Le texte que nous vous proposons dans les pages qui suivent a �t� publi� sous la forme d�une brochure de 36 pages en 1938 par les �ditions Pens�e et Action dirig�es par notre camarade Hem Day.
Groupe Maurice-Joyeux
Avant-propos
Je n�ignore pas que, dans la plupart des milieux que peut toucher cette brochure, la propagande anti-guerre a d�j� largement p�n�tr� et qu�il sera bien difficile d�y apporter des lumi�res nouvelles.
Si donc la pr�sentation de cette �tude doit comporter une justification pr�liminaire, je me bornerai � reprendre la devise :
� Ne puis autrement �
Malgr� l�urgence et l�int�r�t que pr�sentent actuellement tous les aspects du probl�me social, il n�en est aucun qui r�apparaisse secondaire devant la guerre, et il n�est pas de r�flexions qui ne m�y ram�nent bon gr� mal gr�.
Ce n�est point que je m�connaisse les tentatives de clarification et d��laboration doctrinales et tactiques dans le but de promouvoir un ordre nouveau ; et je sais de ces efforts qui sont hautement sinc�res et profond�ment s�rieux. Mais je ne puis m�emp�cher de penser que la guerre survenant en ferait table rase.
Je crois qu�aussi longtemps que le probl�me de la guerre n�aura �t� r�solu, rien ne pourra �tre r�solu et que toute esp�rance sociale restera vaine.
Je ne puis davantage me satisfaire de cette th�se trop facile qui escamote le v�ritable probl�me en consid�rant simplement la guerre comme une cons�quence de l�un ou l�autre r�gime politique ou �conomique.
Il est bien vrai que la guerre participe du r�gime social, mais il est vrai aussi que la guerre fut de tous les temps et de tous les r�gimes. Et ne doit-on pas en conclure que la guerre est un ph�nom�ne ayant des causes propres et ind�pendantes ?
C�est pourquoi, malgr� les difficult�s et l�ingratitude de la t�che, j�ai entrepris cet examen critique et objectif de la guerre.
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En voulant rassembler et situer les premiers �l�ments d�un tel travail, je fus rapidement amen� � une bien curieuse constatation :
De tous les probl�mes historiques et sociaux, la guerre est, sans contredit, le plus important et celui qui fut le moins examin�.
D�sirez-vous �tre �clair� sur la question religieuse ? Des ouvrages g�n�raux ou sp�cialis�s existent en abondance, tant sur de vastes synth�ses que sur les particularit�s du Tot�misme primitif ou les subtilit�s des th�ologies chr�tiennes.
Voulez-vous approfondir la notion de propri�t�, ses applications son histoire, son �volution ? Des biblioth�ques enti�res sont � votre disposition.
Il n�est jusqu�aux probl�mes plus particuliers du mariage, de l�h�ritage, du droit civil, p�nal etc., qui n�aient �t� et ne soient encore �tudi�s, analys�s, synth�tis�s avec une louable et sinc�re volont� de savoir et de comprendre.
Enfin, en ce qui concerne les probl�mes artistiques, linguistiques et culturels en g�n�ral, la somme des travaux qui y furent consacr�s, d�passe toute possibilit� d��valuation.
Au reste, si notre si�cle m�rite d��tre appel� scientifique, n�est-ce pas en d�finitive, pour avoir pouss� � un degr� extr�me la passion de la connaissance, le besoin de compr�hension et de synth�se ?
Il existe aujourd�hui des chaires universitaires consacr�es � l��tude du sanscrit, des sp�cialistes des civilisations am�ricaines pr�-colombiennes, et de doctes acad�mies vou�es aux recherches folkloriques. L�esprit scientifique objectif et critique est appliqu� � tous les domaines de l�activit� humaine ; il en est un o� sa carence est particuli�rement grave : la guerre.
