grand espoir. Les thérapies alternatives contre le cancer, qui ont abandonné la connaissance biomédicale, par exemple, en essayant de traiter des carences inexistantes de vitamines, ont montré leur totale inefficacité et leur absence de bénéfices. Le label "non prouvé" est inapproprié pour de telles thérapies. Il est temps d'affirmer que la plupart de ces thérapies ont été "réfutées".


A lire :
- Médecines parallèles et cancers. Dr. Olivier Jallut
- La magie et la raison. Simon Schraub

A visiter :
- L'affaire Beljanski
- La loi d'airain de Ryke Geerd Hamer
- Compléments vitaminés : des risques et un effet anti-cancer non prouvé
- Les charlatans et le cancer

Notes:
1- Cassileth BR, Lusk EJ, Guerry D, et al. Survival and quality of life among patients receiving unproven as compared with conventional cancer therapy. N Engl J Med 1991; 324: 1180–1185.
2- Richardson MA, Russell NC, Sanders T, et al. Assessment of outcomes at alternative medicine cancer clinics: a feasibility study. J Altern Complement Med 2001; 7: 19–32.
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