Apr�s une dizaine de milliers d�ann�es d�histoire et un si�cle de civilisation �scientifique�, nous en sommes l� ! On subit la guerre et on ne la conna�t pas. Rares sont les ouvrages qui tentent valablement une analyse historique de la guerre, une recherche m�thodique de ses origines, de son �volution et de ses contingences sur les diff�rents plans de la pens�e et de l�activit� humaine ; plus rare encore les essais de synth�se et de philosophie de la guerre. Enfin cette n�gligence fut si g�n�rale et si compl�te que la documentation �l�mentaire, elle-m�me, fait souvent d�faut.
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Sans doute la critique n�a jamais �pargn� la guerre et l�on remplirait ais�ment des volumes de citations emprunt�es aux plus grands penseurs de tous les temps et qui condamn�rent la guerre avec un talent qu�il serait vain de vouloir d�passer ici.
Mais ces condamnations restent, en g�n�ral, des condamnations de principe au nom de morales sup�rieures, religieuses ou la�ques. Et s�il est vrai que l�on ne soulignera jamais assez l�horreur de la guerre et que l�on ne trouvera jamais assez de moyens d��mouvoir les consciences, cela ne peut dispenser d�appliquer au ph�nom�ne �guerre� la critique objective qu�un tel sujet exige plus que tout autre.
La propagande pacifiste se borna trop souvent � juger la guerre en soi et en principe, en la consid�rant syst�matiquement et uniquement comme un ph�nom�ne biologique, social et moral toujours semblable � lui-m�me dans le temps et dans l�espace.
Or, si nous examinons le ph�nom�ne �guerre� non plus en principe, mais en fait, c�est-�-dire, dans la r�alit� historique et concr�te, la guerre y appara�t plus simplement comme un ph�nom�ne unique, mais comme un ordre et une succession de faits variables dans leurs origines, leurs cons�quences et toutes leurs contingences.
Qu�on ne dise pas qu�une telle affirmation n�est qu�une v�rit� banale. La face du monde a pu changer ; on trouve naturel d�aller d�Europe en Am�rique en un jour, d�entendre un discours prononc� en Chine et l�on songe � visiter d�autres plan�tes ; mais l�immense majorit� des homme raisonne de la guerre comme aux temps des ch�teaux forts et des fusils � pierre.
On reste effar� devant les arguments que l�on avance pour justifier la guerre. On demande au pacifiste, sur un ton sans r�plique, s�il n�opposerait aucune r�sistance aux malfaiteurs qui voudraient forcer sa porte, le piller et menacer la vie des siens, etc.
Il faut alors apprendre � l�interlocuteur que le fait-divers qu�il imagine est une chose et que la guerre en est une autre. De m�me qu�un durillon est une maladie et que le chol�ra est une autre maladie. De m�me enfin qu�une rivalit� de seigneurs f�odaux qui se soldait par la mort de cinquante gens d�armes, �tait une guerre et que la tourmente 1914-18, qui co�ta 12 millions de cadavres, fut une autre guerre. Car c�est ici que se v�rifie sans doute le mieux l�axiome philosophique qui dit qu�en changeant quantitativement, une chose change qualitativement.
La grande, l�immense aberration actuelle, consiste pr�cis�ment dans l�incapacit� ou le refus de poser la question de la guerre telle qu�elle doit �tre pos�e et telle qu�elle se pose. La guerre doit �tre jug�e dans sa r�alit� historique, c�est-�-dire dans les diff�rents stades de son �volution ; laquelle est ins�parable de l��volution g�n�rale du monde et de la civilisation.
C�est en partant de cette id�e premi�re que fut entreprise cette �tude.
On se rendra compte imm�diatement que dans le cadre de ces quelques pages, ce ne pouvait �tre que l��bauche d�un travail qui, pour �tre complet, exigerait des comp�tences et un temps dont fort peu d�hommes disposent.
� proprement parler, cet essai vise plut�t � orienter les r�flexions et les recherches sur des aspects essentiels du probl�me de la guerre consid�r�e en tant que ph�nom�ne particulier et ind�pendamment des cloisons de partis, d��glises, de r�gimes, de peuples et de races.
Car la v�rit� sur la guerre et la paix n�est pas infailliblement li�e � la v�rit� de l�un ou de l�autre parti.
La v�rit� sur la guerre, ressort de l�analyse des faits.
ERNESTAN.
Bruxelles, janvier-mars 1938.
La Guerre est-elle le destin permanent de l�humanit� ?
L�homme ne tient pas davantage � songer � la guerre qu�il ne se complait � m�diter sur ses fins derni�res.
Au reste, pour ceux qui n�ont pas su percer � jour ses mensonges et son absurdit�, la guerre est une chose exactement du m�me ordre que la mort. Toutes deux apparaissent comme des trag�dies myst�rieuses dont la fatalit� �crase et contre lesquelles il parait vain de s�insurger.
�Il y a toujours eu des guerres, il y en aura toujours ? � Telle est la mis�rable logique derri�re laquelle se cachent l�ignorance, la b�tise et la l�chet�. Telle est la pitoyable �chappatoire par laquelle on pr�tend r�soudre le plus tragique probl�me qui se pose � l�humanit�. Telle est, enfin, la formule qui veut suffire � l�apaisement des terreurs et des scrupules.
Or, si la croyance en l��ternit� fatale de la guerre vaut la peine qu�on s�y arr�te � cause de sa popularit�, il est bien certain que cette croyance ne r�siste � aucun examen s�rieux.
Dire qu�une chose existera toujours parce qu�elle a toujours exist� est premi�rement une grossi�re erreur de fait. � ce compte aucun changement profond ne se serait jamais produit dans le monde, alors que, par d�finition, tous marqu�rent pr�cis�ment la fin de croyances, de m�urs et d�institutions imm�moriales.
En r�alit�, cette philosophie vulgairement fataliste de la guerre, correspond d�une part, � la servilit� atavique des masses et, d�autre part, � cette optique d�formante et � courte vue qui ne permet gu�re de concevoir les choses autrement qu�on ne les conna�t. Et les plus grands esprits n��chappent point � cette d�formation. Platon imagina sa R�publique id�ales sans concevoir la disparition de l�esclavage.
Mais, � propos de la guerre, l�anecdote la plus typique est celle que l�on rapporte sur Napol�on. Exil� � Sainte H�l�ne, il fut visit� par des officiels anglais faisant escale dans l��le. Incidemment, ils apprirent � 1�Empereur d�chu que des peuples de la Chine ne poss�daient pas d�armes de guerre et que, du reste, ils ne faisaient jamais la guerre. Ces officiers racontent que Bonaparte trouva cela incompr�hensible et en resta tout perplexe.
En r�alit�, on n�en finirait pas de citer des usages ou des institutions sociaux qui furent jug�s inadmissibles ou incompr�hensibles apr�s avoir �t� admis durant des mill�naires.
Un exemple, qui permet parfaitement la comparaison avec la guerre, nous est fourni par le duel. Jusqu�au moyen-�ge, il �tait un moyen l�gal et moral de trancher des conflits d�int�r�ts particuliers. Plus tard, il reste r�serv� aux conflits d�honneur. De nos jours, il est g�n�ralement consid�r� comme une pratique barbare et absurde.
Pareillement, la peine de mort sembla unanimement la punition logique et indispensable de l�homicide, jusqu�au jour ou des juridictions modernes comprirent son immoralit�, son inutilit� et sa nocivit�.
Enfin il est notoire que l��volution, tant dans l�ordre moral que dans le domaine technique, ne fut possible que gr�ce � l�audace de pens�e et d�action et au m�pris de la tradition.
Aujourd�hui il s�agit pour l�esp�ce humaine de franchir, et de toute urgence, une nouvelle �tape de son �volution. Il s�agit de savoir si l�humanit� assurera sa conservation et son d�veloppement et si le progr�s technique concordera avec un progr�s moral �quivalent. Dans le cas contraire, en forgeant la technique moderne, les hommes n�auront forg� que les instruments de leur mort et le progr�s n�aura �t� qu�un suicide social.
Contre une telle perspective la conscience �l�mentaire et l�instinct de conservation collective dictent de r�agir.
Le dilemme qui se pose n�est plus : �la guerre ou la paix�, il est : � la fin de La guerre ou la fin de tout ! �
Les essais d�apolog�tique guerri�re
Lorsqu�elle n�est pas dans l��tat d�obnubilation du jugement qui r�gne n�cessairement durant la guerre effective, l�opinion publique de tous temps et de tous lieux consid�re la guerre, comme un malheur, le plus grand qui puisse s�abattre sur la collectivit�. Tout au plus les �esprits forts� se permettent-ils de l�appeler : un mal in�vitable.
On trouve ainsi des esprits originaux qui, frapp�s ou obs�d�s par le ph�nom�ne guerre et qui, n�y trouvant aucune justification raisonnable, se d�cid�rent � la justifier �trangement en dehors de la raison.
Un cas curieux est celui de Joseph de Maistre.
Dans un style d�autant plus brillant qu�il se met au service du paradoxe, l�auteur des �Soir�es de St. P�tersbourg� trouve la premi�re explication de la guerre dans �une foi occulte et terrible qui a besoin de sang humain�. Apr�s quoi il exalte lyriquement le militaire : �Au milieu du sang qu�il fait couler il est humain comme l��pouse est chaste dans les transports de l�amour � (sic).
Par ailleurs, de Maistre regrette � Le grand si�cle de la France � ... � On se tuait sans doute, ou br�lait, on ravageait, on commettait m�me, si vous vouliez, mille et mille crimes inutiles mais cependant on commen�ait la guerre au mois de mai, on la terminait au mois de d�cembre, on dormait sous la toile, le soldat seul combattait le soldat. Jamais les nations n��taient, en guerre, et tout ce qui est faible �tait sacr�... La bombe dans les airs �vitait le palais des rois, des danses, des spectacles, servaient plus d�une fois d�interm�de aux combats. L�officier ennemi, invit� � ces f�tes, venait y parler en riant de la bataille qu�on devait donner le lendemain �.
Il est quelque peu excusable, qu�avec un tel id�al de la guerre, de Maistre en arrive � dire : � La guerre est donc divine en elle-m�me puisque c�est une loi du monde �.
� ce compte, on peut tout aussi bien soutenir, par exemple, que l��go�sme et le mensonge sont d�essence divine, car ils sont tout autant une loi du monde !
Le plus �tonnant est que ce de Maistre fut consid�r� comme un grand philosophe catholique, et l�on se demande comment ces �lucubrations blasph�matoires peuvent s�accorder avec les enseignements du Christ.
Mais passons � un genre qui se voudrait plus s�rieux.
Avec les guerres de plus en plus meurtri�res et destructives, et devant la n�cessit� plus imp�rieuse de les pr�parer psychologiquement, l��poque contemporaine vit appara�tre cette race, toute nouvelle, des apolog�tistes rationalistes de la guerre.
Il ne s�agissait donc plus d�une simple exaltation des �vertus guerri�res �, mais d�une pr�tention � d�montrer philosophiquement et scientifiquement la n�cessit�, voire la bienfaisance de la guerre !
� vrai dire, ces apologies sont bien tomb�es en d�su�tude, et l�on n�oserait plus, aujourd�hui, pr�senter encore les �normit�s qui avaient cours il y a seulement 20 ans.
La guerre future avec les formidables capacit�s destructrices dont elle disposerait, effraye m�me ses plus enrag�s promoteurs. � La guerre fra�che et joyeuse� du Kromprinz appara�t comme une boutade non seulement inf�me mais objectivement hors de propos ! De m�me l�affirmation d�un g�n�ral fran�ais de 1914-1918 : �� La guerre n�a que l�apparence de la destruction� devint singuli�rement d�plac�e devant la destruction r�elle, et entre autres, de quinze cent mille citoyens-soldats de France.
Toutefois, ne serait-ce que dans un but documentaire, nous voulons rencontrer quelques arguments moins pathologiques, de ces plaidoyers pro-guerriers.
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� La guerre est l��cole des plus hautes vertus civiques et particuli�rement du courage �.
Il est vrai qu�en certains cas, la guerre exige du courage. En certains cas seulement, car on ne peut appeler �courage �, l�inconscience et la soumission qui m�nent les troupeaux de soldats aux abattoirs. Enfin, dans l�hypoth�se la plus respectable, le courage guerrier est avant tout un courage physique.
Or le courage physique est une question de r�sistance physiologique et nerveuse, de m�me que la force physique est une question musculaire, et il est donc faux de consid�rer cette forme de courage comme une vertu admirable. L�acrobate de cirque qui risque sa vie tous les soirs, montre, incontestablement ce courage, sans que nul ne songe � le consid�rer comme un h�ros. Les professionnels du banditisme, les �gangsters� font preuve, eux aussi bien souvent, d�un courage qui surpasse celui de la plupart des �h�ros� de guerre. Et n�y-a-t-il point de ces d�traqu�s ou exhibitionnistes qui d�pensent un courage aussi t�m�raire que gratuit, dans des �sports� essentiellement p�rilleux ?
En v�rit�, le courage physique ne devient admirable que par la cause qu�il sert.
L�aviateur qui se tue en s�amusant � des acrobaties, n��meut pas. Celui qui p�rit en portant secours � des naufrag�s inspire admiration et respect ; malgr� qu�il faille autant de courage physique dans l�un comme dans l�autre cas.
Le courage purement physique n�est que le m�pris de sa vie et de sa personne. Il n�a en soi rien d�admirable et il s�accompagne g�n�ralement du m�pris de la vie des autres. Quant au courage v�ritable qui consiste � admettre consciemment le risque et le sacrifice personnels pour une cause sup�rieure, la guerre n�est aucunement n�cessaire � sa conservation.
Le courage guerrier est un courage destructif au service d�une �uvre de mort. Il y aura toujours assez de livres de vie qui r�clameront le d�vouement h�ro�que de ceux qui en sont capables.
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�La guerre est n�cessaire aux peuples qui veulent vivre et triompher�.
Le malheur est que si cette r�gle est fond�e, elle l�est pour tous les peuples.
Ainsi le monde devient un champ clos o� tous les peuples qui veulent �vivre� n�ont d�autre alternative que de s�entretuer ind�finiment.
Ind�pendamment de la valeur intrins�que de cette morale, nous disons que ce qui rend la situation pr�sente si angoissante, c�est pr�cis�ment que cette morale primitive reste de r�gle, dans un monde qui n�est plus au stade primitif. Que si la civilisation ne veut pas p�rir, elle doit �tablir une morale internationale adapt�e � son stade d�volution.
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�La guerre est la loi biologique d��limination des faibles par les forts ; elle op�re la s�lection historique entre les peuples�.
Remarquons tout d�abord, que la guerre op�re premi�rement une s�lection � rebours, car ce sont les mieux constitu�s qui lui paient le plus lourd tribu. D�autre part, ce scientisme au rabais sp�cule, en r�alit�, sur un darwinisme vulgaire et d�figur�.
S�il est en effet exact que la lutte pour la vie est parfois implacable entre les esp�ces animales, il est au contraire de r�gle qu�au sein d�une m�me esp�ce se pratiquent la solidarit� et l�entr�aide. Et cette r�gle est en g�n�ral d�autant plus rigoureuse qu�il s�agit d�esp�ces plus �volu�es.
On peut en tout cas affirmer que l�esp�ce humaine doit sa conservation et son �volution � la pratique de la solidarit� et � sa tendance � la sociabilit�. Il est m�me certain que le triomphe de l�homme sur les autres esp�ces et sur la nature hostile, vient de ce que son intelligence lui permit de pousser cette sociabilit� � un degr� incomparable.
Quant � la valeur historique des races et des peuples guerriers, il est bien difficile d��tablir � ce propos une �chelle de valeur qui soit valable. On constate cependant que les peuplades les plus essentiellement guerri�res furent g�n�ralement inf�rieures ou st�riles au point de vue culture et civilisation. Ce fut le cas, entre autres, des Normands, des Huns, des Mongols, etc. Il est d�autre part remarquable que la valeur guerri�re d�un peuple est totalement insuffisante pour assurer sa supr�matie. On ne peut imposer une culture que par une v�ritable supr�matie culturelle. Et ceci est � tel point exact, que l�on vit des peuples conqu�rants �tre absorb�s par ceux qu�ils avaient vaincus.
Il faut aussi relever le sophisme ridicule qui consiste � dire que puisque la guerre se manifesta � toute �poque de l�histoire et fut le fait de toute civilisation, elle �tait donc indispensable � l��volution !
Ceci ressemble fort � une d�monstration par l�absurde mais qui est elle-m�me un comble d�absurdit�. � ce compte, il faudrait �galement ranger parmi les conditions n�cessaires � l��volution historique, les cataclysmes naturels, les �pid�mies, les famines, etc. qui frapp�rent les collectivit�s humaines, et il serait alors bien stupide de vouloir y parer. Tout ce que l�on peut dire � ce propos, c�est que l�humanit� a progress� malgr� la guerre ; et c�est, en v�rit�, tr�s remarquable.
En tout cas, on peut ergoter � perte de vue sur la valeur s�lective de la guerre, sur la psychologie des peuples guerriers, etc. Mais ce que l�on ne peut contester, c�est que la guerre fut, par excellence, le moyen de destruction et d�an�antissement.
Que par la guerre des civilisations enti�res disparurent sans presque laisser de traces. Que les plaines de l�Asie Mineure virent surgir, s�affronter et s�entre-d�truire de splendides cit�s dont il ne reste que ruines enfouies dans les sables.
Que de la Gr�ce et de la Rome antiques les guerres et les invasions ne laiss�rent que des d�bris qui furent p�niblement interrog�es apr�s dix si�cles de recul culturel, etc.
Enfin, que par la guerre p�riodique, l�histoire n�est qu�une succession chaotique de laborieuses �difications suivies de destructions ou d�effondrements catastrophiques ; un flux et un reflux de civilisation et de barbarie. Sans que soit exclu un reflux si catastrophique qu�il am�nerait la disparition de la civilisation pour un temps ind�fini ou m�me la fin de toute civilisation.
Aper�u historique sur l��volution de la guerre
Consid�rations g�n�rales
La guerre est l�usage de la violence extr�me et syst�matique dans le conflit entre groupements humains.
� consid�rer cette d�finition en dehors de tout � priori, il faut reconna�tre que la guerre fut pratiquement ins�parable de certains stades de l��volution physiologique et sociale de l�esp�ce humaine.
Car s�il est vrai de dire que la solidarit� reste la condition de la conservation et du progr�s de l�esp�ce, cette r�gle fut �videmment d�une application relative, et subit d�innombrables exceptions.
Ces violations de la solidarit� humaine ne s�expliquent pas d�une fa�on g�n�rale et d�finitive de par la manifestation d�instincts de violence et de meurtre que l�on appelle parfois �instinct guerrier�.
Certes, les mill�naires durant lesquels l�homme pratiqua en permanence la violence physique, ont laiss� en lui des traces ataviques profondes. Cet atavisme survit encore dans les mythes de la force et de l�autorit� ; dans la croyance que la toute-puissance militaire et politique permettra, � ceux qui la poss�deront, de tout r�soudre et de tout faire.
Cependant les instincts de violence meurtri�re ne sont pas les causes de la guerre. Ce qui est vrai, c�est que � l�occasion des guerres et de l�excitation voulue, entretenue et glorifi�e, les vieux instincts de f�rocit� se r�veillent et se d�cha�nent.
Mais s�il est vrai que l�homme a pass� par des stades d��volution dans lesquels la guerre �tait, en quelque sorte, l��tat naturel, il est plus vrai encore que l�homme a �difi� la civilisation dans la mesure o� il a compris, r�alis� et �tendu la paix.
La guerre pr�historique
� y regarder de pr�s, la division en pr�histoire et histoire appara�t plut�t comme un euph�misme pour d�signer l�histoire connue et l�histoire inconnue.
Malheureusement l�histoire connue ne s��tend que sur quelques dizaines de si�cles, tandis que l�histoire quasi-inconnue s��tend sur des dizaines de milliers d�ann�es. C�est cependant durant les p�riodes dites �pr�historiques� que l�esp�ce humaine a franchi les phases les plus importantes de son �volution. Nos historiens sont fiers de ne rien ignorer du partage de l�Empire de Charlemagne et de la R�vocation de l��dit de Nantes ; alors qu�ils ne connaissent � peu pr�s rien de l�origine et de la formation des races et des soci�t�s. Il est bien certain, dans ces conditions, qu�en parlant de la guerre pr�historique, nous en sommes r�duits � des consid�rations tr�s limit�es.
Quelques points sont cependant �tablis :
Que les premiers hommes �taient chasseurs et carnassiers. Qu�il n�y avait pas de raison pour qu�ils ne soient pas, � l�occasion, anthropophages et que leur morale �tait celle de la jungle. La lutte pour l�existence �tait directe et impitoyable. Lorsque deux de ces chasseurs allaient se rencontrer, le mieux qui pouvait arriver, c�est qu�ils s��vitassent.
La premi�re cellule sociale fut la famille : P�re, m�re, enfants en bas �ge.
Progressivement �largie jusqu�� comprendre les ascendants et les descendants, puis les m�les et femelles venus s�accoupler aux composants de la famille, celle-ci devint la tribu.
D�s ce moment, un progr�s immense est r�alis�, et la lutte pour l�existence change d�aspect. La guerre entre individus n�est plus la pratique g�n�rale. Au sein de la tribu, la paix conquiert son premier domaine. La r�gle qui s�y �tablit, loin d��tre la rivalit� mortelle est, au contraire, l�entr�aide et la solidarit�. Par cette s�curit� relative, l�homme a trouv� d�immenses possibilit�s de d�veloppement. La civilisation devient possible.
Durant cette premi�re p�riode de civilisation ou de sociabilit�, la guerre continue � �tre purement instinctive. Elle r�sulte d�oppositions d�int�r�ts directs, des terribles conditions de subsistance et surtout du complexe mental primitif.
L�agriculture et l��levage �taient inconnus ; la chasse, et subsidiairement la cueillette, procuraient les seules ressources ; les migrations �taient souvent obligatoires ; la possession de refuges (cavernes) �galement ; les disettes devaient �tre fr�quentes et affreuses, surtout sous les climats rudes. Il �tait in�vitable que des conflits entre tribus se produisent et provoquassent les premi�res guerres proprement dites.
Il est hors de doute que si l�esp�ce humaine en �tait rest�e � cette forme de soci�t�, de petites tribus rivales, l�homme serait rest� un animal rare tr�s diss�min� et il est probable qu�il aurait disparu par �limination ou d�g�n�rescence.
Pour se maintenir et se d�velopper, l�homme dut �tendre les sph�res de paix. Les tribus durent fusionner et s�agglom�rer, et, � travers une �volution qui exigea des mill�naires, en arriver � ces vastes collectivit�s que l�on peut appeler : peuples ou nations.
La guerre dans l�antiquit�
Les manuels scolaires, les l�gendes, la tradition populaire, et en un mot, toute la culture historique vulgaire tendent � donner l�impression que l�histoire ne fut autre chose qu�une suite de guerres.
En r�alit�, les guerres �tant, dans la vie des peuples, des �v�nements particuli�rement graves et frappants, la chronique officielle les a toujours not�s. D�autre part, les d�tenteurs du pouvoir tenaient � faire proclamer hautement leur gloire guerri�re, qu�ils tenaient pour la plus �clatante. C�est pourquoi, par exemple, les vestiges antiques nous livrent surtout le souvenir des hauts faits d�armes que les Rois voulurent faire passer � la post�rit�. (Ces faits sont malheureusement rapport�s avec une telle partialit� qu�ils sont bien souvent sans rapport avec la v�rit�). Cependant, le bon sens m�me indique que jamais une grande civilisation n�aurait pu s��difier en p�riode de guerre permanente.
C�est ici que nous rencontrons les lacunes historiques les plus graves. En effet, l�histoire proprement dite ne commence qu�avec les grandes civilisations antiques, lorsqu�elles sont d�j� parvenues � un tr�s haut degr� de d�veloppement. Or, il est utile de rappeler que l��dification de civilisations aussi �tendues et aussi pouss�es, implique premi�rement le rassemblement de vastes collectivit�s humaines vivant en paix.
Pour r�unir les bases et les conditions d�une grande civilisation, il fallut que la paix s��tabl�t entre les tribus et les clans. Il fallut m�me souvent que de larges formations politiques se fondissent en une. (La civilisation �gyptienne, par exemple, ne prit son grand essor qu�apr�s l�union de la Haute et de la Basse Egypte).
Nous posons donc comme postulat historique que la civilisation est le produit de la Paix.
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Ceci dit, il reste que dans 1�antiquit� les civilisations ou les nations constitu�es pratiqu�rent la guerre d�une mani�re souvent implacable. Les guerres reprenaient alors un caract�re primitif f�roce et simpliste. L�envahisseur d�truisait et tuait absolument tout ce qu�il n�emmenait pas comme esclave ou comme butin. C��tait, d�j�, une forme de guerre totale.
Cependant, cette forme de guerre n��tait pas absolue et unique. La passion effroyable d�an�antir le peuple ennemi se temp�rait, relativement, du d�sir de r�gner sur de plus vastes territoires et d�en tirer profit plus intelligemment, c�est-�-dire avec un effort et un risque moindres.
Aussi voyons-nous, dans les stades de haute civilisation antique, se d�velopper la conception de la guerre, non plus simplement de d�vastation et de pillage, mais, plus exactement, de conqu�te et de colonisation. Conception et m�thode que devait porter � leurs plus hauts points la derni�re et la plus grande civilisation de l�antiquit� : Rome.
D�s l�instant o� une r�gion �tait conquise, et l�autorit� romaine �tablie, le conqu�rant, loin de d�truire, construisait et d�veloppait. Et cela d�autant mieux que le degr� de civilisation du conqu�rant �tait infiniment plus �lev� que celui des conquis. II est en effet absurde de croire que Rome dut la conqu�te du monde uniquement � sa supr�matie militaire. Il est hors de doute que Rome, � dont l�Empire allait d�Angleterre aux confins de l��gypte, et du Bosphore � l�Atlantique � aurait �t� incapable de se maintenir par la seule force de ses garnisons militaires dispers�es et n�cessairement faibles.
La �Paix Romaine� ne fut pas seulement une formule orgueilleuse et ne fut pas un mythe, elle fut une puissante r�alit�, elle �largit la sph�re de paix au monde connu de l��poque. C�est dans le cadre de cette paix que la civilisation connut un universalisme absolument nouveau et qu�une immense portion d�humanit� r�alisa en quelques si�cles un progr�s extraordinaire. Au point qu�aujourd�hui encore, la culture, les notions juridiques et sociales, etc., de l�ancienne Rome p�n�trent et dominent nos civilisations. Mais c�est cependant l�, pour nous, le signe d�une grave incapacit� � �tre v�ritablement de notre temps.
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